Eso 35

Un palefrenier aimait son cheval
Mais le nourrissait mal
Par contre il soignait le petit animal de sa fille
Qu’il n’appréciait pas

Un cheval et un âne voyageaient de concert
Le cheval se moquait de l’âne
Qui lui donna un bon coup de patte
Ils furent ainsi à égalité

Un cheval combattit avec courage
Il était bien nourri
La paix venue il fut traité comme un âne
Il ne pouvait plus faire la guerre
Sauf comme portefaix

Un petit olivier se targuait avec indolence
De sa beauté et de son influence
Il se moquait des herbes et des arbustes
Qui l’empêchèrent de se nourrir dans la terre

La violence tue et n’entretient pas
Le chameau est exemplaire
Pour sa patience et son endurance
Il ne pense rien de qui ne l’imite pas

Eso 34

Un petit oiseau avait une voix perçante
Qui lui valait des moqueries
Il imita sans succès le hennissement d’un cheval
Il y perdit sa voix propre

Un oiseleur étourdi
Voulait attraper une grive
Il marcha sur un serpent venimeux
Qui le mordit

Un vieux cheval se morfondait
Dans de tristes travaux
Jeunes humains n’aspirez pas à vieillir
Ayez la patience des bêtes

Mangez amis
Mangez bien mais mangez
Si le ventre fait son office
Vous serez gros mais bien

Eso 33

Un ton avait tant d’énergie
Qu’il obtint qu’on l’appelle thon
Avec son copain il sauta sur une plage
Son pote le dauphin souffla
Et retourna dans l’eau

Un médecin ignorant
Soignait un faux malade
Qui ne s’en portait que mieux
Il mangeait de la salade

Un vrai et célèbre médecin
Soignait de son mieux un malade
Celui-ci mort il regretta
Son amour des bonnes choses

Un aigle emporta dans les airs un serpent
Le serpent le piqua
L’aigle tomba de haut
Le serpent resta sauf

Eso 32

Un brave homme un peu vouté
Voulut en finir avec un cercle vicieux
Rien à faire Plus il le frappait
Plus le cercle devenait vicieux

Un homme très pieux
Adoptait la fortune
« Qu’est-elle pour toi ? Le sort ? Le destin ? »
« De l’argent, beaucoup d’argent »

« La fortune, c’est aussi le sort, le destin »
« De sort je ne connais que le mauvais
Je ne crois pas avoir une destinée
Ou alors elle ne m’est pas réservée »

Un homme riche protégeait son voisin
Il déménagea Le voisin furieux
Le voua aux gémonies
C’est lui qui se ruina

Eso 31

J’avais des archives personnelles
Pour rendre justice à chacun
Mon adjoint les a mélangées
Je n’y retrouve plus rien

A la fin du mois de juin
On fête les noces du soleil
Avec qui ?
Personne ne sait qui

Le soleil se préparait
Tous se réjouissaient
Sauf les grenouilles qui craignaient
Un assèchement de leurs marais

Une mule pensait avoir pour père
Un étalon Elle gambadait
Comme une lionne en cage
Elle se souvint soudain de son père l’âne

IB 79

Dans la brume du vin
Tout me parait vain
Tu apaises le soir ouvert
Aux vampires désolés

Petit garçon j’ai eu
Une barrette dans les cheveux
Les lampes étaient compassées
Dans le bleu boursouflé

La sentence des deux tilleuls
Est sombre mais juste
Les lampes sont convenables
Dans la lumière qui fut bleue

Te souviens-tu des tendres morsures
De ta bouche sur ma bouche ?
Vivre est un mot qui conquiert le monde
Ce mot est comme une mode

IB 78

La prairie brûle de mon sang
Ma petite amie est l’une des bêtes de la forêt
La renarde le sait et se gausse
Les nuages tremblent

J’ai de la neige dans le cou
Mon amie est ma bien-aimée
Elle se plaint d’être mal aimée
Elle n’est qu’UN ARBRE PARMI LES ARBRES

Au pays de la brume éclatante
Au pays de la brume resplendissante
Parfois plante parfois plainte
Parfois planante elle soupire

C’est l’heure bleue
Qui n’existe que pour moi
L’heure dépourvue
De sucre et de miel

IB 77

L’époque est à la hâblerie
On parle on parle
On cause on cause
Pas de pause
Mais des poses

J’ai les chardons au coeur
Je suis ouvert à tous
Je n’ai plus du tout d’avidité dans la bouche
A moi tout seul je suis une très vieille souche

C’est la nuit aux primevères
Le vampire qui se targue d’être mon ami
Me souffle dans l’oreille
C’est la nuit aux primevères

Avec la force du mal qui a fondu sur moi
Me détruisant à moitié
Mon ami le petit vampire
S’envole vers la maudite lune

IB 76

Longue est la nuit
Mais long aussi est le jour
Il n’y a pas de solution
Il n’y a pas de bonne solution

Je n’ai plus de rire dans le gosier
Je n’ai plus de fou-rire
A m’en déchirer les côtes
Depuis longtemps déjà

Nos mères aussi
Ont rêvé de l’homme
Et derrière l’homme
De l’humain

L’histoire est édulcorée
Pour que je continue
A traîner mon traîneau vide
Pourtant il n’est pas beau

IB 75

Le monde dévasté sombre à nouveau
Un oiseau prend un voile
Je scrute en vain l’horizon nébuleux
La plume n’est plus une arme

Ma bouche darde la langue
Impérieuse et soumise
Des éboulis d’étoiles
Tombent dans mes cheveux

Casqué de fumée je dis Zut
Je dis aussi Flute
J’aime les jurons audacieux
J’ai dépassé les nuages

L’amour ne me plait plus
Il exige toujours plus
Il est source de multiples ennuis
Mais je n’aime que l’amour