Eso 16

Un ours se vantait d’aimer les humains
Et de détester les renards
Pour la raison que les renards
N’aiment pas les humains

Un laboureur ayant dételé son attelage
Le mena à l’abreuvoir En son absence
Un loup affamé se prit la tête dans le joug de la charrue
Désormais il participa aux travaux de la terre

Un homme se prétendait savant
Il marchait en regardant le ciel
Il tomba dans un puits à margelle basse
Il se reprocha de ne pas voir la terre

Les grenouilles se donnèrent le droit de se choisir un roi
Elles élirent un soliveau de bois qui ne fit rien
Elles le remplacèrent par un héron qui les mangea
Elles finirent par revenir à leur république anarchique

IB 72

Les guirlandes voltigent dans la nuit
Le vent fait son ménage
Dans les baraques vides
Son coeur est en sucre

Nous aspirons au durable
Les chevaux et les nuages blancs
Comme le loup huant et le feu follet
Nous installent dans le vide

Dans ses cheveux elle bâtit un nid
Un nid dans les cheveux !
Elle plonge le bec dans un lit de roses
« Bientôt je chanterai dans un lieu plus beau »

Les lanternes montent leur tour de garde
Aux pays des villes profondes
Et des fonds de ciel les plus beaux
Invoquant la clarté première

IB 71

Nous parvînmes enfin aux sources du pays
Il tenait dans le creux d’une main
Le torrent hors de lui
Eteint la mèche

Dans les choses nous bercent les noms
Rien ne nous sépare
Les frontières cicatrisent
Victimes du vent nocturne

Nous voulons à toutes forces
Nous parler de frontières
Ici les morts sont légers
Les signes d’avenir sont proches

Une petite araignée
Se glisse entre deux poutres
Avec aisance elle passe outre
La mascarade glisse entre les maisons

Les travaux et les jours
Appartiennent à tous
Combien ça coûte-t-il
Au ciel tout ça ?

IB 70

Les fontaines de la place
Crachent un gros vin rouge
Les saules se baignent pour vivre
Le fleuve stagne ou fait semblant

Vous frôlez les servantes des autres
Avec beaucoup de coeur
Le château se dresse fier
Il emploie le vautour

Les esprits ont les pieds nus
Et un noeud papillon
Le dragon est un dessin
La nuit nous mène autre part

Les cristaux intemporels
N’ont pas de lumière
Le frisson de la vie
Nous submerge

IB 69

Les corbeaux sont rusés
Et néanmoins sympathiques
Leur pays de cocagne
Est un simulacre de mousse

Sur le pont d’or nous jurons
Que la maison est hantée
Le jeu est fini
Une fois de plus

Les chemises pouffent
Nous quittons les nuages du souffle
Les destins se ressemblent
La vague est annoncée

On tire le chariot de l’ornière amollie
Chaque dimanche est un jour perdu
Il nous faut sept pierres
Pour le chemin de l’homme perdu

IB 68

Secrète est ma bouche
Le jeu ne finira jamais
Nous descendons des cieux sur un radeau
La cargaison est trop pesante

Nous dessinons des cartes sur le papier
Déjà monté sur ton imaginaire
Tu quittes la contrée
La vallée des morts

L’âge du monde ne se mesure pas en années
Le jeu est fini
L’escarboucle est une fée
Mes mots fondent

Mes pieds sont blessés de tant de pierres
Mon coeur l’est de tant de guerres
Mon âme est sanguinolente
Tout ce qui tombe a des ailes

Eso 15

Un charbonnier vivait dans une hutte
Enduite de suie Il refusa de donner
L’hospitalité à un moussaillon tout propre
« La suie est mon amie et ton ennemie »

Un homme vigoureux se plaignait
De ne pas avoir la force du lion ou du taureau
Sa mère lui répondit : « Si tu te servais de ton intelligence
Tu ne désirerais pas être une bête »

Un mauvais homme mit le feu
A la queue d’un voleur de renard
L’animal s’enfuit à travers champs
Ils étaient secs prêt à s’enflammer
L’homme courait regrettant amèrement sa décision

Un humain du sexe masculin montrait
A qui voulait la voir une sculpture
Représentant un homme étouffant un lion
Quelqu’un lui répondit : « Viens avec moi dans la savane »

Un homme et un singe cheminaient de concert
C’était l’hiver l’homme souffla sur ses mains pour les réchauffer
A diner l’homme souffla sur de petits morceaux de viande pour les refroidir
Le singe : « Je ne supporte pas ceux qui soufflent le chaud et le froid »

Un homme avait une petite statue de bois
Un fétiche qui n’exauçait aucun de ses souhaits
Furieux il lui cassa la tête Des pièces d’or en jaillirent
« Tu es drôle toi Tu ne m’aides pas quand je t’honore
Tu me récompenses quand je te frappe »

Un homme trouva une belle sculpture toute en or
Il ne sut quoi faire : Garder l’or
Ou regarder la statue
« Dans l’immédiat je conserve l’ensemble »

Eso 14

J’ai deux maîtresses l’une vieille l’autre jeune
La vieille m’arrache les poils noirs
La jeune m’enlève les poils blancs
Résultat : Je deviens chauve

Un bateau chavira soudain
Un naufragé implorait les divinités
Un autre faisait confiance à la force de ses bras
Que croyez-vous qu’il arriva ?

On donna un louveteau à palper
A un aveugle : « Je ne sais pas s’il s’agit
D’un renardeau ou d’autre chose
Mais il n’est pas votre ami  »

Un homme gentil ne sacrifiait aux dieux
Que des effigies en cire
Des esprits religieux lui confièrent
Une poupée à élever

Eso 13

Un homme encore jeune
Se crut mordu par une fourmi
Depuis lors il les écrase toutes
Peut-on lui donner raison ?

Une femme était acariâtre
Son mari la renvoya chez elle
Son père la trouvait odieuse
Mais elle lui évoquait son épouse défunte

Un homme qui se pensait ingénieux
Se présenta à ses amis un moineau caché dans son poing
Il pouvait tuer ou non l’oiseau
Malins les amis le dénoncèrent

Un athlète se vantait d’une performance
Réalisée ici où nous sommes
Un concurrent lui rétorqua :
« Nous sommes ici où nous sommes »

Eso 12

Un renard aimait les masques pour ses tours
Il affectionnait les têtes de lion ou celles de singe
Mais un jour il se dit : « Toutes ces têtes
Ont moins de cervelle que moi »

Deux chiens se disputaient
Sur la valeur de leurs maitres respectifs
Ils commencèrent à se mordre l’un l’autre
Les maîtres intervinrent et finirent par se battre

Un assassin poursuvi par les amis de la victime
Tomba sur un loup Il monta sur un arbre
Qui abritait un immense serpent
Il se jeta dans la rivière où un crocodile
Le dévora instantanément

Un pauvre homme promettait l’impossible
A qui voulait l’entendre Sa femme aimait l’écouter :
« Comment feras-tu pour payer ? »
« Je ne paie jamais »

Un brave homme prit l’apparence d’un héros
S’arma de pied en cap
Des corbeaux croassèrent à son passage
Il s’arrêta net « Finissons-en avec cette comédie »