Eso 11

Le renard et le singe
Se disputaient sur leur noblesse respective
Le singe les mena aux pseudo-tombeaux de ses soi-disants ancêtres
Le renard : « Les morts ne se dérangeront pas pour vous  »

Un renard tomba au fond d’un puits pour étancher sa soif
Un bouc le rejoignit bien vite Le renard le fit mettre debout contre la margelle
Il l’escalada vite fait le bouc se plaignit amèrement
Le renard lui proposa de dresser sa barbiche à penser

Un renard perdit sa queue dans un piège
Honteux et confus il proposa aux autres renards
De se couper la queue ils éclatèrent de rire
Et lui proposèrent de faire repousser la sienne

Un renard n’avait jamais vu de lion
La première fois qu’il en vit un il crut s’évanouir
La deuxième il se cacha
La troisième il bavarda

Eso 10

Un dragon dormait paisiblement
Un petit lézard le prit pour l’un de ses parents
Il s’allongea à ses côtés et s’allongea encore pour rivaliser de taille
Mais il s’endormit

Un renard se réfugia chez un bucheron
Celui-ci ne dit rien aux chasseurs
Mais de la main indiqua la cachette
Beaucoup de gens vertueux imitent le bucheron

Un crocodile et le renard se vantaient de leurs ancêtres
Le croco finit par se trouver un arrière-grand-père dinosaure
Le goupil s’écria : « Quelle décadence ! » – « Pardon ? » –
« Le moindre dinosaure en valait vingt comme vous ! »

Un singe jaloux d’un renard le fit prisonnier d’un filet
Il lui reprocha d’être jaloux des singes
Le renard répondit :  » Je ne suis pas assez bête
Mais vous vous êtes le roi des animaux »

Eso 9

Sur le bord d’un fleuve tumultueux
De petits renards se bousculaient pour savoir qui plongerait
Le plus présomptueux d’entre eux disparut dans les flots
« Je vais à l’embouchure et je reviens » eut-il juste le temps de dire

Un renard se trainait le ventre gonflé
Il trouva refuge dans le creux d’un arbre
Il ne put en sortir
« J’attends je vais bien dégonfler à la longue »

Un renard s’accrocha à une ronce
Qui lui mit les pattes en sang
« Je te prenais pour une amie »
« Je déteste tous ceux qui s’accrochent à moi »

Un renard cheminant
Aperçut des raisins
Suspendus trop haut pour lui
« Ils sont trop verts » dit-il

Eso 8 Nouveaux carrés d’Esope

La soeur du chagrin est la joie
Se réjouir c’est savoir
Que demain sera fait
De quelque peine

Je vais prétendre le contraire de ce que j’ai déjà dit
Un goujon supplia le pécheur de le relacher
Et de garder les gros poissons
Le pécheur répondit : « Mais toi je te tiens »

Un pécheur battait l’eau
Pour faire fuir les poissons dans ses filets
Un voisin lui reprocha de troubler l’eau
« Je préfère le poisson à l’eau »

Un oiseau de mer était fier de lui et de ses congénères
Pourtant avisant un rocher isolé
Il y nicha seul avec sa compagne
Une bourrasque noya le nid

IB 67

Tu comptes sur un mot
Un seul petit mot de moi
Ouvre la porte
Ouvre toutes tes portes

Je lis dans ton esprit
Il est stupide et vain
Pourtant par en dessous
Il garde quelquechose d’intéressant

Secrète est la bouche
Par laquelle je parlerai demain
Je veux
Veiller avec toi

Les cordes t’attendent au tournant
Le silence est plus fort que les cloches
Seul le silence est assourdissant
Les cloches ont trouvé le repos

IB 66

L’amour pour toi
N’est qu’une douce fièvre
Je loue ta sévérité
Je suis fiable sans ton pardon

Je suis faible sans ton pardon
Je combats cependant
Je reconnais ma cécité
Mes poings tombent dans le vide

La scène est vide
Où es-tu Bon Dieu !
Je comptais sur ta parole
Tu flageoles !

La scène est pleine de tes séides
Tu ne me vois plus
Je ne te dis plus rien
Je ne te donne pas la main

IB 65

Je suis perturbé c’est d’accord
Je fonce dans le tas
C’est accordé
Morte est la chute

Nous dormirons ensemble
La lune pour une fois
En est pour sa peine
Elle est bien pleine

Avec un nom d’emprunt
Je suis là je suis ici
Je suis coupable de tout
Je suis ici je suis là

je loue ta sévérité
Quand l’angoisse m’assaille
Je découvre l’horreur de ma culpabilité
J’entre dans ta nuit volontiers

IB 64

La création pour nous
C’est la procréation
Elle donne aux filles et aux femmes
Un prestige indéniable

Ces oiseaux s’ennuient même en volant
Le mal est nécessaire
A petite dose cependant
Je vais vous amuser en tentant de voler

Les pièges que nous avons évités
Subsistent néanmoins
Avertissons les amis
Et pas qu’eux si c’est possible

Grisonnant parmi les pierres
Ne prétendant pas leur ressembler
J’ai pris confiance
Dans le renoncement

IB 63

Je me fraye un chemin à travers le présent
Il est chiche en cadeaux
Les jeux d’ombre sont riches en métamorphoses
Ils pourraient nous rapporter des roses

Les couronnes de fleurs sont brisées
J’abandonne le sang des incroyants
Les perles ont sauté
Je suis plus vide que je ne le croyais

Une folie qui se fait passer pour de la sagesse
En elle rien qui blesse
Brandit un couteau effilé
Je vais réussir à l’éviter

Ma liberté tend vers le bas
J’en suis réduit à de petites missions
Je n’ai pas demandé à vivre
Ma bouche l’a fait pour moi

IB 62

Je me porte garant d’un chevalier
Qui vécut il y a longtemps
je ne le connais pas autrement
Mais il était de bonne famille

J’évite les villes Je suis un paysan
Fils de paysan
Il y a plus de savoir dans mes sabots
Que dans leurs appartements

J’ai reçu ma première mort d’un orage
Je pensai : « Le monde est clair et beau »
J’ai reçu ma seconde mort d’une pierre
Qui me fut lancée par un garnement

Des pierres bleues volèrent à ma poursuite
Par bonheur je les collectionne
Elles ne servent à rien
Elles viennent d’une étoile explosée