IB 57

Les esprits ont disparu
Un ruisselet est plus considérable
Ouvrons grand les steppes !
Entre nous pas de squelette !

L’hiver notre arbre s’atrophie
Nous ne dansons plus les danses du beau monde
Tu ne m’embrasses plus
Ton souffle est au delà

Rythmique des semences
Le théâtre est en deuil
Tu ne passeras plus ce seuil
Toute vie a migré

L’oeil de boeuf n’est pas mort
Il n’est pas bleu non plus
L’incroyance est miraculeuse
Comme l’eau de source

IB 56

Elève les forêts qu’elles me closent la bouche
Qu’elle repose toute entière dans l’ombre
Sous l’orage des roses
Le tonnerre est épineux

Il est des hommes pluvieux
Tu aimes arracher les dards des cactus
Les marées de la vérité
Sont rares

Les stigmates disparaissent
Au feu violet du volcan
Du pain et du sel
Pour quoi faire ?

J’entre seul dans la maison
Elle est curieusement
Dépourvue de fantômes
Pas de sel sur le seuil

IB 55

Faites silence avec moi
La vermine cherche toujours une nouvelle nourriture
Tout n’a pas été
Tout ne sera rien

La lune est à terre
Les sacrements ne sont plus administrés
Tout est vain
Tout est vanité

Il y a de la poussière dans cette ville
Les tiroirs sont aveugles comme les miroirs
Déguise-toi
Fuis l’opprobre

Les araignées sont tragiques
Par grand vent
La voie du ciel
Est vierge

AA 16

La tenue noire d’un cycliste peut assister à un enterrement
Mettez-vous du plomb dans la tête
Je désire actuellement mourir le plus tard possible
On ne sort pas vivant de la vie

Dommage qu’on ne puisse pas marcher en portant les poteaux indicateurs
Haïr est aussi fort qu’aimer
Je garantis que tes renseignements sont faux
Nous ne sommes pas en train

Tout passe sauf le café
L’absinthe est un poison vert
Le plus compliqué est d’avoir des idées simples
Elles viennent en dernier

Le coeur d’or est trop dur
J’exige des réparations pour ne pas être démoli
On se tire souvent d’un mauvais pas de côté
L’absence de dragon est une erreur manifeste

AA 15

Je ne cesse pas d’enterrer ma jeunesse
Qui frise la quarantaine ?
Le temps a tout faux
Il est ennuyeux comme un jour sans pain

C’est le temps qui nous fait passer le temps
Je passe mon temps à tuer le temps
Je n’ai plus de montre Elle grignotait le temps
Je ne fais jamais de projets qui concernent l’avenir

L’histoire rend indulgent pour l’être humain
L’humain aime brûler sa vie à petit feu
L’être humain tue pour boire
Le sommeil est un acompte sur le néant

Il faut parfois être vilain pour être beau
Tout est kif-kif bourricot
On devrait porter un demi-deuil pour les demi-morts
Mes héritiers me prendront tout

AA 14

« Il était normand par sa mère et breton par un ami de son père »
Je suis monté en haut du peuplier. Mon père a déclaré : « J’ai fait un garçon bien élevé »
A sa tête je vois tout de suite qu’il s’agit d’une marxiste embryonnaire
Que donne la rencontre entre un géant et une naine ?

Les personnes à la peau noire viennent de l’aube
Le malheur est une bonne école pour peu de temps
Il était rouge comme la crête d’un coq
Une chute malencontreuse m’a fait perdre tout sens moral

Nous sommes tous lutteurs
La vie est bien faite, elle vient avant la mort
Même sur soi-même il ne faut pas trop compter
On est bête à tout âge

On ne quitte pas facilement un bon établissement
Il m’est malheureusement impossible
De vous dire mon âge
Le temps change tout le temps

AA 13

Je ne suis rien, je ne suis président de rien
Mal loti, l’écrivain
Comment peut-on être académicien à quarante ?
Je hais depuis peu l’alexandrin

Pas de conte de Noël sans neige nouvelle !
On aime bien les poètes morts
Quelques noms propres sont des mots sales
Deux aphorismes sont plus bêtes qu’un proverbe

Empressez-vous sans vous presser
L’escargot avance ventre à terre
Le bocage n’est pas une belle cage
Je ne sui pa pour un’ réform’ de l’ortograf

koi kil en soi !
Depui tan de tan !
La marche funèbre ne fonctionne pas pour les grandes douleurs
Comptons sur nos doigts !

AA 12

Gardons des tonalités pour l’estomac
Jamais le thon ne donne le ton
Manger, c’est s’empoisonner
il faut cuire les patates

Le café aide à dormir
La musique excite les moeurs
Un rêve : aller partout sans payer nulle part
Le public est une société secrète

Pas de talent sans bonté
Il y a peu d’aveugles qui aiment la peinture
Les pièces de Shakespeare ont été écrites par Shakespeare
Dans sa jeunesse le dénommé Shakespeare a perdu du temps

Chékspire, quel drôle de nom !
Les animaux du fabuliste ne sont pas un bon exemple
La Fontaine, une vieille fripouille
Dans le genre de Molière, je suis cocu

AA 11

Le maréchal de La Palisse était un militaire
Le chien est aussi un toutou
Le perroquet a été supplanté par le phonographe
Les girafes ont un long cou pour manger en altitude

La baleine n’a pas été domestiquée
Elle est timide
Mon cheval à mon égard : « Il panse, donc je suis »
Moi : « Plus j’essuie, plus il pense »

Il n’a pas de roi de la nature
Il y a un despote, l’humain
L’humain n’a rien gratuitement
Même l’air il doit le payer

Le morse a abandonné la poste
L’appétit existe sans manger
Les mois en « r » ne manquent pas d’air
Bouillir l’eau est un crime anti-microbes

VV 50 et fin de Saigyô

Le plus cher désir
Est de mourir
Sous les fleurs enterré
Avant de se disperser
Dans l’univers

L’orgueil se fait humilité
Le questionnement ne cesse jamais
Il n’y a pas de possession
Faire est défaire

Le poète est ludique et lucide
L’espace est un abîme
Les mots s’impriment sur des parois
Tout est duo et duel

Nous sommes deux
A vouloir l’un
Pas d’extase
Un instant