VV 45

L’enfant aux cheveux gentiment noués
Joue d’une flute improvisée
Tirée d’une tige de blé
Au milieu de ma sieste

Même tout nu
L’humain est habillé
Il aura besoin d’une canne de vieillesse
Et de beaucoup de tendresse

Je ne sais pas marcher sur des échasses
Surtout quand elles sont en bambou
Le souvenir de nos jeux
Envahit nos coeurs tout mous

Les jours de jadis
Sont rejoints par les jours de naguère
Ils jouent tous à cache-cache
Lovés dans les recoins

VV 44

La porte qui s’ouvre
Pousse un cri d’horreur
Le voyageur misérable
Devrait trembler

Pénétrant les flammes
Une idée nouvelle
Apparait compatissante
J’aimais bien mes gentes tantes

L’aurore réconcilie le monde
Les cons dépassent les bornes
Jamais ne refroidira l’eau qui bout
Le lotus s’ouvre dans l’étang

Tu cherches la paix de l’esprit
Et pourquoi pas ?
Réminiscences de l’enfance
Eternel retour

VV 43

Ta tristesse est pitoyable
Le supplice des âmes est sans égal
Le flot des flammes est noir
Hors du volcan

Nos passions sont nocturnes
Les jeunes ont besoin
D’une seconde chance
La patience

Il est difficile d’entendre les cris de douleur
Nos cris se brisent
Comme cendre et poussière
Je suis dur pour un instant

Les seins de ma maman
Leur douce chaleur
Sont oubliés à jamais
Maman !

IB 54

Les chauves-souris sont aveugles
Fantôme pour les fantômes
Fantasme pour les fantasmes
Je rue dans les brancards

Nous décollons d’un port
Sans espoir de retour
Le soleil et la terre sont méconnaissables
Les cadrans n’ont pas de montre

Les poissons appartiennent aux filets
Les solitaires sollicitent l’étonnement
L’action ne s’enseigne pas
il n’y a rien à ajouter
Sauf l’odeur du thé

Qui vit ici bas ? Tout en bas ?
Pas de suicide
Qui trouve son lit y dort
Pas de sort pas de destin

IB 53

Le soleil ne sort pas des cadavres
Les immortels sont morts
L’histoire se passe de résurrection
Le vent s’engouffre sous le pont

Le ciel est marine
Tu es émue par les pas perdus
Au dessus de l’éphémère
Aucun pont n’est suspendu

Il fait bon vivre
D’une rive à l’autre
Le brouillard m’enlace
Dans sa chute

Je suis ébloui
Notre ciel est un champ
Le rêve en recours
Les tuiles du toit du monde
Sont emportées par le vent

IB 52

La guerre se poursuit
Elle na jamais été déclarée
Le quotidien est inouï
Le héros reste à l’abri

Le feu disparait
L’ennemi est invisible
Tu te fixes dans le rang
Le laurier n’a qu’une feuille

Dans ton doute immense
Tu renverses ta chance
Elle a pourtant vaincu pour toi
Un autre cultive ton jardin

Le chemin de ta chance
Est celui de ta malchance
Tu tomberas dans l’oubli
Tu tomberas dans l’ennui

IB 51

Seule l’espérance est aveugle
Mets lui les mains sur les yeux
Le nuage cherche ses mots
Ce ne sont pas de vains maux

Le cratère du silence
Perçoit la vie éparse
Le cratère défait ses liens
Vivent les volcans !

L’inouï est quotidien
La patience porte l’uniforme de tous les jours
Sur le coeur on porte l’étoile
Misérable

L’éternel réarmement rouvre le ciel
Les étoiles démissionnent
Les amis sont téméraires
L’étoile est belle

IB 50

Les seaux sont vides
Les sots sont pleins
Les tambours sont mûrs
Ils sonnent plein

Le soleil frappe
Pour faire tourbillonner la mort
L’arbre est creux dans les fougères
Les reines emmènent les essaims

Le tilleul verdoie
Les mains déformées
S’enfoncent dans le blé en éveil
Il n’y a pas de tombe pour la haine

L’écuelle du coeur
Se vide en passant
Tes yeux pourraient sombrer
L’aigle est enfin forgé

IB 49

Cet été-là il n’y eut pas de miel
Qui s’endormit avant l’heure ?
Le miel ou les fraises ?
Celui à qui tout est donné
Meurt sans souffrance

Il ne te manque rien
Pour faire ce que tu veux
Les grottes et les ombres
Ont fui ton navire

La lune est un satellite mort
Pourquoi se glorifier
Du clair de lune ?
La source n’est pas une chimère

Il dormait en marchant
Celui qui naquit âgé va droit à l’obscur
La racine qui se soulève
Devient serpent

IB 48

Je me tais
Les frelons sont faciles à reconnaître
La mort est décidée depuis toujours
Je n’en parle jamais

Gare à ceux qui ne connaissent que le mépris
Je ne reconnais plus les mots gravés sur les écorces
La mousse macère
La machine à croire tremble enfin

J’aime les origines
J’adore les commencements
Le bois ment
Il y a eu quelque chose avant lui

Restons éveillés
Là et bien là
Les frelons suivent la trace
La tentation ne nous affaiblit jamais