IB 47

Les champs se préparent sous la pluie et les étoiles
Les formules des pensées infertiles font florès
Sous la neige la poussière
Les jours s’allongent pour bien faire

Les étoiles se retirent des lignes
Tu es là pour le vin et moi pour la source
Le souffleur s’en va avant le spectacle
Il faut fêter ce qui est raté

Trinque à ta santé et fais tinter les ombres
Est démasqué celui qui trahit ta devise
Tu ne veux pas la connaître
On te regarde encore

Je me suis préparé à l’instant
Le pot m’échappe et tombe
je me tiens debout
Frêle infaillible

AA 4

Une terrasse de café bondée est une image du paradis sur terre
Une rue vit par ses passants
Ils furent heureux et eurent peu d’enfants
Il vaudrait peut-être mieux inviter la belle-mère à la nuit de noces

Un homme de peine est souvent père d’une fille de joie
Les cocus épousent des femmes adultères
Pour fermer la bouche d’une femme, rien ne vaut que l’embrasser dans le cou
Une belle belle-mère est préférable à une belle-mère affligée

L’éternel féminin ne vaut que pour certaines belles-mères
J’apprécie la solitude à deux
Les grâces de l’esprit sont les plus durables
Il est commode d’être l’amant de la femme d’un ami

La main tient l’autre
Il est engageant de commencer une conversation par : « Je pourrais être votre mère »
A la vie à la mort, et voilà pour le mariage !
L’animal est triste après le passage de la poste

AA 3

L’assassinat mène au vol et le vol au mensonge
L’échafaud ne serait bon que pour qui se prétend assassin
Les gendarmes ne se justifient que par les criminels
Un vrai criminel ouvre tout, les tiroirs et les gorges

Un bon pickpocket a toujours les mains dans les poches
Un médecin repasse tant qu’on n’y ait pas passé
Un bon médecin est payé par ses malades, il ferait mieux de l’être par les bien-portants
Internes et internés font bon ménage

Je connais le métier d’auditeur et pas celui de voyeur
Un bon archéologue connait tout sur quelque chose qui n’existe plus
On a enfin ouvert une école pour professeurs
Plus un cocher roule, moins il est poli

On fonde un journal pour combler les lacunes
Beaucoup vont à la mer pour noyer leurs ennuis
J’aime la compagnie pour m’endurcir le cuir
Pourquoi les gares sont-elles quasiment sur les rails ?

AA 2

Pour bien travailler, il faut des relations
« Un homme parti de zéro pour n’arriver à rien n’a de merci à dire à personne »
La timidité est un défaut répandu, ridicule et puissant
La misère et la pauvreté ne suppriment pas la crainte des voleurs

L’astuce est de faire faire la charité par autrui
« Il faut demander plus à l’impôt et moins au contribuable »
La taxe qui rentre facilement est celle sur les portes et fenêtres
La crainte de monter devrait favoriser le rèz-de-chaussée

Être de quelqu’un favorise davantage que d’être de quelque-part
Le cocuage devrait être autorisé en haut lieu
Les saoulôts ne manquent pas de tenue
Gagner à une loterie n’exclut pas le hasard

Pour gagner, il faut acheter des tickets
Même seul, un gentleman respecte les bonnes manières
Une porte dérobée fait toujours rêver
L’école buissonnière ne fait rêver que les vrais travailleurs

AA 1 Alphonse Allais *

La vache Allais ? Présentation de Jean Orizet
« Il vaut mieux être cocu que veuf. Il y a moins de formalités »
« Il fait rudement chaud pour une si petite ville »
Il n’y a pas d’aliments bleus. Le bleu, c’est pour le ciel et certains yeux

Un vrai paresseux ne fait même pas semblant de travailler
Un faux travail n’est pas nécessairement méprisable
« Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain »
Est heureux qui ne connait le travail que de réputation

Je travaille pour le superflu
J’ai bien rarement vu des gens travailler. Faire semblant, oui !
il faut vaincre la fatigue en ne travaillant pas les jours de repos
Je travaille pour boire

La richesse pour moi serait de planter des arbres
Je me refuse à l’idée que des alouettes puissent me tomber toutes rôties dans la bouche
La fortune vient en dormant et très lentement
L’or est utile pour faire plaisir *

* Alphonse Allais, « Pensées, textes et anecdotes », Editions du Cherche Midi

AW 55 et fin ( « Aphorismes » d’Oscar Wilde )

Il n’y a que les miroirs à regarder
Nous avons plusieurs visages
Les aphorismes doivent être contradictoires
Ils ressemblent à nos proverbes : « Tel père tel fils » « A père avare fils prodigue »
Je commence à me répéter

Hélas ma vie ne ressemble pas à une oeuvre d’art
Je ne serai jamais un dandy
Je ne suis pas un non-conformiste
Je ne suis pas pour « l’art pour l’art »

Titres improbables :
Crime et mensonge
Une femme sans importance soi-disant
Le silence de l’amour
La bonne critique est créatrice
L’âme socialiste ?
Portraits et prison
Constance et inconstances
Être sérieux ( « earnest » ) en toutes circonstances
La ballade des lettres
Amour et scandale
Je ne suis pas le fils d’Oscar Wilde ….

VV 42

Sur la crique la lune est pure et limpide
Elle absorbe le rivage
Les vagues se retirent
Puis reviennent à la charge

Je vous propose des poèmes
Ecoutés notés chantés
Enfer et paradis
Tous sont dits des « dits »

Il est âpre et pénible
De prévoir maladroitement
Les fautes les crimes
Et leur châtiment

Un corps en bonne chair
Déchiré par le vent
Pend lamentablement
Pour être la proie des flammes

VV 41

Mon coeur se confond
J’ignore les jérémiades
Le buis n’ignore pas le coton
Les dieux sont petits et grands

Crépuscule sur la plage
Le buis ne s’en va pas à la nage
Le printemps est tardif
Nous partirons en barque

La marée est favorable
Les fleurs des vagues
Indiquent le chemin
Par leurs parfums

Les fleurs se dispersent s’amoncellent
Folâtrent au vent
Le vent est confiant
Ton coeur se confie

VV 40

Je me couche seul sur le sol de terre
Mon oreiller d’herbe
Est parfumé par les fleurs
D’un arbre fruitier

La haie est vive
Pleine de plantes et d’animaux
Elle m’importe plus que la montagne
En retrait de la crique

Les piliers du sanctuaire
Sont alignés comme les racines
Des rocs et de la rosée
Le soleil ne les voit plus

Folie et nonchalance m’abandonnent
Dans la montagne des mille dieux
Je pénètre au plus profond
De la voix du vent

VV 39

On raconte qu’un pays lointain
Se plaint de tout et de rien
Le grillon lui-même
Se confie de tout son être

Dans sa sincérité il n’est dépassé
Que par les petits oiseaux
A gorge profonde
Les fillettes dansent une ronde
Sautent à la marelle

Au froid de la nuit automnale
L’insecte se confie
Doucement tendrement
Sa voix se dissipe

Il y a peu d’arbres sur ce mont pelé
Mais il y en a, verts et solides
Je ne sais rien des arbres fruitiers
Les voir en fleurs dépasse mon entendement