VV 38

Comment trouver les mots
Qui conviennent à cette histoire ?
Dans les brumes du printemps
Un tertre est émouvant

Il est impérissable
Parce que son nom seul subsiste
On dit aussi que ces fleurs blanches et desséchées
Lui étaient destinées

La rivière gelée était source de lumière
Le château effondré pauvre ruine
Donnait un sentiment d’éphémère
Le temps était à la tempête

La neige couvre le champ
Mon coeur s’en imprègne
Il est difficile de l’admettre
Mes larmes deviennent la rivière

VV 37

Ceux qui n’ont pas de coeur
Aiment le vol de la bécasse
A l’extinction des feux
Au dessus de l’étang

Errer tâtonner
Dans l’errance trouver l’oiseau rare
Y en a marre des oiseaux
Qui ne savent pas chanter

Je peux errer là où affleure la lumière
La lueur de la lune traverse l’auberge
La lune est plus touchante que d’habitude
Elle enveloppe les corps et les coeurs

Mes mots se gravent sur le pilier gauche
Je connais un passage qui ressemble
A un au-delà du monde
Paradis du non-dit

IB 46

Le temps est un sursis
Y avais-tu réfléchi ?
Des jours plus durs arrivent
Ils t’atteindront aussi

Ton regard trace
Dans la brume
Le temps du sursis révocable
Devient visible à l’horizon

Ta bien-aimée s’enfonce dans le sable
Son bon côté monte
Autour des cheveux flottants
Il te coupe la parole

Ne regarde pas en arrière
Plonge avec les poissons dans la mer
Ce n’est pas la mer c’est un étang
As-tu ton bon sang ?

IB 45

Nous ne dansons plus de rondes
Le vide ne pense pas
Le chemin du dérisoire est inutile
J’aime beaucoup le marbre

J’aime bien lire sur le froid les idiots et les morts
Je ferme ma porte au mendiant de midi
J’évite la mort sans joie des feuilles sous la pluie
Je ferme ma porte et c’est la paix

Sous les cyprès ou sous les palmiers
C’est du pareil au même
Les couchers de soleil sont à prix réduit
Mes lettres sont sans réponse

Le temps fait merveille
L’arbre me tue ou je tue l’arbre
Le temps parfois vient mal à propos
Ma cave est dérisoire

IB 44

Nous sommes là où est la lumière
Mais nous sommes aussi un peu ailleurs
Dans les couloirs tonitruants du bas
Nous avons les bras couverts de feuilles

Pas un souffle sur la rivière
La lumière est froide
Tes cheveux sont fuyants
Il faut soutenir l’épreuve de la beauté

La nuit est là tu es ici
Les génies dansent là-haut
Notre vaisseau appareille
Derrière nous la mouette crie et plonge

L’amour parfois s’arrête
Nous avons les yeux morts
La fumée du cratère
Effleure nos cils

IB 43

Mon coeur est tombé
De l’arbre du temps
Les feuilles tombent comme des larmes
Ma blessure est béante

Emplis-toi des nuages
Tu nous envoies un brin de pluie
Dans la sécheresse
Mon coeur oscille

Il est obscur de parler
Je joue sur les cordes de la vie
Toi aussi tu vis un jour
Passer le fleuve de tes étoiles

Je préfère la corde du silence
Sur mon absence de luth
Les flocons noirs de la nuit
Empêchent ton oeil de bleuir

IB 42

J’ai enfin foulé la terre taciturne
Où la brume a jeté l’ancre
Un souffle de mer
Et je ferme les yeux

Les soleils osent approcher
L’herbe est rassasiée
Libérée par nos rêves
Pourtant rien n’est dit

De grands oiseaux gris
Me chassent d’ici
En battant des ailes
Je n’ai jamais demeuré ici

Je ne voulais pas être vu
Mes yeux sont grand ouverts
Parmi les serpents de mer
Le pays de mon âme succombe

IB 41

Des monstres marins
Soufflent dans les conques
Mettent en pièces ce qu’ils heurtent
Le sommeil s’allonge

Rien n’est préférable
Au travail sur un navire
Il se passe toujours quelque chose
Dans les cordages

J’aime calfater les roides parois
Le soir nous tombons de fatigue
Nous pensons un instant au lendemain
Faire des noeuds puiser de l’eau

Dès les premières lueurs du jour
Les idées claires se dressent contre le ciel immuable
Contre les eaux impraticables
Par bonheur le soleil revient

IB 40

De la fumée monte de la terre
Le soleil sombre à son rythme
Les millions d’yeux aquatiques
Ouvrent leurs cils d’embrun blanc

C’est ainsi que tu es longuement regardée
Même si le bateau tangue dangereusement
Il fait une embardée
Tu restes sur le pont

Nous sommes tous à table
Nous mangeons le poisson fumé
Plus tard nous ravauderons les filets
Pourtant il nous faut dormir

La première vague de la nuit frappe au visage
Près de l’arbre abattu, un autre lève les bras
Le bois tordu résiste aux tempêtes
On ne voit plus la terre

AW 54

Être superficiel, c’est savoir qu’on est superficiel
Être précoce, c’est être précocement superficiel
L’ambition est un refuge contre l’échec
Une vérité n’est plus une vérité si personne n’y croit

Les idiots ont le don de poser des questions auxquelles aucun sage ne répond
Les petits enfants peuvent avoir un don pour des questions indiscrètes
Les vêtements révèlent le corps
Les vêtement peuvent être une oeuvre d’art

Les qualités superficielles durent longtemps
La laideur la plus envahissante est industrielle
L’histoire ne va pas sans anachronismes
Les vieux copient, les jeunes savent

L’oisiveté est parfaite si elle n’est pas oiseuse
L’obscurité n’est admissible que chez les grands talents
La jeunesse doit avoir les meilleurs espoirs
Avant d’aimer qui que ce soit, il est bon de s’aimer soi-même