AW 49

Un bon habit vous donne la réputation d’un civilisé
La mauvaise conduite est source de bonnes histoires
Reproduire les erreurs de sa jeunesse ne permet pas de retrouver celle-ci
Par peur pour nous-mêmes nous faisons l’éloge des autres

Au commencement est le deux
Le commencement est deux
Le fondement de l’optimisme est la terreur
Nous nous battons perpétuellement contre la terreur

L’optimisme n’est-il que méprisable ?
L’art commence par être abstrait
La vie peut repousser l’art dans le désert
Les bonnes intentions nous ruinent

Il ne faut prêter aucune attention à la vulgarité
L’égoïsme nous donne des couleurs
L’égoïste peut avoir plusieurs ego
Je parle, même devant de la bonne musique

AW 48

La forme est l’essentiel
Tout commence par la forme
La danse est forme
La forme est le secret de la vie

Au début tout est divisé
Le cerveau retrouve l’unité, réelle ou factice
Au commencement tout est deux
Le cerveau retrouve l’un

Le cerveau est un, recherche de l’un
Les mots de l’amour suscitent l’amour
Exprimer le chagrin est déjà une consolation
Toute esthétique est formelle

On n’argumente pas à tout vat
On ne regrette pas certaines erreurs
Soyons généreusement superficiels
La profondeur est dangereuse et scélérate

AW 47

Les vieillards nous proposent une dévotion
Trop de gens incapables d’apprendre enseignent
« La nature abhorre l’esprit »
Nous sommes différents par les accessoires

Plus on étudie l’art, moins la nature est intéressante
L’art nous révèle le manque de dessein de la nature
L’art est contre-nature
La diversité de la nature ne se trouve que dans notre imagination

Certaines personnes sont des oeuvres d’art
Penser est une maladie
Beaucoup de menteurs sont des charmeurs
Notre visage est un masque de menteur

Beaucoup de passions ressemblent à un caprice
La beauté n’est pas superficielle, la joliesse peut l’être
L’art est le miroir de ses spectateurs
La valeur n’est pas un prix

AW 46

L’histoire des historiens est une fiction respectueuse des faits
Le risque du romancier moderne est d’être ennuyeux
Nous recréons la nature
Les choses n’existent que parce que nous les voyons

Pour voir vraiment les choses il faut en voir la beauté
L’école de l’art est l’art
Les voix du monde, vos voix, tant de voix….
J’aimerais bien me connaître

Beaucoup de ceux qui écrivent leurs mémoires ont beaucoup oublié
L’inconnu et encore plus l’inconnaissable ne peuvent pas s’enseigner
Les esprits tordus sont infiniment plus nombreux que les corps tordus
On peut faire quelque chose d’idiot pour de bonnes raisons

Avoir du coeur n’est pas à la mode
Tu pensais ne pas avoir de coeur
Evertue-toi à jouer juste
Je garde la science pour la vie

AW 45

Se traîner à quatre pattes pour paraître modeste est la pire des vanités
Il est difficile de ne pas être injuste envers l’amour, envers ceux qu’on aime
Il est difficile de confesser ses péchés au public
Certains aiment plus Platon que la vérité

Il est bien d’être différent, mais pas trop
Il n’est pas que le vice, la vertu aussi est le matériau de l’art
Qu’est-ce qui nous sauvera du puritanisme ?
Sans libertinage ni esthétisme ?

Il faut se concentrer sur des courts moments d’une courte existence
L’art n’exprime que lui-même
L’art et la pensée ont une vie indépendante
Avec de bonnes intentions, on s’en tire toujours mal

L’humain veut croire à l’impossible, pas à l’improbable
La nature imite l’art
Il est peu utile de chercher les preuves d’un mensonge
Autant dire sans artifices la vérité

IB 39

La fumée au dessus du foyer
Cache la danse du feu
J’arrête là où les chemins s’enlacent
Les chemins passent

Guidés vers le bas
Nous mettons quelque chose à jour
Oui mais quoi ?
Rien n’est la preuve de quoi que ce soit

Les preuves de rien
Ne sont exigées de personne
N’attise pas le feu
Ton visage déjà est noirci

Tu pleures
Pourquoi ?
Pleurer n’est pas un signe
Sauf pour toi

IB 38

Je ne voudrais pas te détacher
De l’écume des jours
De la pente du temps
Du fleuve de soleil

Lorsque la lune arbore
Un visage effrayant
Mon âme revit
Dans l’écume d’argent

Ne me regarde pas
Surtout pas
Les bienheureuses torches
Sont consumées par leurs propres flammes

Je sais que ta folie est sacrée
Les enfants se font signe
Les petites filles hurlent
Ton coeur conserve des provisions d’amour

IB 37

Mon sommeil ne veut pas voyager
Je connais un monde silencieux
Derrière un monde il y a un arbre
Aux feuilles de nuages

Mon cimier est d’azur
Le soleil dessine sur mon écorce
Un ruban rouge
Rafraîchi de rosée

Ma peau est en or
Je dévore un fruit
Le temps roule
Dans mes mains

Je crains de te lier à mon souffle
De te draper dans ma bannière
A mon seuil de brouillard
Le château brûle des torches

IB 36

Le monde est vaste
Les chemins sont nombreux
J’ai vu les tours
Les tours des villes

Les gens s’en vont
Vastes sont les champs
La bouche du monde
Est pleine de voix

Le voyage est fini
Pour moi rien n’est terminé
Un fragment de mon amour
S’est logé dans mon coeur

Ta lumière m’a consumé un oeil
A chaque ombre je me déchire
Je suis enchaîné à chaque lointain
Mon visage regarde vers le bas

IB 35

Les ports étaient ouverts
Nous embarquâmes
Entre acier et larmes
Un rire dans les cheveux

Devant nous les flots se fendaient
Les nuits restaient à l’arrière
Notre étoile s’élevait à l’avant
Au dehors la tempête faiblissait

La pluie s’enflamma Façon de parler
Nous prétâmes l’oreille
Des anges apparurent
Déguisés en ouvriers du bâtiment

Ils avaient des yeux noirs
Pour un regard noir
Nous restions foudroyés
Le vaisseau était trop grand pour notre coeur