AW 33

Les femmes nous pardonnent notre intelligence
La société est nécessaire
Si les femmes ne sont pas de votre côté, vous êtes fini
La soumission aux sens est justement décriée

Passions, émotions, sensations font peur
Elles ne devraient pas
Elles sont l’origine
Une nouvelle spiritualité serait fondée sur la beauté

On ne dirige le peuple qu’en suivant la populace
N’hésitons pas à crier dans le désert
L’existence nous offre maintes circonstances comme des coups de fouet
La critique est un art

N’importe quelle oeuvre d’art peut être soumise à critique
Il est plus facile de parler que de faire
Chaque petite chose passe dans l’immense machine de la vie
Ce qui est bon aujourd’hui ne le sera pas nécessairement demain

IB 31

Mes doutes sont amers inassouvis
Ils s’étendent dans la profondeur du soir
La fatigue me chante une comptine
Tout s’est passé hier

Tout revient et tout repart
J’écoute toujours
Je connais les chemins du soleil
Je ne veux plus y aller

Le lac sombre devant moi
Alors qu’il ne fait pas nuit
Ce lac est tendre pour moi
Qui accomplira mon serment ?

Il y aurait là-bas un miroir
Clair et inconcevable
Il était censé nous montrer étincelant
Le fond et la raison des choses

IB 30

Je renverse les murs creux
L’étalon noir attend devant la porte
Mon coeur s’émeut comme autrefois
J’aime mon aigle à tête rouge

Le vent n’est pas violent
Il me jette en avant sur le chemin
Il divise les boucles des arbres dormants
Je menace de mon fouet une étoile éteinte

Je ralentis le pas
Pour embrasser la bouche de l’infidèle
Tes cheveux se prennent dans les rènes
Tes souliers sont tout poussiéreux

Je ne me lasse pas de ton souffle
Tu voudrais que je bouge
Tu me frappes d’un mot
Tu es rouge comme une pivoine

IB 29

Je vole à travers le bâtiment du ciel
Il est solide
La nuit je ne peux pas dormir
Je me glisse dans la bouche des cascades

Je suis enfant de la violence du monde
La violence est angoisse
Je la confonds parfois avec le bruissement de la mer
De la montagne se détachent des tonnerres de pierres

Je suis suspendu à la cage du souvenir
A la paix et à la joie
Au brocart et à la soie
Mais déjà j’entends le glas

La faux passe dans les champs murs
Je m’enfuis loin du village
Enfin j’oublie la cage
Je ne pense plus à la mort

IB 28

Un filet d’eau coule à la fontaine
Les gouttes se bousculent
Tu bois sans ambages
Sans quitter ton nuage

Le soir ivre continue
Il titube et se met à chanter
Au point que les vitres se brisent
Le soir lutte avec ses terreurs

Le soir est ensanglanté
Je suis une sorte de neige
Je pends aux branches
Je suis une source froide

Je suis ce qui pense à la mort
J’ai tort je sais
Je suis enfant de l’angoisse
Je me porte la poisse

IB 27

Dois-je à nouveau m’approcher de tout ?
J’ai soif de temps
Dans aucun chemin
Je ne vois mon chemin

Sois ivre empli de clarté bleutée
Titubant et souhaitant chanter
Les vitres se ressemblent
Elles prennent leurs ombres au filet

Tout obscurci il tangue autour des immeubles
Chasse un chien en criant
Halète chuchote
S’inquiète

Dans une cour humide
Il joue à chat avec des rats
Une femme grise à la robe grise
S’enfuit pour rire ailleurs

IB 26

Je ne veux plus voir les arbres
Leurs branches sont décharnées
Leurs dernières feuilles
Gisent jaunies sur le sol

Devant mes yeux la forêt prend la fuite
A mes oreilles les oiseaux restent cois
Rien je n’ai droit à rien
La prairie refuse de me servir de lit

J’en ai marre du temps
Je suis repu du temps
J’ai soif de temps
Que va-t-il se passer ?

Cette nuit les feux brûleront
Dans la montagne
Pour la Saint-Jean
Je ne vois plus de chemin

AW 32

Il est douloureux d’être contraint à la vérité
Se retourner sur son passé n’est pas envisager l’avenir
En développant sa personnalité on envisage mieux celle des autres
Et vice-versa

L’humain a besoin d’une masque pour dire le vrai
Les humains sont souvent révoltés
On devrait être amoureux
Il est rare d’avoir accès à l’idéal

Il est favorable d’être le spectateur de sa propre vie
L’Etat n’est pas beau même s’il fait de belles choses
La répression enlaidit
Il est nécessaire de miser sur l’évolution

Tout art est immoral
Celui qui ne vit que dans le présent ne comprend rien au présent
L’imitation qui perdure est une erreur
Le monde est idiot, créé par des idiots

AW 31

La liberté d’expression est la première liberté
La vanité est maladroite
La beauté embrase le monde
L’art nous protège du sordide

Les dandys se croient plus importants qu’ils ne sont
Les véritables tragédies de la vie manquent de style
Nous aimons nous reconnaître sur scène
Seule la propriété privée guérit de la propriété privée

L’art est plus abstrait qu’on le souhaiterait
Forme et couleur parlent de la forme et de la couleur
Lorsque l’idéal est atteint, il n’est plus idéal
Les états d’âme de la logique n’ont pas grand sens

Un humain profond se débarrasse facilement de ses émotions
Le mécontentement peut être un pas en avant
Les maris sont la propriété de leur épouse
Il faut du temps pour que le méchant cesse de l’être

AW 30

La jeunesse sait beaucoup
Elle a accès aux dernières merveilles
Le romanesque est répétition
J’adore les plaisirs simples

Les plaisirs simples sont aussi le refuge des personnes compliquées
La jeunesse règne sur la vie, l’existence
Nous sommes rois à la naissance, exilés à l’âge mûr
Toute vulgarité est un crime

Les grandes vertus ne remplacent pas une bonne apparence
La contemplation n’est accessible qu’à de fort honnêtes gens
Nous sommes tous à terre Certains regardent le ciel
La beauté prend tous les sens

La beauté est un état d’âme
La beauté n’exprime rien
Le seul péché véritable est l’imbécillité
Les habitudes dessinent une personnalité