IB 17

La résonance obscure
Remue ciel et terre
Traverse les cloisons étroites
A peine passé le jour me rappelle

Le jour ne me lie pas
J’étends les bras
J’entends toujours le martèlement
Je ferme les paupières éveillées

Je persiste à glisser sur la piste
Des rêves obscurs
Ce n’est pas un rêve
Surtout pas un cauchemar

A la fenêtre frappent les papillons tardifs
Il parait qu’ils annoncent ton retour
L’espérance me martelle encore
Mon coeur bat lourdement

AW 15

Les commérages sont délicieux
Un scandale est souvent commérages
Je répète : La science historique est d’abord commérages
La vérité historique se fraie un chemin

On ne doit pas trop s’exhiber
On ne peut pas répéter les mêmes émotions
On apprend éventuellement à se souvenir
On n’apprend guère à progresser

Rien n’est sérieux
Même la mort a des côtés plaisants
Généralement l’intellect lui-même manque de sérieux
Au mieux c’est un instrument désaccordé

Dans l’intellect populaire le vulgaire joue du tambour
Il est absurde de diviser les humains en catégories touts faites
Cependant ils sont souvent ennuyeux
Ils ne savent rien et jugent de tout

AW 14

Le progrès n’est pas une utopie
L’utopie est un beau mensonge
L’utopie manque de principes
L’histoire est commérages

Le progrès est l’affaire de quelques personnalités
La vérité est bafouée
La vérité est impure
La vérité est complexe

La vérité moderne n’est ni simple ni pure
Elle est obscène
Elle est ennuyeuse
Sans elle pas d’art moderne

Une petite minorité de gens
Est atteinte d’altruisme
Maladie profondément malsaine
Fondée sur l’exagération, voire l’hystérie

AW 13

Nos actes sont une première tragédie
Nos mots sont la deuxième
Les mots sont des personnages, dépourvus de pitié
Mon art était censé être celui des mots

Chaque humain n’a qu’une vie
Il en paie le prix
Il faut payer pour chaque faute
Être bon ne rend pas nécessairement heureux

Je manque d’imagination
Je n’ai vraiment aimé qu’une seule femme
Loyauté, fidélité ne sont souvent que torture
Le mal est fréquemment imaginaire

Je préfère contempler une rose que d’observer ses racines
Moraliser est un signe d’hypocrisie
L’utopie est un pays où l’on accoste volontiers
Mais il est d’autres utopies

VV 15

On y chasse
Le petit village est désert
Dans les prés dans les monts
Au milieu de rien

On y chasse du gibier
En masse
Même ma tigresse se lasse
Quelque-chose l’agace

L’ombre de lune est chantée
Par plein de pauvres gens
En fait ils confondent l’ombre et son éclat
Contraire au clair de lune

Virile et vaillante
La lune ne rivalise pas avec le soleil
Elle se contente d’être son reflet
De l’aimer en secret

VV 14

Je connais un domaine
Qui fut sacré
Tout y parait aujourd’hui
Etrange et étranger

Tout y parait altéré
Comme si rien n’avait existé
Tout y parait désert
Comme si personne n’y avait habité

En le découvrant je dissimule ma surprise
Les vestiges paraissent hantés
Par des fantômes timides
Il y a place pour le doute

Autrefois un sage y habitait
Il ne se vantait pas de sa sagesse
Il aimait les vieilles pierres
Patinées par le temps

VV 13

Je suis un égaré de l’esprit
Je ne comprends rien à la nature
Elle pourtant me connaît
Elle m’a fait

L’amour n’est pas une approche tendre
C’est plutôt du rentre-dedans
Il vaut mieux avoir les branches rouges
Que les mêmes camouflées sous le givre

J’accroche à l’arbre fétiche
Les choses de jadis
Tu dis un tu dis deux
Tu dis dix

Les branches ont leur couleur profonde
C’est la faute aux giboulées
Elles sont chez nous souvenir de l’automne
Aux couleurs de jadis

VV 12

Je navigue d’état en état
Je suis ballotté par l’amour
Le chemin est déchiré
Dans mon pauvre corps

Je désire toujours autant
Je désire toujours l’amour
je ballotte je ballonne
Je ne sais plus où j’en suis

La nature s’éclaire d’elle-même
Beaucoup ne le voient pas
J’ai de grands désirs
De grandes aspirations

La nature en moi est vaniteuse et vaine
Je ne m’étonne pas plus que ça
De ne pas réussir à approcher l’amour
Moi un maître présumé de la loi

IB 16

Les vagues sont étrangères à la terre
Le jour est à peine passé
Que tu penses à lui
Sous le ciel qui fuit

Je suis réveillé complètement réveillé
Et pourtant j’entends un martellement
Mon coeur bat lourdement
La mer m’enlace en un rugissement

Je glisse sur la pente des rêves obscurs
Comme s’il s’agissait d’un mont neigeux
Tu es rappelée au rivage chaude et ardente
La vague d’argent est fraîche et claire

Je me baigne dans le crépuscule et le sommeil
La nuit a des bras chauds et tendres
Ce sont les miens hélas
Je reviens de guerre lasse

IB 15

Je suis vain
Je fais tout en vain
Vingt gaillards décidés
Ne sauraient m’imiter

La folie c’est d’abord tu le sais
La perte de contact avec la réalité
Je veux partir
Pour parcourir le vieux monde

Commences-tu à voir
Que je suis réveillé ?
Demain je mets la tête dans mon coeur
Je porte un chapeau

Je veux que la vile ville me voie
Je suis amer loin de la mer
Tu riras de mon comportement voyou
Tu peux mourir pourrir