IB 14

Que reste-t-il ?
Je soupire Je suis comme une ombre obscure
Ma solitude est hivernale
Je reste sans bouger

Rien de tel que l’air glacé
Pour caresser les cheveux
Le froid s’enflamme à mon contact
Le silence joue des mélodies à danser

Les fantômes bleus sont de sortie
Dans l’espace noir étoilé
Ils respirent les fleurs un peu fanées
Les arbres couvent le froid en silence

Un éclat de lune m’arrache des larmes
Sur la pente du glacier des humains glissent
Je ne peux pas les imiter
Je suis éteint

IB 13

Quand j’étais vivant la nuit
Animé par des images fantasmatiques
J’étais comme un fou au sac vide
Je courais pour fuir le vent

Après la nuit mortellement triste
Le jour se levait effroyable irrité contre moi
Nous attendions la neige la mort silencieuse
Il était temps de céder au mutisme

Dans l’eau depuis longtemps gelée
Je plonge pour attendre la vague estivale
Dans le ciel que j’ai depuis longtemps perdu
Les étoiles brillent encore et toujours plus belles

Mes joues sont empourprées
Ma bouche aussi veut s’enflammer
Sorties d’un rêve d’autrefois
Mes fleurs sont trop brèves

AW 12

Certaines vérités ne se disent pas à une jeune fille
Les humaines souvent sont courageuses
Certaines font beaucoup pour être regardées
Certaines dissimulent leurs sentiments jusqu’au mariage

Les mots sont sans pitié
La vérité n’est pas art
L’art a plusieurs vérités
Au moins deux vérités contradictoires

Nos jours sont trop courts pour endosser les fautes des autres
Chaque humain paie pourtant pour les autres
On paie on paie on paie on n’arrête pas de payer pour soi et pour les autres
Nos comptes ne sont jamais clos

Il n’y a pas d’art de la vérité universelle
La nature nous approuve dans le plaisir
Nous ne sommes jamais heureux tout le temps
Il vaut mieux être heureux pour être bon

AW 11

Il est romantique d’être amoureux, pas d’être marié
La certitude ne convient pas à l’amour
La réalité est dangereuse pour les idéaux
La supériorité de la réalité, c’est qu’elle est vraie

Si on a du charme, on a une chance
Les amours frivoles peuvent durer longtemps
Un sourire éternel a quelque chose de fastidieux
Un courroux perpétuel ouvre des possibilités

Il aurait mieux valu que les gamins ne pensent pas
Douter de tout est impossible
Il est vaniteux d’être en désaccord avec tout le monde
La vanité est le remède à tout doute spirituel

Les humaines sont émotives, leurs hommes aussi
Si les guerres sont simplement iniques, elles sont populaires
Sans la force, la justice est impuissante
Le secret de la vie est dans l’art

AW 10

La vie se joue sur un coup de dés
Il lui faut un terrible courage
Il convient d’admirer la stupidité
Il faut bien nourrir ces monstres d’êtres humains

Le destin n’existe pas
Il y a des coups du sort
Pleurer est un refuge pour tout humain normalement constitué
La dévotion à l’art est un signe de civilisation

Il est intéressant de poser une question, rarement d’y répondre
Il est souvent stupide de prendre partie
La sincérité est souvent assommante
La sincérité de l’art n’est que l’art lui-même

Les normes de l’art varient de génération en génération
On peut tout tyranniser sauf le dernier recoin de l’âme
L’amour est incertitude
L’art est une certitude pour tous les jours

IB 12

La nuit est si profonde autour de moi
Qu’elle n’est plus que solitude et détresse
Les murs se rapprochent et se pressent
Les larmes coulent sur le pain froid

Il fait froid à pierre fendre dans la maison
Ni feu ni lumière
Mon souffle fume en expirant dans l’air
L’espoir devient renonciation

Dans le pays les routes baillent largement
Elles m’appellent j’en suis sûr
Je suis fatigué la peine me saisit
La nuit est trop profonde autour de moi

Naguère j’étais vivant le jour
Animé par des milliers d’images
Il en restait quelque chose la nuit
Je me sentais responsable

AW 9

Les noms sont tout
Tout est symbole
La nature est tout
Si elle est symbolique

Un humain n’est pas humain
Une femme est autre chose qu’une femme
Appeler humain l’humain est surhumain
Appeler chose une chose est mince

Ne prêchons pas l’élévation inutile
Il est absurde et courageux de jouer sa vie sur un coup de dés
La stupidité suscite une sorte d’empathie
Les humains sont monstrueux

Il n’y a pas de présages ni de prédictions
Les pleurs sont un refuge
Aimez l’art pour lui-même et tout vous sera donné de surcroit
Ainsi une existence ordinaire cesse d’être spéculation pour devenir sacrement

AW 8

Je dis ce que je pense
Ce que je pense vraiment
C’est une terrible erreur
Personne ne comprend ma vérité

Comme il beau d’avoir des certitudes !
Elles se dispersent et brûlent
Au moindre souffle de vérité
La vérité ne laisse que des victimes

Être vigilant, c’est vivre
La certitude, c’est mourir
Elle nous berce cependant
Voilà une triste vérité

Nous avons perdu la faculté de nommer quoique ce soit
Surtout la faculté de donner de jolis noms
Nous aimons les jolis mots
Notre langue est mélodieuse

AW 7

Je suis un incompris
Je dis toujours ce que je ne devrais pas dire
Certes je le pense
Je suis bien le seul

Si vous dîtes une vérité
Qui vous appartient
A vous seul
Vous serez mal compris

La beauté du doute
Est la plus subtile de toutes
Croire est médiocre
Croire n’importe quoi est un comble

Douter est absorbant
Plus qu’on ne le croirait
La vigilance, c’est la vie
La vie la vie même

VV 11

L’hôte réside à l’écart du chemin
Il ne se plaint de rien
Surtout pas du vent
Qui parfume l’horizon

Les fleurs de prunier sont délicieuses
A peine entendue cette phrase sacrée
La tristesse prend le coeur du noceur
Le jardinier la cueille chaque jour

Les vents signalent les traces de la disparue
Il est trop tard pour les suivre
Nous attendons les fleurs de cerisier
Une dame les pleure le temps restant

Même les vents ne lisent plus les traces
N’apportent plus les ombres
Les malheureuses fleurs de cerisier
Se dissipent sont dissipées