VV 10

Le monde est retiré
Parce qu’il est rejeté
Mais il résiste
Il a trouvé sa piste

Le corps de l’émigré
N’a toujours rien quitté
il faut suivre le monde
Pour l’abandonner

Le monde, on s’y attache
Seul celui qui le rejette de bonne foi
Sauve son corps d’abord
Puis son coeur et son esprit
Pour l’âme ce sera plus tard

Mais qu’est l’âme
Dont on nous rebat les oreilles ?
Rejeté le monde instable
Il reste le corps Que lui arrive-t-il ?

Que devient l’esprit ?
Le doute demeure
Est-ce le meilleur de l’esprit ?
Le doute affiné ?

Qui es-tu toi l’hôte
De ce corps de cet esprit ?
Vous résidez à l’écart
De nos lieux de prédilection

VV 9

Comment le temps passe-t-il
A travers mon corps
Exsangue ou bien vivant
Dans ce monde bien présent ?

Etres vivants hier
Aujourd’hui disparus
Le temps passe et repasse
Ses bons petits plats

Il marche ce corps las
Il a traversé le passage sans retour
Il ne reviendra plus
Seule sa tristesse demeure

Bien que retiré du monde
L’ermite ne se cache plus
Qu’on le sache et qu’on le répète
Il ressemble toujours
A quelqu’un qui ne quitte rien

IB 11

Il t’est permis d’aller à l’origine
Des mystères énigmatiques
La plénitude t’épuise
Dans mes mains lasses j’amasse

Tout persiste
Ombre et lumière confondues
Je vide le puits
Jusqu’au fond des mers

Je monte et je descends
Les escaliers
Il pleure des heures dans le silence
Je m’élance comme une plénitude

Je dors et ne meurs pas
Le jour revient
De moi sans cesse poussent des mains
A demain pour nous deux

IB 10

Mon sommeil est plus solitaire que tout
Ne pense pas secrètement
Que le jour est mourant
Que tu l’as accompli entièrement

Le fossé est béant
Entre la magie du désir
Et sa réalisation étriquée
L’accomplissement est insipide

Si tu fais souvent le même rêve ça
Ne reste qu’un rêve ça
Je suis une étincelle
Je cours éternellement

L’amour se tient dans les confins
Je me joue du malin qui n’existe pas
Je suis bien avec moi et avec toi
Aux heures magiques qui sont tragiques

AW 6

Nous sommes notre passé

L’art n’emprunte plus à la vie, mais à l’art

Les bons conseils sont désastreux

La vie doit rester le miroir de l’art

La verte campagne me protège de la sophistication

Il n’y a pas de conseils à donner aux autres, surtout les pauvres

Une cause vraie ne nécessite pas qu’on meure pour elle

Parler vrai vous expose à être mal compris

Beaucoup ont oublié la beauté subtile du doute

Le doute est plus beau que la certitude

AW 5

L’amour romantique est le privilège des pauvres sans emploi

On doit débuter une relation par des compliments

La métaphysique est la science des masques

Les gens qui paraissent heureux savent de repoussoir dans un monde qui n’aime que le malheur des autres

On est malheureux parce qu’on n’obtient pas ce qu’on veut On est malheureux parce qu’on l’obtient

La désobéissance rend possible le progrès

Sans symboles, la vie humaine n’est que terreurs

Le symbole nomme même l’innommable

Notre civilisation la plus moderne nous apporte le confort et la pollution

La philanthropie permet d’ennuyer son prochain

IB 9

Tu tiens ton image de la lumière
Je ne voulais pas sombrer
Je ne peux pas croire
Que nos idées sont capricieuses

Je suis dans un tumulte
Je suis un tumulte
J’abandonne le tissu soyeux
Des jours tristes

Je m’effrange Je ne cesse de m’effranger
Comme le beau tissu que j’étais
J’ai abandonné la solitude
Qui m’embrassait pour mon sommeil

Je pleure d’avoir quitté la solitude
Elle m’a confié tant de choses
Avant de se replier
Loin de moi loin de tout

AW 4

La vie est si frivole qu’il vaut mieux en parler avec sérieux

La vie est trop importante pour qu’on en parle avec sérieux

Généralement nous tirons des leçons de la vie quand elles sont trop tardives

Les familles sont souvent assommantes

Votre parenté ignore comment se comporter en société

Une femme adore plus facilement qu’un homme

L’incompréhension est l’une des bases du mariage

Le monde nous imposerait volontiers une existence fausse et creuse

Le monde est hypocrite

La chambre d’un couple ne doit jamais être vide

VV 8

Est-il bon de mourir au monde ?
Je garde le nom d’une personne
Qui détestait ce monde
Je n’en garde que le nom

Le corps ne laisse pas de souvenir
Il disparait avec armes et bagages
Le corps ne compte pas
A côté du coeur qui ne laisse pas de trace

Certains lieux apparaissent touchants
Sans raison apparente
D’autres lieux laissent indifférents
Toujours sans raison

Un ermitage est une hutte de branchages
Généralement misérable
L’idée qu’un être humain y réside volontairement
Est fascinante

VV 7

Le coeur s’envole
Le corps reste
Qui a raison
Le coeur ou le corps ?

La brume est lourde et légère
L’avez-vous remarqué ?
Ma brume à moi est particulièrement lourde
C’est pourtant une brume de printemps

Comment mon coeur
Peut-il être a la fois
Informe et joyeux ?
Sans forme pas de joie

Est-ce la bonne décision
De mourir à ce monde
Sous le prétexte fallacieux
Qu’il n’est pas en bonne santé ?