TT 2

Une torche allumée n’éclaire pas
Quand brille le soleil
Il est inutile d’arroser quand il pleut
La renommée est une ombre de la réalité

Les vases liturgiques sont là pour briller
Un sage brille mais n’éclaire pas
Mes muscles sont de la glace, ma tête est de la neige
L’aveugle est sourd à l’élégance du costume

Pourquoi s’occuper du monde ?
L’empire n’existe plus à mes yeux
J’ai détruit la grande courge
Je suis un petit arbre qui pousse tout seul

Le yack est grand mais ne peut attraper de souris
Tout est permis au pays du néant ou dans l’immensité vide
L’inutilité échappe au malheur
Tu t’affliges mantenant comme tu t’affligeais jadis

TT 1 *

Le tao est chemin
Certains disent la voie
Puis-je me permettre de vous demander les causes ?
La marche du ciel est le modèle de la marche

Le principe est la non-action qui suit l’ordre céleste
La nature des eaux est de s’écouler vers la mer
La force de gravité est tao par essence
Les ailes du grand oiseau couvraient le ciel plus que les nuages

Il est bon de se reposer chaque année
Les chevaux sauvages n’aiment pas la poussière
L’azur du ciel est la couleur de son immensité
Un couche d’eau peu profonde ne supporte pas les grands bateaux

Le but d’un vol peut être de voleter parmi les chrysanthèmes
La caille est vaniteuse Pourquoi ?
Distinguer la honte de l’honneur
Il est bon de dédaigner le moi, l’action, la renommée *

* Les textes désignés par le code TT sont inspirés par le grand Tchouang Tseu, « Le rêve du papillon », Albin Michel ….
J’ai gommé les aspects que j’ai trouvés les plus dogmatiques….

If 30

Les enfants habitent un nuage
Au pôle on claque des dents
Il paraît qu’on regarde la haine en face
L’image est mouvante

Je suis hanté
L’orage ne m’assagit pas
Je suis en nage
Je n’ai pas la rage

De loin le volcan fait peur
Même quand il est éteint
Aucun océan n’est pacifique
Même les oiseaux s’embrasent de fureur

Bizarre est la bise qui a peur de l’ombre
Mes vers naissent sous vos pieds
L’image est violente
Elle me fait suffoquer

If 29

Voir le 20 / 8 / 2018 – Retour à l’ami Ridha Zili

Mon sang est terrible
On me mange jusqu’à l’os
Je ne suis pas un morceau de pain
Mes yeux ont observé le pire des ciels

La glace est fêlée je m’y vois vieillir
Le vieillissement devient ma pensée
Le monde ne peut pas fuir la terre
Celle-ci ne sera jamais une serre

Je cherche sur notre terre
Une pitié heureuse
Ma piété va à ce que vous appelez
Humanité

Chaque jour est une journée nouvelle
Je vérifie l’heure sur ma montre
Le malheur est que je n’ai pas de montre
Dans quelques heures ce sera l’heure

RD 123

La rivière relie le lac des herbes vertes
A un autre lac pittoresque, le jardin-caverne
Un sage s’y noya deux nymphes prirent le deuil
Leurs cheveux devinrent blancs elles prirent de l’embonpoint

On appelle l’ancien royaume
Le pays antique qui est à l’origine
De toutes les poésies
Les paysans y avaient l’esprit élevé

Le rachat des âmes et l’invocation des esprits
Valent de l’argent et ça marche
Pour l’ignorance et la superstition
Les soeurs vénéneuses

Les reines-mères ne sont pas immortelles
Pas plus que les fleurs des pêchers
Pourtant l’une d’elles a épuisé de nombreux amants
Et les autres ont couvert des océans

RD 122

Le mont des cinq pins en porte des milliers
On ne peut se fier aux noms propres
Un paysan de génie n’est pas le génie du pays
La beauté demeure même si son poète a disparu

La montagne parfaite est faite de monts
Les monts sont les ancêtres
Ils ont tous ubac et adret
Ils sont tous féminins et masculins

L’est est l’orient mythique
Le royaume de la vie
Opposé à l’occident l’ouest
Le royaume de la mort

Jadis un célèbre poète rêva qu’il était un papillon
Il se réveilla et se retrouva lui-même
Il se posa des questions sans réponse
Etait-il un poète rêvant qu’il était un papillon
Ou un papillon rêvant qu’il était un poète ?

Un type qu’on appelait Pierres-blanches
Désireux d’obtenir l’immortalité
Ne se nourrissait que de cailloux blancs
Il mourut jeune d’indigestion

RD 121 Automnes et printemps *

C’est la fin des haricots c’est cuit
A l’origine la matière débutante
Etait d’une blancheur ultime
D’une extrême simplicité

Avant l’origine il y a une origine
Et ainsi de suite
On pense parfois que des sources jaunes
Sortent du royaume de la mort

Parfois tout se dédouble
Ainsi la nature et le naturel
Ainsi l’automne et l’équinoxe
Ainsi le grand blanc et la blancheur

Nous les lettrés approximatifs
Nous préférons le printemps à l’été
L’automne à l’hiver
Originaux et originels nous choisissons les origines

* Allusion approximative à une célèbre chronique

RD 120

Ce qu’on appelle méditation prend cinq formes
Le corps est forme et matière
La matière est idée c’est-à-dire forme
La matière est aussi agrégat de sensations

Inutile d’insister La question est complexe
Il faudrait parler de la multiplicité des représentations
De la diversité de la volonté
Une vison panoramique ne sert pas à grand chose

Certains parlent de perplexité
Il y a de quoi devant la perfection du non-être
Qu’on appelle vide
Certains parlent d’imbécillité de la pensée

Les affects douloureux ne sont jamais que des émotions
Poisons douloureux qui dénaturent le flux de l’existence
Sans le moindre être-en-soi
Il en va ainsi avec l’inconscience de l’ignorance
L’agressivité de la haine l’attachement du désir

L’arbre du couchant l’arbre à soleils
Accueille de nombreuses fleurs cramoisies
Mais il est vain d’en casser une branche
Pour arrêter la nuit

RD 119

L’absence de pensée est admirable pour le poète
Tout au moins si on la comprend
Comme le déploiement des perceptions , la pensée,
Au sein de la vacuité, l’absence

La véritable absence de pensée
C’est l’absence de pensée
Dans la pensée même
Un état naturel

Mon état naturel je l’ai trop nié
Est une pensée qui n’en est peut-être pas une
C’est une évidence
Ce n’est pas une danse

Aux calendes grecques comme des muriers plein l’océan
L’esprit d’éveil ne se confond pas avec l’esprit ordinaire
Il faut attendre les calendes latines pour ça
En fait c’est l’esprit ordinaire qui rencontre l’éveil

RD 118

Les deux noms essentiels et originaux
Sont : être et non-être
Deux noms issus de l’un
Deux-un qui font mystère

Le mystère des deux-un
Est le mystère des mystères
La porte de toutes les merveilles
Pures créations de l’être
A condition de se diviser

Les trois emblèmes de la connaissance débutante
Sont le sujet qui perçoit l’objet perçu
L’acte de la perception
Les trois sont imparfaits et insuffisants

A la fin la vacuité est parfaite
Comme elle seule l’est
On se représente l’acte de perception
Pour lui donner un sens qu’il a peut-être

Mon but n’est pas l’ignorance
Mais la connaissance de l’ignorance
Mon but n’est ni l’effort ni la facilité
Mais la facilité de l’effort

L’ermite véritable se retire au coeur du monde
Apparemment je ne pense pas je ne pense pas ce que je pense
L’adepte de la vraie foi dans le savoir et la raison
S’enterre ici et là dans le peuple

Il n’a pas pas d’autre monde que notre monde
Pour nous et quelques autres
C’est lui que nous devons connaître
Même si c’est impossible