RD 107

Les singes font tomber des fruits
Dont ils n’ont pas besoin
Les biches font craquer les feuilles
Le tigre est rassasié
Il faut bien que tout le monde vive

Le luth apaise notre bruit de pensée
La source sera ma compagne pour la nuit
Elle est pure je suis impur
Je ne veux pas être impoli

L’eau vive déborde
Elle lave les premières marches du perron
Les oiseaux s’appellent pour la fin de leur rêve
Il est midi à la fenêtre

Le printemps soufflait sur l’herbe parfumée
Les chemins dérobés réapparaissaient
Aujourd’hui ils disparaissent sur les versants
Que faire en ces saisons contrastées ?

RD 106

Petit vent fine rosée matin calme
Un homme paisible se lève
Fleurs larmes et rires
A qui appartient le printemps ?

De parfum en parfum l’ivresse me surprend
Endormi sous un arbre au tronc qui penche
Je m’éveille au fond de la nuit
Le soleil et mes amis sont partis

Une bougie rouge allume encore
Le charme des fleurs ultimes
Le matin froid glisse de la montagne
Les vapeurs de givre ornent le refuge

Les mains qui cherchent les lèvres qui se touchent
L’amour a de curieuses manières
Nudité de la forêt Soleil à notre fenêtre
Sur l’étang silence de l’eau

RD 105

Le vrai dragon a mille anneaux
Les vrais bambous sont comme des orgues
Le chant de l’oiseau jaune
Mouille la plus haute fleur

Le printemps est à l’horizon
Comme une journée nouvelle
Le jour dans la journée se courbe
Son chant est une larme

Le couchant absorbe les montagnes
Je rejoins la hutte solitaire
Sous les nuages le chemin va de zig en zag
Où est-il parmi les feuilles tombées oubliées ?

La pierre chantante annonce la nuit
Tu es assise sur le rotin
Particule parmi les particules
Tu oublies la haine au profit de l’amour

RD 104

Le tao ne se définit pas il se pratique
La grue empoigne le vent
Le torrent est frais le soir
L’aigrette endormie rêve du cygne voyageur

Le renard blanc exige de la lune
Le vent des signes
Qui efface les nuages
Jusqu’au bleu du ciel

Le vent des cimes à l’automne froid
Est brume verte moiteur
Blanche argentée
il coule vers l’est

Sur la montagne
Les rides sont silencieuses
Les ruisseaux sont fins avant les torrents
Les bambous amers les abrupts

RD 103

Nous humains simples mortels
Nous possédons une bibliothèque magique
Où des génies et des nains ont logé
Des livres immortels

Le jade et le saphir sont effacés par le givre
Ainsi que la calligraphie sur soie
L’occident profond fait des vagues
Comme une grosse baleine

Le festin est bon au pavillon rouge
La grue empoigne le vent
Elle reste lente sur la mer
Le dragon bleu n’a pas de dos

L’occident est une mère
Fondatrice de notre ère
La beauté à chignon de brouillards
Attend sa réponse

RD 102

L’air sur l’eau est de la gaze
Qui te rend visite ?
On dit que dans la montagne
Quelqu’un est mort pour toi

Le luth est effleuré en haut de l’abrupt
Dans un froissement d’ailes
L’immortel se pare
Des plumes du paon blanc

Il convient de chasser les nuages
Le cerf boit au fond du ravin
Le poisson s’attarde au bords de la mer bleue
Il annonce les pêchers

Les paroles sont claires
Les rires lumineux
Dans l’espace vide
Sus à la vague géante !

RD 101

La jeune fille n’est pas sorcière
Elle a disparu derrière l’écran des nuages
Quant à la brise de printemps
Sous mes yeux elle crève l’écran

La demoiselle rentre seule
Dans son palais de verdure
Le sentier est odorant
Il descend de la montagne

Je fais un rêve un seul
Les chevaux blancs me précèdent
J’étincelle au soleil
Le vent est pur sur le fleuve

Sur ta barque d’orchidées
Tu viens nous dire ta vérité
Le vent se meurt pour toi
Au milieu de toutes tes fleurs

RD 100

Il est des cordes magiques
Sans dire un mot on pince une corde
Elle invite les étoiles et les esprits
A danser une ronde

On ne sait ce que mangent les lutins
On tremble on se tait
Ils n’aiment que la déesse
Elle prend son temps
Est-elle là ou pas ?

Qu’elle s’irrite ou se réjouisse
La déesse grimace
C’est la fête à la limace
Qu’on se le dise !

Je ne sais pas ce que j’ai ce que je ressens
La déesse trouble mes sens
Les nuages la raccompagnent
Dans les montagnes bleues et noires

RD 99

La déesse de la pluie enfourche
Le dragon peint sur le vieux mur
Avec sa queue incrustée d’or
Pour plonger dans l’abîme d’automne

Les bêtes bleutées et frileuses
Les effraies séculaires les esprits de la forêt
Pleurent la mort d’une renarde
Au rire des flammes vertes

Il faut sauter du lit
Le ciel s’emplit de nuées
L’encens du braséro
Craque sur les charbons ardents

Les dieux de la mer et les esprits des monts
S’approchent en rond de ma couche
Elle est sculptée dans le bois d’amour
Elle est décorée d’un phénix d’or dansant

RD 98

Les veines de pierre profilent les statues
L’eau coule par-dessus
Les feux follets brillent n’importe où
Où es-tu ? Où ?

Le soleil se noie dans le couchant
Les monts s’assombrissent
Le vent tourbillonne
Autour du cheval qui piétine les nuages

La musique foule la poussière d’automne
Sa robe à volants est joliment brodée
Son chant est léger et dru
Il n’a jamais trop bu

Le vent effeuille On sème au vent
Faut-il pleurer son sang ?
Je crains la mort
Par bonheur elle est frileuse