RD 97

Par les champs la campagne est lumière
Blancheur du vent d’automne
Les insectes bruissent encore
Près du bassin d’eau pure

Les femmes sont les hommes existent
Elles sont fondamentales les hommes aimeraient l’être
Les deux sexes communiquent et communient
Dans l’amour de l’humain

La mousse s’enracine à l’assaut des rochers
La rosée pleure toute froide
Sur le visage d’une fille en larmes
Elle est toute rouge

Par les champs en friche
Fourchent de méchants épis de riz
En travers du chemin ne planent plus
Les lucioles lune et soleil

RD 96

Passer la nuit dans une auberge de campagne
C’est un idéal que je ne partage pas
Mon oreiller est une pierre prise au torrent
Sous les bambous la source rencontre la mare

Le voyageur rencontre la nuit sans sommeil
Je devine avant tous l’écho de la pluie
Je suis en quête de l’ermite absent
Moi je suis un ermite itinérant

Un voisin qui ressemble à un disciple
Me répond gaiement :
« Le maître est parti cueillir des simples
Dans les nuages dans les nuages »

C’est la première fois que devant moi
Un voisin appelle maître un ermite
Il a sans doute du mérite
Les nuages sont profonds

If 28 J’ai planté ma tête

J’ai planté ma tête dans le ciel
On me mange jusqu’à l’os
Vous retrouvez l’ossature
Vos âges sont moulus

Vous nous voyez vieillir
Dans une glace fêlée
J’ai besoin de toutes les femmes
J’ai besoin d’une femme

Les femmes sont semblables à l’ivresse
Une balle pour mon coeur
Une autre pour l’esprit
A ce qu’on dit

La superstition a de beaux jours devant elle
L’astrologie me fixe mon destin
Heureusement elle ne me dit rien
La pitié est heureuse

If 27

Je gobe la prétention
La justice est un coeur
Ma carcasse est utile
les squelettes sont des aiguilles
Des anguilles

Comme les aigles
J’ai de longs ongles
Pour la chair
Je vois les silences comme des syncopes

Vous prenez mon sang pour une source
Je bois à votre soif
Ne me prenez pas pour du pain
Je suis méchant

Le soir est désespéré il n’est pas désespérant
Il annonce les angoisses de l’aube
La haie est mordante
Le ciel s’empiffre

RD 95

Mon chant rejoint aussi
Celui des ciels anciens
Je rêve à l’abri des cieux
Vieux pêcheur je traverse la nuit
Je suis vêtu de paille

Je puise l’eau dans la rivière limpide
Le sexe est un résultat et non une fin en soi
J’allume un feu de bambous
La brume se dissipe

Nul n’apparaît
Le rameur s’essouffle
Reverdissent les montagnes et les eaux
Il se retourne et scrute l’horizon

Le rameur reprend des forces
Au dessus des rochers il n’y a plus d’intention
Les nuages s’en vont à la queue-leu-leu
Le rameur retrouve le courant

RD 94

Ma demeure est sise auprès du torrent
Tu es assise près de ce torrent
On me dit que mon exil serait une aubaine
Une aubaine pour qui ?

Je vis libre avec les humains libres
Je vis terrien avec les travailleurs de la terre
Le hasard a fait de moi l’hôte de la montagne
Ce n’est pas le hasard mais mon bon plaisir

Ma bêche bouleverse la rosée à l’aube
Ce soir par inadvertance ma barque a heurté un rocher
Le tao n’est pas une notion religieuse
Même si elle est passe-partout

Je vais et je viens au pays d’où je reviens
Nul ne me connaît
Mon chant rejoint les champs de blé
Pour complaire aux petits oiseaux

RD 93

La barque de mes rêves
Sillonne le fleuve des étoiles
Dans un avenir lointain
Je serai là toujours là

Je suis un être-là
Je ne peux être ailleurs
Le vol des oiseaux a pris fin
Pour la saison

Sur tous les sentiers
Nos pas sont effacés
Sur sa barque un vieux
Pêche dans le fleuve enneigé

Le vieux est vêtu de paille
Il est mal-là
Il connaît le mal-être
Le plus grand des malaises

RD 92

Je suis prisonnier des odeurs
Elles m’emmènent au paradis
Quand je les aime ou les apprécie
Pour leur beauté ou pour leur sens

Une cloche nous fait frémir
Les terrasses glissent
Dans le bleu subtil
Des îles parfumées

L’étang des herbes vertes
Se glisse hors du vent
Le lac se ride sauf dans la caverne protectrice
A l’abri du vent

Je suis triste Les cheveux des nymphes
Ont blanchi Moi qui croyais
Que ce sort m’était réservé
L’ivresse fait glisser le ciel dans l’eau

RD 91

La montagne au printemps
Par une nuit de lune
Déborde de jolis moments
Nul ne ment

Jouons dans l’oubli du retour
Je bois de l’eau fraiche
Je viens de la puiser
La lune dans mes mains se love

Je taquine de petites fleurs jaunes
Etrangement leur senteur m’inonde
En principe elles ont peu de parfum
Il faut savoir sentir et ressentir

La joie du tao efface le proche et le lointain
Le tao offre un éternel présent
Parce qu’il est tout à la fois
Sans s’en apercevoir

RD 90

Comment retrouver la trace de nos pas ?
Tout est passé et tout revient
Comment peut-on dire ça ?
Le futur est créateur
Même si ce n’est pas un avenir

Les feuilles mortes couvrent la montagne vide
La neige est dépourvue d’empreintes
La brume se fige dans le val
Un oiseau froid descend

Sur un arbre des haillons
L’épouvantail n’est pas loin
Il fait fuir les oiseaux
Parce qu’il n’est pas beau

L’ermite est mort
Oui ça ne fait rire personne
Le mont lui est là
Et bien là