If 25

Malheur au malheur
La vie est vivante
Il faut oser
Pour boire il faut cuire l’eau

Aube de l’orage
Une ruine s’éclipse
L’âme digère ses sanglots
J’écoute les flammes noires

L’aube de la tempête
Ecorche les os
Entame une fièvre friche
Une brume flambe

Aucun éclair
Aucun tonnerre
N’a mis son siège
Dans cette rue

RD 81

Les brumes ne s’abritent pas derrière les pics
L’un proche de la voute céleste
L’autre dessinant un collier de cimes
Qui irait jusqu’à l’océan

La brume verte a disparu
Le haut sommet réécrit la constellation
Les vallées redécoupent la lumière
J’ai besoin d’un gîte pour la nuit

Je sais peu de choses j’ai du mal à comprendre
Je connais aussi des maisons parfumées
Pas seulement de l’intérieur
Pourquoi les fleurs sont-elles odorantes ?

Linteaux et auvents une belle maison
J’ignore si les nues à son faite lovées
Iront répandre la pluie chez les humains
Ils en ont bien besoin

RD 80

Dans la montagne vide après la pluie
Le soir en est au temps d’automne
La lune s’éclate entre les pins
La source est claire entre les rocs

Les bambous bruissent devant les lavandières
Devant le pêcheur les lotus blancs ondulent
Les parfums s’évanouissent
C’est un soir d’automne en montagne

La noblesse de l’arbre en prolonge l’essence
Irréels les bambous ondulent encore
Ils strient bleus-verts l’eau tremblante
Dans le plus grand secret je chemine

A l’insu du bûcheron je me promène
Dans son domaine le jardin aux magnolias
Le jour se replie Les oiseaux passent en éventail dans le ciel
La végétation impose un vert vif

RD 79

Les compagnons chercheurs de montagnes
Débordent d’activité
D’eux-mêmes ils affluent
Regardez-les depuis les cités lointaines
Vous ne verrez que des nuages

Je ne sais plus partir Je ne sais plus prendre congé
J’abandonne à regret les mousses et les lichens
Si je peux délaisser les monts bleutés
Qu’en sera-t-il des verts torrents ?

Le vieil ami est invisible
Le soleil infiniment se lève à l’est
Le paysan de génie se lève d’un bon pied
Avant de retourner la terre

Son île est plus vide que la montagne
Plus vide que le paysage
Nous pleurons avidement
Sur les derniers événements

RD 78

Je n’ai pas reconnu la montagne
Du vide et des parfums
Je suis allé trop loin
Dans la brume des sommets

Le sentier est désert sous les arbres
Qui sonne le gong qui sonne la cloche
Dans ces monts si profonds ?
La source s’enroule au péril des rochers

A la douleur du soleil
Le bleu des pins fraîchit
Au creux de l’étang vide
L’éveil apprivoise les dragons

Les arbres ont bien fini par vieillir
Je suis plus seul que jamais
La source a fini par s’enrouer
L’éveil est une paix même pour les dragons

RD 77

Il plonge et disparaît entre les lotus rouges
Il aime tout ce qui bouge
Il survole la rive seul et droit
Dans un miroitement de plumes
Poisson au bec sur son vieux bois flottant

Au son des oiseaux vers l’extrême rivage
Je quitte les amis avec le couchant
Un instant sur le lac je me suis retourné
Au bleu du mont s’enroulent les nuages blancs

Le voyage est infini
Nos adieux s’entrecroisent sur les terrasses
Les ténèbres croissent sur le fleuve et la plaine
Les oiseaux reviennent pour la nuit

Voyageur au départ infini
Il s’emmêle il s’enténèbre
Ce monsieur est poète
Moins poète qu’il ne le dit

RD 76

Au soir de la vie on ne goûte que la paix
On ne veut surtout pas être dérangé
Le monde s’absente de notre esprit
Libres en nous mêmes
L’avenir ne nous dit rien

Je peux renaître en bois ancien
Tourné tourneboulé
Plus tard je redeviens un pin
J’ai bien des goûts anciens

Mon cri résonne sur les cimes
Je vois je comprends
Je comprends je prends
Le chant du pêcheur s’éloigne dans les roseaux

L’homme tombe les fleurs sont tombées
La nuit est calme dans la montagne vide
Un chiot craint la lune quand elle surgit
Son cri fait écho au printemps des ravins

RD 75

Le bleu du vide humecte mon habit
Disons tout de suite que l’humain
N’a pas de forme dans le vide
Dans la montagne pleine de vide

Il paraîtrait que mon expression est fautive
L’humain n’a pas de forme
Ne signifie pas qu’il soit informe
Les ombres du couchant grandissent dans la forêt

Je me mire dans le miroir
Je ne m’admire pas
Ma voix me revient en écho
Je ne l’admire pas

La lumière renaît sur la mousse
On ne court pas sur la mousse
Elle est rousse et verdâtre
On s’aimera peut-être demain

RD 74

Il n’y a jamais eu que la montagne
As-tu ton passe-montagne ?
Moi j’ai renoncé Je reste dans la vallée
Sans moi la montagne est vide

Sans moi sans toi tout est vide
Je suis aussi une collection de vides
Qu’est-ce que c’est que ça un vide ?
On ne dira jamais assez à quel point
La montagne est vide

La roche est blanche
Dans l’écume du torrent
Le ciel est froid
Dans l’azur intense

Les feuilles rouges se sont éparpillées
La pluie s’est discrètement éclipsée
Je suis seul sur le sentier du mont
Tu m’accompagneras une autre fois

RD 73

J’ai laissé tomber ton bouquet sur ma robe
Les fleurs écloses la recouvrent
Je pourrais poursuivre la lune dans l’eau
En laissant mon sillage comme un oiseau

Les oiseaux s’éloignent les humains se dispersent
Je ne suis pas un oiseau
Je suis seul comme un homme
Tout va mal en somme

Le haut vol des oiseaux a pris fin lui-aussi
Seul un nuage lambine à la suite
Nous nous contemplons
Nous sommes semblables et différents

Je suis un nuage tu es un oiseau
Comparaison n’est pas raison
Je suis un poisson volant
Tu es un oiseau pédestre