RD 72

Nous buvons ensemble
Aux fleurs écloses d’aujourd’hui
Nous oublions les fleurs
Qui se fanent aujourd’hui

Le plus facile c’est encore
D’oublier les fleurs
Qui ne verront jamais le jour
Le jour jamais

Amie laisse-moi
Le sommeil me prend
L’amour s’enfuit
Je ne suis plus disponible

Si tu le veux Si tu le veux bien
Reviens demain reviens demain
Souriante et ravie
Je serai là pour toi

RD 71

J’ai les poignets pris
Par tes tendres mains
J’aime la joie du nain de cuivre
Ses mains sont immobiles

Je reste ici mille ans
Pour mieux t’aimer
Pour mieux te comprendre
Je me contente du silence

Je demeure dans l’oubli du retour
Où est l’amour ?
Je tourne je tournoie
Je ne vois plus Où est l’amour ?

J’efface les pins des cimes
Je ne suis pas ivre
Je suis blafard à ce qu’on dit
Où est l’esprit ?

RD 70

Quelques fiers bambous
Déchirent le bleu de la brume
La cascade s’accroche à la montagne
Où est parti l’ermite ?

Je partage la mélancolie
Des pins altiers
Je dors au sommet
Ma main caresse les étoiles

Je n’ose élever la voix
De peur de réveiller un malotru
Sur mes manches de soie rouge
Je pleure abondamment

Un chapelet de cristal
Un plat de jade blanc
Nos instruments familiers
Captent le regard

RD 69

Je bois au dragon souriant
Les petites fleurs jaunes
Se condamnent à l’exil
Le vent me souffle dans les oreilles

Je suis ivre le vent exagère
Je suis épris je danse avec la lune
Nous sommes tous complices
Pour le mal et le bien

Le mont est coiffé du ciel
Les chiens aboient au tumulte de l’eau
Les fleurs sont plus brillantes
Après la pluie

Au fond des bois tout est clair
Tout est éclair
De même au milieu du torrent
Tout est silence

Big 32

Un jeune prince devint roi trop jeune
Il en eut vite assez des ministres
Des courtisans et des courtisanes
De l’étiquette qu’il jugeait méprisable
Et surtout ennuyeuse à mourir
Son remède fut de visiter discrètement
Le chef cuisinier un homme d’un certain âge
Un homme bon qui faisait de la bonne cuisine
Fondée sur sa connaissance des plantes
Des aliments et des éléments
Chaque matin le roi lui rendait visite
Et lui posait le problème du jour
Le cuisinier répondait toujours avec un bon sens
Allié au sens commun
Sans démagogie sans facilité
Ce point de vue rejoignait celui de beaucoup de gens
Qui ne s’exprimaient guère habituellement
C’est ainsi que ce joli pays fut pendant des années
Gouverné par un cuisinier avec succès
Le roi concédait que rien n’est résoluble par un seul humain
De même qu’aucun livre ne divulgue
A lui-seul la vérité toute la vérité

If 24

Ma pensée ma tempête
Ta jeunesse a trop connu la guerre
Son corps est cerné
Son coeur est flamboyant

L’orage accouche des humains
Que feront-ils demain ?
Dans mes veines dans mes rotules
Je pressens un destin

Beaucoup d’humains
Ont des yeux de requins
Pour quoi faire ? On se demande
Que faire de canines d’or ?

Les poumons rouillés par le sang
Inspirés par les foudres les tonnerres
Ils veulent te réduire à rien
Faut-il se résoudre ?

If 23

La nuit et l’eau retiennent
Les pavillons de mon sommeil
Une hirondelle a le cou embarrassé
De perles et de corail

La douceur apparaît dans ta bouche
Illuminée de pluies et d’évaporations
Voici les filles dont on ignore tout
Sauf qu’elles ont un joli port de tête

Je pars chaque soir
Vers le large du monde
Connaissez-vous une fille
Qui boit de l’eau salée ?

Filles du mystère
Filles de la souffrance
Le chagrin flotte sur l’océan
Trop de bateaux sont funéraires

RD 68

Avant l’orage je meurs de chaleur
J’agite nonchalant mon éventail coloré
Je rêve d’aller nu par la forêt
En compagnie du vent des pins

Je porte du bois de chauffage
J’ignore qu’il est divin
Le mont descend vers nous
J’ignore qu’il chante aussi

L’esprit se lave dans la rivière
L’écho se retourne
Sonne la cloche de givre
Je ne vois plus le jade du torrent

Je bois à la santé du dragon
Il est grimaçant
J’en avais peur étant enfant
Aujourd’hui il m’amuse bizarrement

RD 67

La lune ne sait pas boire
Mon ombre me suit sans comprendre
Je suis seul à boire comme trop souvent
Je me lève Voici mon ombre et nous sommes trois

J’adore cette histoire observation rêvée
Que j’ai déjà publiée
Amies d’un moment la lune et l’ombre
Débordent de printemps

La lune se pâme dans mes bras
L’ombre répète sa chanson
Qui est aussi la mienne
A l’envers le bel envers
Sans endroit

Nous veillons ensemble dans la joie
Ivres chacun se tourne
Amis de toujours nous nous séparons
Sans prendre rendez-vous

RD 66

Dans la caverne gît le lac dormant
Dehors c’est la nuit d’automne
La brume s’est absentée
Le fleuve nous porte au ciel

Sur l’étang dehors la lune fait crédit
Il faut réagir vite
Par quel moyen monter au ciel ?
Accostons les nuages

Ces sources bizarrement sont jaunes
Cette année le vieux printemps
Attend son vin de l’an dernier
Pour le boire aux terrasses de la nuit

Au milieu des fleurs je suis seul à boire
Je convie la lune et nous sommes trois
Avec l’ombre qu’elle me donne
Ainsi se vérifie une légende urbaine