If 21

L’enfant qui naît
Sait presque tout
Le vieillard qui meurt
Ne sait presque rien

Les nuages sont parfumés
Aujourd’hui ils sentent mauvais
La beauté est des quatre saisons
La beauté se marchande

Elle coupe la nuit
Ma tête s’allume
L’aube est lumineuse
J’ai déjà la tête ailleurs

Un jour ressemble à un autre jour
Un jour ça n’est pas toujours
Un jour ça n’est pas jamais
Sais-tu tout ça mon bijou ?

If 20

Je suis un simple commis voyageur
Même pas un pigeon voyageur
Le féminin est un continent
Le masculin est l’autre continent

Les deux continents associés
Forment notre univers
Ils sont universels
Mais pas moi pas nous

La terre est vêtue d’herbe
La forêt nage dans le ciel
La nuit cherche son amant
Je brûle de l’alcool

La forme de mon coeur
N’est pas celle de mon corps
Encore moins celle de mon esprit
Quant à l’âme je ne sais même pas si j’en ai une

Big 30 L’âme et les quatre éléments

Selon un sage qui vient de loin :
A l’origine il n’y avait rien
De ce rien naquit le fluide originel par sa seule puissance qui est extrême
Il comportait une partie plus ferme, plus solide qui a donné la terre
Une partie molle, fluide qui a donné l’eau
Une partie plus chaude qui a donné le feu
Une partie plus mobile qui a donné l’air et le vent
Ces quatre éléments ont donné notre monde en se combinant de façon extraordinairement diverse Notre monde est extraordinaire
L’association harmonieuse de ces quatre éléments donne l’intelligence fondamentale
L’intelligence fondamentale n’est pas consciente
Quand elle se met à penser, à réfléchir elle donne une âme à peine consciente, mais origine de la conscience
Quand on est très conscient , très intelligent, très organisé par rapport aux quatre éléments, on devient peu à peu un sage
Un sage a l’âme forte
Moins parfait mais améliorable, on devient une honnête personne
A un moindre niveau on manque de personnalité
A un moindre niveau encore on est proche de l’animal à la petite âme primitive, originelle
Plus bas encore dans l’échelle des êtres, les végétaux ont une existence confuse, profuse, diffuse
Ils n’ont presque pas d’âme sauf les arbres

RD 49

Fermez le ban !
Je suis au ban des nations !
Mon banc s’est rompu
Ce n’est pas une banqueroute

J’ai été accueilli en grande pompe
Par un rat familier très musclé
Nous sommes installés
Sur un gros rocher plat

Face au sommet
Nue seule dans son coeur
La sirène ma reine
Plonge dans le torrent

Je la rejoins
Elle s’en va elle nage bien
Je reste seul avec mon rêve
j’y règnerais bien sans trêve

RD 48

Depuis que je vis
Des milliers d’années
Ont passé bien des fois
L’humanité a quitté les bois

A quitté les bois sauf moi
Je me laisse vivre dans la forêt
Solitaire je suis mon seul maître
Je ne me laisse pas faire par quoi que ce soit

L’histoire, c’est pour les gens nombreux
Nul ne vient dans ma montagne
A part un ours gentil bien léché
Il aime le miel des abeilles sauvages

A l’air libre sous les astres
Mon matelas est fait d’herbe tendre
Ma couverture est le ciel grand ouvert
Mon oreiller est une pierre

RD 47

Les traces des anciens
Se trouvent sur des rocs millénaires
Et pas dans les sables mouvants
Ne cherchez pas de tous côtés

Le vide n’a pas de sens
Sauf s’il en donne
Au tout-venant
Ne cherchez pas de tous côtés

L’à-pic fait le point du vide
Le clair de lune me donne une blancheur immaculée
Je monte en vain sur les gradins
Je ne vois toujours rien

Je suis central dans mon procès
Personne n’accuse un processus
Les anciens m’ont tracé
De tous les côtés

RD 46

Aucun promeneur
Sur le sentier solitaire
A part un crapaud qui reste vert
Dans la lune blanche

Comme un vieillard
Je suis assis tout seul
Juché sur le piton vert
Je regarde l’univers

Il est petit et gros
Il fait bonne mine parmi les étoiles
En tout cas celles qui lui ressemblent
Comme l’absence de pensée

Vieillard oisif dans ma petite grotte
Je laisse mes cheveux blanchir
j’ai jadis admiré et j’admire encore
L’absence de pensée

RD 45

J’ai mouillé l’encre pour faire moins noir
Dans ma folie je ne suis pas seul
Je le suis dans mon bon sens
La chose est aberrante

J’errais au hasard
J’ai rencontré un maître
Les monts se fondent dans le brouillard
Le maître c’est le brouillard

Le maître se dissipant
Me montre le chemin du retour
Je vois enfin la lune comme une lanterne ronde
Mais il y a trop de monde à la ronde

Nues et monts s’enchevêtrent
Ils touchent à l’azur du ciel
Le chemin est oblique
Il m’emmène dans la forêt

RD 44

L’essentiel c’est ma chaumière
Un long désoeuvrement
Dans les nuées blanches
Et la forêt épaisse

Je ne sais pas crier
Les singes hurlent ma joie
D’être entré dans la voie
J’ai des cailloux dans mes souliers

Le tigre rugit Il est content
Lui aussi a quitté la compagnie des humains
Je chante seul
En m’agrippant au lierre de la maison

Le vent bruisse dans les pins
Les oiseaux gazouillent
Ces dernières semaines
Oui les pins ne sont pas des sapins

RD 43

« Sais-tu ce que l’ombre demande au corps ? –
Pourquoi me suis-tu ? –
Exactement »
Les torrents se poursuivent inénarrables

Je suis libre je flâne
L’azur règne les jours de lumière
La sérénité s’impose de toutes parts
Le nuage est blanc comme une colombe

Je suis un mangeur de brumes
Moi-même je ne me mange pas
Je suis un brouillard imbécile
Mais je suis un brouillard de l’île

Je suis désinvolte je suis dilettante
En toutes saisons
Le vent murmure
Mon siècle de vie parle pour moi