RD 42

Mon coeur est comme la lune d’automne
Il est automnal
Aidez-moi
Je ne trouve pas mes mots

Je ne compare rien à rien
Je ne pense pas
Je ne sais rien
Soufflez-moi les bons mots

Le chemin na pas de fin
Les ravins débordent d’éboulis
Les torrents s’évasent sous la verdure
Les mousses sont glissantes

On n’échappe pas aux soucis du monde
Personne ne s’asseoit avec moi
Sur un nuage blanc
Pleure la rosée chante le vent

RD 41

Sur la voie des oiseaux
Je n’ai plus trace humaine
Je suis seul dans ces lieux
Depuis belle lurette

L’hiver va se fondre en printemps
Auparavant il n’y a pas du tout de printemps
Un nom vide qui ne sert à rien
Sauf aux lettrés mal armés

Au mont froid j’ai mon perchoir solitaire
J’y suis débarrassé des faméliques importuns
Je croise avec plaisir un oisillon des bois
Nous chantons une chanson sauvage

L’herbe dévale les ravins c’est magique
C’est sempiternel
Les pins hantent les hauteurs
Je paresse sans soucis
A mi-flanc d’un abrupt

If 19

Le déluge a envahi le globe
J’ai mis la vie sur son départ
La ténèbre est faucheuse
Malheur à qui pleure

Savez-vous que les monts se déplacent ?
D’abord il faut qu’ils poussent
Au gré des forces telluriques
Le processus est lent

Si lent qu’il laisse à l’érosion
Le soin d’opérer
Grâce au vent et à l’eau
La dentelle des pics

De ma langue j’ai goûté le fond de ton âme
Je bâtis des montagnes
Un cauchemar me souffle
Que je suis plus qu’un pigeon voyageur

Big 29

J’ai beaucoup réfléchi à la vie humaine
Je ne suis pas arrivé à grand-chose
Je suis dépassé je suis consterné Plus consterné que concerné
Quand même on peut peut-être améliorer un peu les choses
Grâce à des attitudes simples :
Avoir bonne vue si possible Regarder avec bienveillance Je donne mon exemple personnel : je regarde avec bienveillance mon épouse et notre fille
Avoir un bon air Avoir la générosité de l’air avenant Offrir un visage accueillant
Offrir un aussi bon langage que possible Maîtriser sa langue Faire l’offrande d’un langage aimable
Prévenir Prévenir vaut mieux que guérir Avoir la bonté des attitudes prévenantes
Être généreux La générosité est peut-être la plus belle des vertus Offrir la libéralité des sentiments généreux
On complète par des gestes humblement quotidiens : on offre des sièges pour s’asseoir, on offre l’hospitalité dans sa maison, en prenant les précautions nécessaires, ….

RD 40

On me demande gentiment
Ce qu’il y a dans la montagne
Je ne sais quoi dire
Je ne suis pas dans la montagne

Quand je visite les monts je vis
Je vis la montagne
A un point que je ne saurais dire
Tant pis je vous le dis

La montagne c’est très désert
En bas des arbres en haut des herbes
C’est pour ça que je n’aime pas
Je n’aime pas tellement

Mon domicile maintenant est dans la montagne
Qu’y-a-t-il autour de mon jardin ?
Des rochers et encore des rochers
Mais ils embrassent les nuées blanches

RD 39

Le chant du violon me répond en secret
Je suis lâche je perds mon pantalon
Heureux qu’il y ait des bretelles
Je peux enfin penser à elle

Il est vain d’aligner des mots creux
Il est crucial d’être sérieux
Aujourd’hui je lave mes cheveux
Mes cheveux de jais évidemment

Fallait pas se promener
Au mont de la paix temporaire
Je ne manque pas d’air
Dans le ravin je ne suis pas bien

Je ne crois pas dans la neige d’été
Sauf au sommet des pics évidemment
Dans mon ravin meurt mon printemps
Savez-vous que les arbres ont le vertige ?

RD 38

L’ennui m’épaissit
Je ne suis plus à moi
Les érables ont rougi
De me voir misérable

Si je reviens à moi
Les pensées me reprennent
L’oiselle captive se languit de l’oiseau
Libre elle vole au loin

Le vivant s’égare dans le désir
On ne revient pas du manque
Même si le vide est puissance
Il vaut mieux être comblé

C’est un comble On préfère le plein au vide
Comment se détacher de ce qui nous comble ?
Je pense aux plaisirs anciens
Ils ne me donnaient pas le bonheur

RD 37

Ce cavalier n’est pas de notre monde
Il se nourrit des fameuses brumes roses
Que le soleil excite le matin et le soir
Quand il veut quand elles veulent

Son corps se dissout au cri de l’esprit
Sa parole dit quelque chose du silence
Ennemi de la foule il aime la multitude
Ami des solitaires il les trouve en ville

Les ailes du phénix se déchirent
Le dragon perd ses dents
Nul ne peut dompter l’esprit
L’esprit n’a pas d’âge
Il est immortel

J’ai franchi la porte
J’ai regardé les abrupts
J’ai découvert que le silence est vert
Que l’ombre est bleue

If 18

Les aveugles regardent la nature
La mère des orphelins est la fraternité
Pour être heureux ne détestons pas nos langues
Nos langages si humains

Les belles nuances se sont mariées
L’eau de mes deux mains que j’ai bien lavées
Coule douce et abondante
Je cacherai les miroirs

Nous souffrons la mort et le poison
Le baiser d’une bouche cruelle
Nous gardons les chiens fidèles
Un hibou qui sort la nuit venue

Nous abandonnons l’étrange mystère
Qui jadis fit le tour de la terre
Nous n’unirons pas les âmes et les amants
Il n’y là rien de désespérant

RD 36

A la campagne autrui sait s’absenter
Les ronces filtrent le soleil blanc
Les arbres grincent sous le vent
Ma chambre vide ne sait pas penser

Les rats tiennent un ciliabule
Il en est de très mobiles et gentils
La nature est libre
Le chat vibre

Notre silence se rompt
Mûriers et chanvres poussent chaque jour
Ma terre grandit sans gagner un arpent
J’ai peur de la venue du givre et du grésil
Qui réduiront ma terre en champ d’herbes folles

L’herbe foisonne mais les pois sont farouches
A l’aube je pars débroussailler ma houe sur l’épaule
Je reviens avec la lune
La pluie m’a mouillé