RD 35

Dans mon petit jardin
Ma cabane est petite
Les arbres lui font de l’ombre
Ou sont en rang à l’entrée

Dans le flou du lointain
Un village fait de la fumée
Par ses nombreuses cheminées
Un chien aboie un coq chante

C’est un aveu d’intelligence
Que de ne pas se montrer trop bête
Mon seuil n’est pas le début du chaos
Dans ma chambre vide je vis

Je suis resté longtemps en cage
Je sais maintenant rester sage
Je suis libre je reste libre
La liberté n’a pas de fin

RD 34

J’ai bâti mon refuge dans le domaine humain
La ville est selon moi sans tumulte
Je préfère les déchirements naturels
Pour l’esprit délivré tous les lieux sont lointains

Je cueille des chrysanthèmes message de joie
J’éprouve le lointain dans la montagne
Ici c’est le réel proche de la réalité la sienne
Comment l’exprimer dans l’oubli des mots ?

Je n’ai jamais suivi une voie commune
Sauf par faux-semblant
J’éprouvais un amour spontané pour la montagne
L’oiseau captif se languit des bois anciens

Je suis un poisson sorti de l’eau natale
Je défriche la lande
Je suis en maraude
Un rustre en vacances

RD 33

L’au-delà des apparences m’a toujours échappé
Je suis incapable de pénétrer le secret de l’être
Même du plus petit de ses instants
A moins que je ne me laisse faire par le hasard

Comment comprendre l’émergence des noms ?
il y en a qui oublient leur sujet
Je veux dire leur objet
Tout se dissout dans le seul non-être

Je délire des jours entiers
Que dire des nuits !
Je garde un silence tranquille
Je me réfugie dans mon île

Tout se fond dans ma vision nocturne
Mon occulte vision
Mon esprit ne fait plus qu’un avec mon coeur
Sans déranger mon corps

RD 32

J’approche du palais de l’ancêtre
Je veux dire de sa hutte enfumée
Les volutes de l’encens sont à mon avenir proche
Je veux dire du tabac de mauvaise qualité

La perfection n’est pas extraordinaire
Je préfère l’ordinaire qui en jette
La perfection est un cercle clos
Je préfère la forêt et ses écureuils

Je préfère une gelée de groseilles
Je me rince la bouche au champagne brut
Brut mais pas brutal
J’ai horreur d’être brutalisé

Je suis sans naissance avérée
Je suis un éveil dont le vide ne peut se vivre
Forme et vide se dissolvent
Et mêlent leurs empreintes

RD 31

Ma lame rencontre le vide
Je ne suis pas le Cid
Mais je chante l’infini des torrents
Qui s’en fichent absolument

A midi au zénith
Je mange un sandwich pour deux
Je ne sais pas à quoi il est fait
Décidément je ne sais pas tout

Euréka ! Je ne sais pas tout
Donc je ne suis pas tout
C’est formidable parfois la philosophie
A condition que ça ne s’éternise pas !

L’air chaud monte
Même que ç’en est une honte
L’air est empli de félicité
Les tambours de la loi se propagent

If 17

J’ai perdu toutes mes dents
Elles brûlent dans mon enfer
Je suis un beau brin d’oison
Le fiston a tué un paon dit-on

Le poisson s’envole
Avant de commettre un crime
L’olivier se bat pour un éventail
Avec qui se bat-il ? Mystère

Les nuances en ont fini
Nous sommes terminés
L’écho du ciel dérange
Je miaule pour le plaisir

Nous payons la guerre
Sans raison
Pour être l’espoir
L’avenir

RD 30

J’enfourche ma grue
Je m’enfonce dans le ciel
Mon cousin parcourt le vide
Sur son gros bourdon

Nous délivrons soudain
Notre science magique
Et néanmoins scientifique
Pour quitter l’être
Et entrer dans le rien

Je reviens de mes pérégrinations
Je me sens l’âme oisive et pas oiseuse
Je ne me sers pas d’un cheval vicieux
Pour montrer que je ne suis pas si vieux

Les soucis du monde sont là pour rester
Le buffle dans l’oeil n’en fait qu’à sa tête
Je me concentre sur les abrupts mystérieux
Je garde mon bon sens

RD 29

Un bain dans le torrent
Chasse les pensées torturantes
Les poussières subtiles sont loin
Comme les ténèbres de mon esprit

Je suivais les traces absolues
D’un inconnu que je pense majeur
Je tente de mettre mes pas dans les pas
D’un vieillard radical

J’arrive à la capitale des immortels
Il n’y a que des tours
Certaines ont l’air d’être suspendues dans le ciel
D’autres brillent comme du jade

Un lacis de brumes violettes
Empêche le soleil de glisser ses rayons blancs
La source sacrée m’éclabousse
Les champignons magiques se sont évanouis

RD 28

Je m’agrippe au lichen
Je me cramponne au lierre
Un seul bond dans le vide
Pour vivre la vie longue

Je cherche le mystère avec sincérité
C’est lui qui est fourbe
Sans yeux et sans oreilles
Il se contente d’être là

Je passe les cols les replis
Sur le sentier herbeux et pierreux
Je m’épure je suis presque bien
Je brille tout entier de la lumière du vide

Je ralentis enfin le pas
J’erre sans souci
Les oiseaux chantent
Moi je marche

RD 27

Je conquiers l’immortalité
Aux confins du ciel et de la terre
Je suis libéré de l’amour banal
J’accède au sublime de l’esprit

Seul comme je suis
Dans ma rageuse pelisse
Je tintinnabule dans l’inextricable
J’accède à l’inaccessible

Perdu entre les frontières
Je commence à courir
Je franchis le pont de pierre
Jeté sur l’abîme

Oblong et tortueux
Curieux est le chemin
Je m’appuie dos au paravent
Il est bleu et vert
Non il est bleu-vert