RD 20

Mon dieu est petit
Jeune et beau
Dans sa main gauche il tient des collines
Dans sa main droite des précipices

Les éphémères sont des insectes
De je ne sais quelle espèce
Ils ne peuvent connaître les grues
Les tortues les dragons

Les terrasses du ciel
Sont la fleur magique
Des montagnes sacrées
Devant moi elles s’évanouissent

Tu t’enfonces dans la mer
Pour rejoindre les îles fortunées
Dommage elles sont abandonnées
Mais génies et immortels peuplent leurs grottes
Dit-on dit-on

RD 19

Le martin-pêcheur surprend l’orchidée
Tel un oiseau un humain taquine une chanson
En se donnant en s’abandonnant
Sos esprit dépasse les nuages
Ils sont blancs ou gris

Les brumes sont rarement mauves
Sauf pour un cygne de légende
Que tu enfourches pour te promener
Au dessus des pins rouges

La tête au dessus des nuages
Je découvre les secrets de l’azur
Il n’en a pas Pas de mystère
Il alimente les légendes et les on-dit

Au delà de l’azur on me dit que tout est noir
Tout est d’un obscur
Que les étoiles ne peuvent éclairer
Dirai-je un jour que tout est sombre ?

If 15

Certains corps sont mordus de pleurs
Et d’amertume
L’enfant sans coeur ventre troué
N’a pas de mère

Les orphelins sont perpétuels
Pour un regard qui monte
Un regard s’écroule
Un regard se dissout

Tes yeux chantent la pitié
La solitude
Une voisine est nébuleuse
Que chante la yeuse ?

Le vent bavarde
Sur ta main hagarde
Le hasard fait bien les choses
Elles sont toutes roses

Big 27

Big 26, c’était hier

Je suis né
Ce n’est pas nécessairement ce que j’ai fait de mieux
Ma famille était misérable
Mon père me déposa à un carrefour
Une veuve sans enfant me découvrit et m’emporta chez elle
Un voisin un riche ferblantier avait une femme stérile
Il se rendit chez la veuve et acheta un bon prix l’enfant, moi
La veuve perdit définitivement l’enfant qu’elle avait désiré
Mais la femme du ferblantier se trouva enceinte
« Je n’ai pas besoin d’un enfant adopté », se dit-il
Il m’abandonna dans un pré
Une brebis m’a nourri
Son propriétaire m’a découvert
Gêné aux entournures le ferblantier m’a récupéré
Ayant de la suite dans les idées il m’abandonna dans un fossé
Mes vagissements attirèrent l’attention des vaches d’un troupeau
Le bouvier me confia à une pauvre femme
Le ferblantier honteux me racheta et m’éleva avec son fils, presque comme son fils
J’étais beau et bon mon frère était un peu mon contraire
Mais sa mère le protégeait
Je les aimais bien pourtant
Mon faux père jaloux de ma supériorité m’abandonna dans une forêt de bambous
J’avais trois ans et j’ai retrouvé mon chemin
J’ai trouvé ce jeu amusant
Mon faux père n’a plus voulu y jouer
Il ne tenait qu’à lui d’être un vrai papa
Au contraire il me poussa dans un torrent à l’eau tumultueuse
Je savais à peine nager
Pourtant le flot me déposa sur la berge d’un village de parias miséreux
Ils m’adoptèrent et le firent savoir
Honteux et confus le ferblantier me racheta et se résigna apparemment
Mais ma supériorité sur mon frère devint de plus en plus évidente
Le ferblantier demanda discrètement à un collègue de me jeter dans sa fournaise
Mon « père » me remit une lettre pour le confrère
Sur le chemin je rencontrai mon frère qui avait joué aux dés
il me supplia de le remplacer
J’ai accepté Mon pauvre frangin fut jeté dans la fournaise
Le ferblantier devient malade de haine
Il m’envoya chez son plus vieil ami qui devait me jeter dans son puits une lourde pierre au cou
Je pris la route et m’arrêtai chez un brahmane de mes relations
Le brahmane avait une fille aussi ravissante qu’intelligente
La nuit tombée elle fouilla dans mes affaires et découvrit la lettre de mon père à son ami
Elle s’empressa de la réécrire en imitant avec soin l’écriture
Le vieil ami nous maria dans un certain luxe
Nous nous précipitâmes chez le ferblantier de plus en plus malade
Nous étions agenouillés de chaque côté de son lit de mourant
J’ai remercié mon « père » pour ses bienfaits
Le ferblantier eut un sursaut de fureur et en mourut sur l’instant

RD 18 Droite même si elle ondule

Mon toit engendre les nuages
Mes fenêtres sont les amies du vent
je vis dans le val des revenants
Peu nombreux au demeurant

L’EAU DE LA RIVIÈRE ME LAVE TENDREMENT
JE ME RINCE PRÉCAUTIONNEUSEMENT LES OREILLES
J’ai peur d’être sourd
Le ciel est lourd

Je connais une femme
Qui se comporte comme une fée
Elle me regarde en souriant
Elle est bien la seule

Elle me dit : « Il n’est plus temps
De boiter tout le temps
L’essentiel est de connaître la voie
Droite même si elle ondule »

RD 17

Les pages se heurtent comme des nuages
Au promontoire de l’ombre
Les fleurs rouges se bougent
La lumière forestière me suit

L’oiseau qui m’accompagne
Fait un curieux bruit d’écailles
Les arbres savent pleurer
J’aime le vin de chrysanthème

Mon rêve serait de me vêtir d’orchidées
Je suis pris de doute
Mon pas hésite
Je ne sais plus où je vais
Je ne sais pas si je vis

Le ravin voisin est si profond
Qu’on n’en voit pas le fond
Les nuages ne sont pas sages
L’ermite non plus

RD 16

La sirène est muette
Vagabonde du silence
Le poème qu’elle entend
Suffit à son bonheur

Je ne cherche pas autrui
Je l’ai déjà trouvé
J’ai déjà mes montagnes
Et mes terrasses magiques

Canne à la main
Je cherche un ermite de plus
Que leur ai-je fait ?
Ils ont disparu

Je n’ai pas une canne mais un bâton
A quoi servirait-il de mentir ?
Je marche vers la grotte
De l’ermite que j’aimais
De bonne amitié

RD 15

Les berges du fleuve
Sont couvertes de fleurs
Moi je suis heureux et toi ?
Vidons le vin

Je ne sais rien d’autre
Je vagabonde en silence
Je suis à terre
Je suis terrestre rien que ça

A toujours tout regretter
Jamais l’on ne se trouve
Un arpent de jardin
Je suis un roi en son royaume

Les cheveux longs défaits
Je chante et je danse
Mon chant est le vent
La sirène est ma reine

RD 14

Ils se baignent dans les gouffres
Ils allument la lune
J’aime bien croire
J’aime croire ce que je vois

La terrasse est magique
D’où l’on voit ce paysage
Ciel et terre ne durent qu’un matin
C’est justement ce matin-ci

Soleil et lune sont des fenêtres
Qui ouvrent sur un désert
Nos pas ne laissent pas de trace
Nous ne demeurons nulle part

Plafond de ciel tapis de terre
Nous ne sommes pas vivants
Nous suivons notre bon plaisir
Nous sommes vivants

RD 13

Je respire avec profondeur
La douce source jaillit
La montagne se dresse
Le ciel soupire

Je suis essoufflé
Un château de nuées
Ne déchire pas le ciel
Le ciel n’est pas les nues

Je mets le ciel à nu
Les dragons tirent mon char
J’étouffe Les hommes
Ne sont pas les rhododendrons

Les gamins de la montagne
Dorment dans la chambre aux orchidées
inspirent le givre expirent la rosée
Nagent dans les hauts tournoiements