RD 12

L’instant pourvoie le moment sublime
La lumière est vide
La rosée gèle en givre
L’herbe sèche est broussaille

La rosée est pure l’herbe fleurie
Un sage n’est pas sage
S’il n’accepte pas de telles vérités
Respirons l’éternité du moment

Répétons : la pensée chante
A cheval sur les nuées
Moi aussi je souhaite avoir la tête
Au dessus des nuages

L’animal aboie c’est peut-être un chien
Les immortels se dressent au nord-ouest
Le ruisseau devient rivière
Je respire profondément

RD 11

Le vide est peuplé
Rempli de vide
Plein de choses vides
La montagne est vide

Le sens est un bambou
Ou tout autre chose
Le sens n’est pas non-sens
Il se cache dessous les pins

Le vent a un visage
Je te vois sourire
Et même rire
Le ruisseau a honte pour toi

Nous sommes des rhizomes
Qui se congratulent pour un rien
Pour nous tout instant
Est un moment

RD 10

L’auberge est vide
Où sont les amis ?
Le poème est un instant
Il n’est pas instantané

Le poème est objet et sujet
Il est le monde à échelle humaine
Il unit le passé et le présent
Il laisse l’avenir à l’enfant

La partie et le tout
Forment un ensemble vivant
Le même et l’autre sont la fraicheur
De l’âme et du coeur

La lune claire dans la brume bleue
L’oubli des mots est le rivage extrême
Le poète est limité
Il fait des merveilles avec ce qu’il a

RD 9

Voyageur au départ non fini
L’origine seule m’importe
Même si le reste se supporte
Le début est immense

La fin ne dément pas la raison
Elle défie le raisonnement
Aucune arrivée ne dément le départ
La conclusion est finie

Je ne suis pas un voleur de vent
Il m’emporte souvent
Je suis un voleur de feu
Je fais ce que je peux ce qu’il veut

Je ne suis pas l’ancêtre
Des voleurs de vent
Je ne suis pas l’origine de tout
Même s’il faut un début à tout

RD 8

Les fleurs tombent sur ta robe
En automne la mode est printanière
Je poursuis la lune dans l’eau
Les oiseaux s’éloignent

Les hommes se dispersent
Les dragons du discours
S’en prennent à l’humain
Femmes et hommes confondus

La musique est errance
Ce n’est pas un errement
Un poème suffit à mon bonheur
Errer est un cadeau divin

Je suis rempli de la voie
Je la parcours seul
Vers la fin du savoir officiel
Vers la fin de mon petit moi

RD 7

Un palais est comme une paillote
Le savoir est langage de fantômes
Lire me brûle les yeux
Je n’ai pas toujours dit ça

Au commencement est l’étude
L’acquisition d’un savoir
Il faut garder un zeste d’esprit critique
Pour conserver l’espoir

La méditation et l’art de boire
Se rejoignent quelque part
Nous savourons un principe
L’oubli des principes

A la fin l’immense domaine
Refuse tout objet sensible
Le soir me surprend toujours
La nuit est mienne

RD 6

Boire est l’école du possible
Enfin tout est proche
Tous les lieux terrestres
Reste bien sûr le ciel au loin

Il n’y a ni nord ni sud
Il y a toi le coeur du monde
Et ce coeur bat bat
Dans le mien

On ne se retire jamais
Qu’au coeur du monde
Le centre des ondes
La vie est directe

Le savoir ne retient pas le réel
Vents et eaux sont insoumis
Nuages et terrains
Je rejette le savoir
Pour la culture intime et profonde

RD 5

L’extérieur est intérieur
L’inanimé est animé
Le stérile est fertile
Les extrêmes se font du bouche à bouche

Je crois en moi et pas toi
Tu ne crois que dans le torrent
Qui bouscule la montagne
Je crois en toi comme un écho

La montagne est vide
Elle sacrifie la vie
L’humain du silence
Disparaît dans le bleu

Le vrai est invisible
Il est retiré comme le sage
Dans le paysage qu’il a tracé
Le sage est l’homme-montagne

RD 4

Les cinq vieillards nous ont offert
Un ermitage misérable
Nous sommes à la recherche
D’un fameux ermite retiré

Le sommet de la poésie
Est le sommet de l’esprit
Le poème ne signifie pas Il est
Le chant s’éloigne parmi les monts

Minces sont les mots
Immense est l’horizon qu’ils ouvrent
Bizarre coïncidence silencieuse
L’esprit se lave à l’eau de la rivière

Dans la montagne cherchons
L’écho ultime
Comme une cloche de givre
Nous résonnons

RD 3

En ce matin de printemps
Notre chambre est un temple
Le chat nous rend visite
Il annonce une journée ronronnante

Après une nuit sur le fleuve
Je raccompagne un ami
Qui part pour la grand’ville
Je pars je ne pars pas Je ne pars pas

La grue jaune a son pavillon
La montagne donne les questions et les réponses
Un montagnard m’offre à boire
Nous contemplons les portes du ciel

La descente au précipice
Est un poème ancien
Nous sommes sous la cascade
Qui s’écarte du mur
Nous sommes néanmoins mouillés