RD 2

Les promeneurs immortels
Ne sont pas rares
Contrairement à une idée reçue
Allons nous promener aux terrasses du ciel !

En buvant du bon vin
Retournons à la vie des champs
Sous les étoiles
Avec plein d’animaux

Wai ! Wai ! Tee !
Est-ce qu’à … ?
On sort ce soir
En bas de la ville

La paix suprême
Répond à sa façon
A ceux qui s’inquiètent
De ce qui est dans la montagne

RD 1 *

Pour lire un poème
Il faut un regard de diamant
Tout mystique
Est anarchie

Parmi les chefs-d’œuvre
Il en est d’une banalité inimitable
L’instant est métaphysique
La pensée chante

Les pensées chantent
L’ignorance n’est pas le début, mais la fin
Il y a de la vertu dans le vin
Le Tao chante

Le tao ne chante pas toujours de façon mélodieuse
Je suis incapable de traduire le mot tao
Peut-être est-il intraduisible ?
Le tao est ce qui nous reste à faire
Et que nous ne ferons pas

Autrefois en Chine
Des ermites chantaient le tao
Ont-ils disparu
Ces promeneurs immortels ?

Un sage réservé
Un sage protégé
Un sage inspiré
Qui est sage parmi nous ? *

* Voir : « La montagne vide, anthologie de la poésie chinoise », traduction de Patrick Carré et Zéno Bianu, Albin Michel

So 12

La solitude s’impose tout d’un coup, la société est insidieuse

L’humain est entier

La bêtise est livrée au dégoût d’elle-même

La monotonie de l’être social

Le virtuose de l’intelligence est un orchestre à lui seul

Quand la marchandise est ordinaire, il est bon d’en avoir à foison

Les humains sont des hérissons qui se frottent les piquants

Il faut être très chaud pour rester à part

« Notre mal vient de ne pouvoir rester seuls »

La diète des aliments comme celle des humains nous rendent la tranquillité

So 11

L’avenir est aussi réel qu’un dieu

Mes souhaits sont vains

Moins j’ai peur, plus je suis niais

Il est presque impossible de rester en repos

Uniformité et simplicité

Je récapitule le soir la journée, la nuit je suis ailleurs

Le bonheur est à ceux qui savent rester seuls

La vie de fêtes et de festins est un plaisir, pas le bonheur

Il faut savoir se suffire de soi-même

Le bon ton est affaire de mode

If 14

Qu’annonce l’arc-en-ciel ?
Je cherche une perle
La terre est un déluge
Je regarde les poissons qui pleurent

L’humain est un animal migrateur
Il est trop tard pour moi
J’ose à peine mettre le nez dehors
Je suis bien chez moi

La vague de la mer
Est infime et infinie
Elle roule toujours
De nuit comme de jour

L’humain amour l’humain argile
Passe sous la voute
Il réapparait l’air un peu fou
Doux et mou

If 13

Je suis comme une mouche
Je bois la vie
Je n’ai pas honte
Je m’applaudis

A voir l’unique voix lumière
Je retrouve ma mère
Elle se tient au soleil
Belle statue mobile

La voix des ruines
La voix des âges
Il faut bien casser les cailloux pyramides
Je retrouve les arts perdus

Quel trésor
Quelle perte
Partout le silence se perd
Nous sommes nombreux à être seuls

Big 26

Une grasse colombe avait un maître
Aux tendances despotiques
Alors qu’elle était civilisée
Il l’enferma dans une cage aux barreaux étroits
Furieuse dépitée
Désespérée
Elle refusa de s’alimenter
Elle maigrit
Tellement qu’elle put se glisser
Entre les barreaux
Elle voleta jusqu’à une cachette
Trouva à se nourrir
Triomphalement elle se montra
Très applaudie
Belle comme au premier jour
Et grosse

Big 25

Un brigand était poursuivi
Par la brigade des braves gens
Il finit par se réfugier dans une chaumière
Isolée et désertée
En fait elle était habitée par un couple de démons
Qui s’entendaient fort bien
Ils offrirent l’hospitalité au brigand
Qui l’accepta bien volontiers
Il n’avaient rien à donner
Moeurs de démons
Qui ressemblent à des démons
Le brigand énervé commença à leur faire des reproches
Les démons le prièrent de se taire
Il cria de plus belle
Un démon lui enleva une jambe
Le brigand hurla à l’assassinat
L’autre démon lui enleva l’autre jambe
Le brigand cul-de-jatte s’évanouit
Embarrassés les démons lui remirent ses jambes
Mais ils les intervertirent
La jambe droite à gauche
La jambe gauche à droite
En titubant le brigand réussit à sortir de la maison
Il prétendait que son corps n’était pas le sien
Personne ne le crut
Parce que tout le monde le reconnut
Certes maladroit sur ses jambes

If 12

La vague de la mer est sans fin
je n’ai aucun moyen
De savoir ce que l’humain mérite
Je sais qu’il est argile

L’humain est enfant de l’amour
Il y croit peu lui même
Ils secouaient la terreur de la misère
Leurs pauvres visages étaient mordus de pleurs

Pour croquer une pierre
Il faut un gros coeur gonflé de haine
Le sel de la terre est à l’eau
La rosée est comme une sueur glacée

L’enfant est mort
De honte et de maladie
L’enfant défunt suce son pouce
J’aurais tant aimé que la vie fût douce

If 11

J’étais mort de la vie
J’ai rencontré l’homme pénible
J’ai vu se reposer le soleil paresseux
Je suis toujours là

J’ai trouvé un vent célibataire
Ton regard est étrangement désert
Je disparais dans ma douleur
Je m’enterre dans ma pauvre identité

Tu construis un art perdu
Qu’annonce l’arc-en-ciel ?
L’art dissout le visage
La terre est un déluge

Je regarde le gamin migrateur
Je regarde les poissons qui pleurent
Pourquoi les artistes ont-ils un air énigmatique ?
Je ne sais plus ce que je voulais te dire