Lyr 116 et fin *

Tu ne te laisses pas enterrer
Par la pluie par la nuit
Je te dédie mon chant
– Je n’en veux pas

Faire de soi un phare
Suivre de soi même le chemin
Cueillir un fruit
– Je n’en veux pas

Pourquoi rompre le silence ?
La tristesse m’habite
j’ai mal
-Je m’en fiche

Tu es rose
Couleur de l’aube
Tu es une fleur
– Je veux bien *

* je rappelle l’importance de François Cheng

Lyr 115

Candeur et pudeur
Je ne savais pas lire
Je lisais maman
Un jour régnera la paix

L’humain volera
L’humain aimera
L’or en lingots ou en pièces
Servira à faire des tuiles
Ou des ronds dans l’eau

Nul besoin de se marier
En attendant
Comme dit maman
On doit travailler

Le sage escargot rentre dans sa coquille
Une voix transparente
T’appelle par ton nom
Tu seras l’hôte du rêve

Lyr 114

Certains cassent leur miroir
L’espérance est l’amie de mes rêves
Certes elle soeur de la chimère
Elles nous précèdent sans cesse

Elle rapproche et elle isole
Entre nous la distance est infranchissable
Comme l’oiseau dehors
Comme le nuage au ciel

Faibles comme une bougie
Nous brûlons jusqu’à la dernière larme
Transformons-nous en feux follets
Pour hanter la prairie sauvage

Poisson muet
Fossile mort
Muré dan sa gangue de pierre
il nage dans ma main

Lyr 113

J’aime me promener dans la forêt l’hiver
Plus je sais de choses
Et moins j’en sais
Tout effort est dangereux

Les humains de sexe masculin
Sont aisément misogynes
Je ne sais pas pourquoi
En tout cas ça me fait honte

J’aime rester seul
Dans la nuit
A côté d’une lampe
Elle est allumée
Je suis moins seul

Le miroir est plat
Et pourtant il renvoie les images
Il est vrai
Je suis moins vieux

J’ai le visage fleuri après le vin
Mes tempes portent givre et neige
Le miroir dit vrai
Il ne console pas

So 7

Le mariage comme « capitulation »

L’honneur dépend non ce ce qu’on fait mais de ce qui vous est fait

Une gifle reçue suffit à faire disparaître l’honneur

L’humain est un animal qui confectionne des outils

L’honneur est souvent l’honneur de la force

La dette d’honneur est la dette de jeu

« Si un âne me frappait, irais-je porter plainte ? »

Les anciens ignoraient l’honneur chevaleresque

Le sage méprise l’outrage

On ne répond pas à un soufflet par un stylet

So 6

La bassesse est puissance

« Le mérite se fait difficilement jour quand il est en proie au besoin »

Une âme avide de louanges est frivole

La vanité est folie, elle est chimère

La vanité est une manie universelle

Les sages eux-mêmes ne se débarrassent pas de leur désir de gloire

L’orgueil est souvent critiqué par des personnes qui n’ont rien dont elles puissent s’enorgueillir

L’insulte est une calomnie abrégée

Nous n’aimons pas l’estime, dans laquelle nous sommes tenus, pour elle-même, mais pour les avantages qu’elle procure

Le sexe féminin attend de l’autre sexe tout ce qu’il désire et tout ce qui lui est nécessaire

Big 17

Une femme répétait qu’elle ne perdait
Jamais rien
Son fils agacé jeta sa bague favorite
Dans l’eau de la rivière
La dame pleura beaucoup
Un peu plus tard elle prépara un bon repas
Comme plat de résistance : un poisson
Le fils mangeait de bon appétit
Quand ll s’arrêta soudain
Porta la main à sa bouche
Il avait retrouvé la bague de sa mère

Big 16 L’immortalité

Un jeune homme se mit en tête
De trouver l’immortalité
Il voyagea beaucoup
Partout l’immortalité
Etait réservée à des anciens déjà morts
Il trouva refuge dans une vieille maison
Au coeur de la forêt
Il raconta son histoire
Le vieux maître lui proposa un marché :
« Tu travailles gratuitement pour moi
Pendant un an et je te donnerai l’immortalité »
Le jeune homme travailla dur
Au bout d’un an il demanda son dû
Le vieux hésita puis il le conduisit
Au bout de la forêt
Il lui ordonna de grimper en haut
Du plus haut pin
Le jeune arrivé là demanda ce qu’il devait faire
« Ecarte les bras et vole »
Le jeune homme disparut dans le ciel bleu
Tout content le vieux raconta l’histoire à son épouse
« J’ai découvert l’immortalité »
Celle-ci lui demanda de tout lui montrer
Elle lui ordonna de sauter
Elle le vit s’élancer et tomber comme une pierre
Au fond d’un précipice
« Bon débarras » dit-elle

Lyr 112

Je suis plus vieux que les rochers
Je suis plus vieux que les montagnes
J’habite sous terre
Je suis silencieux

Par les nuits où aucune étoile ne brille
Je suis heureux
Je peux laisser le vent souffler
Je vieillis avec la vieille terre

Mais les taches de sang les traces de sang
Pullulent à la surface
Cette année le printemps terrestre
Me parait provenir des tombes hors de la ville

Si j’étais un oiseau il me faudrait chanter
Ces terres battues par la tempête
Ce torrent perpétuel révolté
L’aurore si douce

Lyr 111

Le tonnerre n’est autre
Que l’éclat de rire du géant
L’enfant rit souvent
Ils n’ont pas peur

Le géant pleure souvent
On appelle ça la pluie
Je t’ai vu pleurer enfant
De reconnaissance

L’étang est bleu
L’étang est calme
Une jeune fille en robe bleue
Est assise sur l’herbe matinale

Les vagues blanches
Sont déraisonnables
Elles racontent toujours
La même histoire