So 3

« So, so » disait un vieil allemand ( « Zo, zo » )

Il ne faut as dédaigner les dons mortels des immortels

Le vide intérieur se peint sur plein de visages

La vivacité de la sensibilité devient celle de l’intelligence

« La sottise se déplaît à elle-même »

« Une vie de fou est pire que la mort »

Le loisir ne doit pas être hébétude

Il faut employer le temps et pas seulement le passer

Nous sommes réduits à nous-mêmes

« La sagesse est bonne avec un patrimoine »*

* Vois le 5, hier, pour le précédent So

Big 13

Un fils de roi voulait à tout prix
Connaître ses vies antérieures
Au moins la précédente, avant sa naissance
On lui conseilla un sage charlatan
Après moult examens
Qui coûtèrent un peu d’argent
Puis le devin divin convoqua le prince
Dans un antre discret :
« Voilà la vérité sur votre précédente existence
Ne soyez pas choqué
Vous étiez un lapereau maladroit
Qui a été dévoré par un chat
Les crottes de ce chat ont fait partie de l’engrais
Destiné à fumer un plat de tomates
Votre mère les a mangées de bon appétit
Et vous voici ! »
Le prince était effondré
Le devin : « Rassurez-vous Moi, c’est pire
Votre père a violé ma mère
Et me voici ! »

Lyr 104

Terribles sont les ténèbres innommées
Elles nous déchirent
Entre le possible
Et l’impossible

Les mots d’amour meurent
Avant d’être nés
De petits mots doux leur succèdent
Pour connaître la même destinée

Des fantômes nous entraînent
Dans une ronde désordonnée
Nos amours sont libres et splendides
En théorie

Nous sommes dans l’errance
Mais quelque chose s’attarde ici
Vieux comme le temps
Qu’est-ce ? Qui est-ce ?

Lyr 103

Depuis vous êtes nés
La pluie vous a souhaité la bienvenue
Notre monde vous a paru
Moiteur molle

Un jour les brumes et les pluies se dissipent
Un clair de soleil vous inonde
On voit votre mère veiller
A ce que votre corps entier reçoive la lumière

Aujourd’hui dans la nuit
Vous criez le jour
Face au ciel taciturne
Vous ne pleurez pas

Non notre univers n’est pas privé d’espoir
C’est notre pensée qui est inquiète, incertaine
Pourquoi voler à tire-d’aile ?
La paix nocturne éveille la poésie

Lyr 102

Je redoute de suivre un nouveau
Sentier incertain
On craint de s’enfoncer
Puis de se perdre

Voilà que soudain d’une éclaircie
Surgit notre logis
Pauvre et magnifique
Île nouvelle à l’orée du ciel !

Tant de choses à côté de nous
Exigent d’être découvertes
Ou redécouvertes
C’est à tort que tout nous semble familier

Trop familier peut-être ?
A l’heure de la mort
Nous nous touchons inlassablement
A qui appartient ce corps ?*

* Je reste fidèle à mon éclectisme empirique, mais je dois avouer que la poésie chinoise contemporaine me paraît parfois difficile ….

Lyr 101

Nous nous préparons en vain
A la revanche de l’inespéré
Au sein du temps soudain
La comète et l’ouragan

Notre vie sera à l’avenir
A l’image de notre première étreinte
Peines et joies se fondent
Dans une forme sans faille

Nous n’envions pas ces merveilleux insectes
Qui affrontent un seul accouplement
Ou un unique péril
Avant de périr

Chaque jour un sentier familier
Nous mène à la maison
Partout se terrent pourtant
Maints sentiers secrets

Big 12

Deux oies sauvages étaient les meilleures amies d’une tortue
La tortue était bavarde
Les oies l’écoutaient avec admiration
Mais une année la terre s’assécha de plus en plus gravement
La tortue ainsi que bien d’autres animaux était condamnée
Une oie eut une idée qui séduisit sa commère
Elles l’exposèrent à la tortue
Celle-ci devrait mordre solidement dans un bâton, tenu à chaque extrémité par une oie
Ainsi la tortue pourrait voler à condition toutefois de ne rien dire, de n’ouvrir la bouche sous aucun prétexte
Les trois amies ainsi équipées survolèrent un pays entier
Fatiguées eles se rapprochèrent du sol
Des enfants les virent : « Regardez ! Une tortue qui vole ! Une tortue volante ! »
La tortue ne put s’empêcher de s’écrier :  » Et alors ! Vous n’avez rien vu ? »
Elle chuta de tout son poids et se brisa les os après la carapace
Il est bon parfois de savoir se taire

Big 11*

Un lion et un tigre étaient les meilleurs amis du monde
En particulier ils aimaient dormir allongés l’un à côté de l’autre
Ils se léchaient de temps en temps le pelage
Un chacal voyant ce manège se dit qu’il vaudrait mieux pour lui d’être l’ami de ces deux là
Il alla voir le lion : « Le tigre pense beaucoup de bien de vous »
Il alla voir le tigre : « Le lion a beaucoup d’affection pour vous »
Les deux fauves à regret acceptèrent sa compagnie
Furieux et humilié le chacal décida de se venger, en outre craignant d’être une proie facile
Il dit au lion :  » Le tigre maintenant dit du mal de vous Il affirme que sans lui vous feriez moins le malin Méfiez-vous s’il s’approche de vous et vous lèche »
Il répéta la même chose au tigre sur le lion
Le tigre sa précipita chez le lion dont il n’arrivait pas à douter : « Tu sais ce que le chacal raconte ? Sans moi, tu ne mangerais pas à ta faim »
« Il m’a dit à peu près la même chose sur toi », répliqua le lion
Quand le chacal revit les deux fauves il sentit la pire humiliation de sa vie Ils n’avaient même pas besoin d’exprimer leur mépris
Il se réfugia vite fait dans un pays étranger
Il est périlleux d’être pris pour un calomniateur *

* Big 1 est daté du 1 / 8 / 2018

So 2*

* So 1 déjà ce 5 / 8. Arthur Schopenhauer, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », PUF, « Quadrige », Paris, 1943-2006

Pour s’amuser, il se plait

La nature est éternelle, mais pas les choses

Il convient d’avoir un esprit sain dans un corps sain

Qui rit beaucoup est heureux, qui pleure beaucoup est malheureux

La vie est dans le mouvement

Plus un mouvement est rapide, plus un mouvement est mouvement Plus un mouvement est agité ?

Les humains sont émus, non pas par les choses, mais par l’opinion sur les choses

Les humains d’éminence sont d’essence mélancolique

Certains humains sont d’humeur facile, d’autres d’humeur difficile

La beauté est une lettre ouverte de recommandation

Lyr 100 *

Le poète pas à pas peu à peu entre
Dans le paysage de son poème
Où réside le mystère sans fin
Quand le sourire s’efface ?

Je sais gré au ruisseau familier
D’avoir coulé tout un printemps
Tant de pensées nous quittent
Au fil de l’eau

Suis ton cours à loisir
Vers le monde des humains
Je reste près de ta source
Aux mystérieux échos *

* Rappel : Lyr a pour source François Cheng, « Entre source et nuage, » Albin michel éditeur,….