Lyr 99

A la lumière de la lampe
je regarde l’épée hors de son fourreau
De près, pensif
Je vois l’éclat des temps héroïques

« Oublié le sang
Gouttes de rubis
Oubliées les larmes
Gouttes de cristal »

Le galop du cheval
Soulève un nuage de poussière
Le rêve du poète ne sera jamais
Un rêve de héros

Sur l’eau de la rivière
Se penchent les lavandières
Des canards passent
L’eau est verte

Lyr 98

Dans l’ombre pâle
Le vent agite les branches
C’est la première fois
D’où vient cette impression de déjà-vu ?

Je peux penser je vous assure
Les branches sont agitées
Le crépuscule s’impose dans la forêt
Moment de vérité

Tu dois trouver ta vérité
Chasse la pensée
Le long du sentier
La lune te regarde

Sur la neige
Subsistent les traces de ta pensée
Des signes divers je dirais même
Enchevêtrés

Lyr 97

Le papillon que j’ai tenu dans ma main
En prenant soin de ne pas l’abîmer
S’est envolé je ne sais où
Petite âme petite lueur

je veux bien m’asseoir avec toi
Si tu cesses de t’agiter
Ton ombre sur l’eau
Trouble les poissons

Hier soir sur le lac
Tout allait bien
Ce soir j’écoute la pluie dont les gouttes
Troublent le lac de mon coeur

Au fond de ce lac qui scintille
On pourra dresser une stèle
A notre mémoire
Nous l’aimons notre lac

Lyr 96

Une petite fleur pousse entre les rails
Sur les cailloux
Entre elle et moi c’est une rencontre fortuite
Dans l’immensité de la vie

Adieu à jamais
Même si je revenais entre les rails
Comment retrouverais-je
Mon humble fleur ?

Modeste fleur au creux du mur
Ton bonheur
D’être toi-même te suffit
Pour être le centre de l’univers

Jolies herbes au ras du sol
Vous êtes à vous seules
Le paradis sur terre
Le ciel par dessus

Lyr 95

La fleur de saule s’envole
Avec l’hirondelle qui arrive
La fleur de roseau s’envole
Avec l’hirondelle qui s’en va

La libellule vole insouciante
Se pose sur une tige tremblante
Les fleurs blanches voltigent
Elles annoncent la neige

Avant tout ce qui est visible
La puissance du printemps est souterraine
Elle imprègne le monde entier
Qui se réveille

Les riches fleurs couvrent cette branche
Sans pluie ni vent où iraient-elles ?
Sur le coeur humain je le crains
Elles pèseraient jusqu’à l’ennui

So 1

« Il est difficile de trouver le bonheur en nous et impossible de le trouver ailleurs »

« Nous laisserons ce monde aussi sot et méchant que nous l’avons trouvé »

Nous sommes ce que nous sommes, nous sommes ce que nous avons, nous sommes ce que nous représentons

Ce qui vient de nous est plus important que le reste

Le sot voit un fait-divers, le mélancolique une tragédie, le sanguin un drame, le flegmatique un fait inintéressant ….

Le plus important, la personnalité qu’on a

Le subjectif paraît plus essentiel que l’objectif

Il en est qui se soucient peu de ne rien avoir s’ils ont accès à l’essentiel

Nous développons la forme que nous avons reçue à la naissance

La compagnie de nos semblables conduit à la débauche

Big 10

Deux loutres se disputaient un poisson
Que chacune prétendait avoir pêché
Elles appelèrent une vieille parente à la rescousse
Celle-ci dit à l’une des loutres :
« Tu aimes nager en eau profonde ?
Tiens, je te donne la queue »
Elle se retourna vers l’autre loutre :
« Tu aimes l’eau peu profonde ?
Je te donne la tête
Quant à moi je me contenterai du milieu
Quoiqu’il soit un peu gras à mon goût »
Moralité ? : « Mieux vaut s’entendre entre soi
Que de faire appel à un arbitre »

Big 9

Un chien doré comme un gâteau
Avait la bonne habitude
De manger dans une maison
Puis de compléter son repas dans une autre
Les deux étaient séparées par une rivière
L’heure du repas était indiquée par un coup de gong
Mais un jour par un hasard malencontreux
Les deux gongs résonnèrent en même temps
Le chien se lança dans la rivière
A mi-chemin il commença à réfléchir
Il n’arrivait pas à se déterminer
Il aurait pu se noyer
Par bonheur une grenouille vagabonde
Lui glissa dans l’oreille :
« Dans le doute agis »
Le chien réunit ses dernières forces
Et gagna une rive
Où il fut bien accueilli
Son mot d’ordre désormais :
« Hésite mais fais quelque chose
Le pire est de ne rien faire »

Big 8

Un homme n’avait pas pu s’empêcher
D’avoir deux épouses
Il était pourtant d’un âge certain
L’une croyant bien faire
Lui arrachait les cheveux noirs
L’autre croyant mieux faire
Lui arrachait les cheveux blancs
Il se retrouva chauve
Il répudia les deux femmes
Mais incorrigible il en épousa une autre
Qui lui disait adorer suivant son langage
Les boules d’ivoire
Ils furent heureux ensemble tous les deux
Et eurent deux enfants
Aux beaux cheveux

Lyr 94

Oiseau-roc
je t’accompagne un peu
Laisse-moi faire
J’ai oublié les premiers mots

Mon univers est perdu dans la nuit
J’ai oublié ce que je t’ai dit
J’ai oublié les premiers mots
Je ne saurai jamais le dernier

Dans les glapissements du nouveau-né
Se cache une parole mystérieuse
Qui jaillit de l’âme originelle
Elle voudrait se dire au monde

Le vécu des vieillards
Le rêve du jeune homme
La rêverie de la jeune fille
Sont création de la pensée