Lyr 93

Les étoiles scintillent par myriades
Rendant plus noir le ciel
Qui a jamais entendu ce qu’elles se disent ?
Chacune a une faible clarté

Firmament ôte ton masque d’étoiles
Que nous contemplions ta face opaque
Hors de la voute céleste
On dirait que tout est vrai tout est pur

Tu es restée assise trop longtemps
Ouvre grand la fenêtre
La mer t’offre sa nostalgie infinie
Elle se livre aux confins du ciel

Les vagues s’étendent jusqu’à l’oubli
Je prie seul sur la cime
Les éléments sont infinis
Je sais que je les prie en vain

Big 7

Dans un petit pays
Connu pour son luxe et sa luxure
Les personnes portant les premiers signes du vieillissement
Devaient disparaître
Un jeune homme aimait beaucoup sa mère
Il la cacha dans la plus profonde de ses caves
Un génie se présenta devant l’assemblée du peuple
« Qui sait reconnaître le sexe d’un serpent entre ces deux que j’apporte ? »
La mère transmit à son fils :  » Déposez les deux serpents sur de la soie
Celui qui restera sera la femelle »
Le génie : « Qui connaît le poids de ce gigantesque éléphant ? »
La mère : « Mettez-le sur un bateau et notez le tirant d’eau »
Le génie : « Entre ces deux juments, laquelle est la mère ? »
La mère : « Offrez leur une botte de bonne herbe
La fille y goûtera immédiatement, la mère la poussera vers sa fille »
Le génie : « Combien d’eau puis-je mettre entre mes deux mains jointes ? »
La mère : « Autant que tu veux si tu es poète »
Le génie s’avoua vaincu sauf pour la dernière question
Le fils obtint du peuple que les vieillards soient désormais épargnés
Le génie vieillit vite.
Son corps se hérissa en rocher, son ventre se creusa en vallée funeste
Quelques dents restantes étaient des chicots, il ne voyait plus que dans un brouillard
Son mot de la fin : « J’ai eu tort de me prendre pour un génie »

Lyr 92

Depuis si longtemps je pleure
Depuis si longtemps j’arrose le sol stérile
Mes larmes sont douces
J’aspire à croître

J’aime pousser vers le haut
Telle une belle plante
Je tisse les rayons du couchant
Pour me reposer

Le soleil m’insulte
je vais de saut en saut
Les grappes de raisin
Me donnent envie de vin

Vous donnez libre cours à vos pleurs dans l’aube
Vous ne pouvez répondre aux injures du soleil
Depuis l’époque du déluge
Nos rejetons se sont multipliés

Lyr 91

N’oublie pas les moments fabuleux
Quand les barques de pêcheurs trinquent
Je reviendrai avec la tempête
Mon nom est inscrit dans la mer

Je choisirai peut-être une terre en friche
Qui reste à découvrir
Afin que je puisse t’accueillir
Dans les fleurs et les roseaux

Les branches déchirent le ciel
Pour y percer des trous
Les lueurs d’outre-ciel
Donnent les étoiles

Tu me regardes tu regardes la cour
Tu regardes un nuage
Tu es proche et lointaine
Avec le nuage que tu as choisi

Lyr 90

Le soleil va là où il n’y a personne
C’est le couchant
En riant face à face
Nous montrons nos jambes nues

Les lumières de la ville
Sont en principe ordonnées
Mais les ténèbres le savez-vous
Elles aussi sont ordonnées

Je me réveille en sursaut
Je me félicite d’être seul
Peines et joies
Sont prévisibles

Le vase entier est cassé
Il ne reste que débris mêlés de terre
Les larmes ont goût du sel
Un goût maritime

Lyr 89

En compagnie des lourds chevaux
Tirant charrue
J’attire le soleil
Dans le champ de blé

J’ai bien envie de te parler
Nous ne sommes pas à côté
Le vent souffle
Nous marchons côte à côte

Homme trop fatigué
Je te tends la main
Tu la refuses
Tu es trop fatigué

Je t’apporte les jours
Je ne te donne pas moi-même
On peut compter les jours
Nous sommes au cinéma

Lyr 88

Nous sommes dans l’oeil du cyclope
Nous ne voyons pas ce qu’il voit
Nous sommes dans l’oeil du cyclone
Nous ne voyons rien parce qu’il ne voit rien

Bien assis dans un coeur
Nous battons avec lui
Mais nous ne savons pas ce qu’il ressent
Nous ignorons le sentiment

Tu es lumière nous sommes la vitre
Tu es vitre nous sommes le paysage
Nous sommes la forêt et la tour
Qui brillons à notre tour

L’au-delà est inaccessible
Seule la tour est cessible
L’automne me monte au visage
Je vieillis et je mûris

Lyr 87

Tu es appelée à combattre
Au delà du sang
La liberté t’attend
Telle une hirondelle

Le trait tracé est maladroit
La vigueur est incontestable
D’une flèche elle fait tomber le passé
Tu soulèves une nouvelle époque

L’urne est remplie de vin
Les sorghos sont saouls
Seuls sont invités les nuages qui passent
Sans se presser

Nous avons bu jusqu’à plus-soif
Les rosées et les vins
La terre brûlée nous sait gré
D’être vivant et bien vifs

Lyr 86

Des fleurs étoilent le couvre-lit
Elles ne donneront jamais de fruits
Déjà l’automne s’enfuit
Demain le rêve se fera stalactite

Réapparaîtra-t-il le soleil de chaleur ?
J’essaye de suivre le souvenir
Qui tombe à grosses gouttes
Le rêve a glissé ailleurs

Tu te tiens droite sur le pont
Contemplant le paysage
Tu es le paysage
Que nous nous contentons d’admirer

Tu es chez toi auprès de ta fenêtre
La lune doucement t’éclaire
Ta figure est faite pour illuminer
Nos rêves d’un monde meilleur

Lyr 85

« Le roi Lyr est ailleurs, le citoyen Lyr est présent »

Ton beau mensonge est éternel
Ta question obstinée est éclatante
Flamme intime voix inouïe
Le puits sait ce qu’il recèle

Nul doute en moi
L’océan ne trahit pas ses vagues
La musique est rythme
je suis vaincu par le souffle fulgurant

L’arc-en-ciel nous enjambe
Tu nous accompagnes depuis longtemps
Tu es perpétuelle tu n’es pas éternelle
Tu es si sauvage et si belle