Un lion avait beaucoup d’amis
Et une foule d’obligés
Dont un petit renard
Qu’il n’avait pas remarqué
Ce lion était distrait
Il tomba dans un puits sans margelle
Les amis et les obligés disparurent
Certains en s’excusant : « Nous ne connaissons rien aux puits »
Le petit renard ne manquait pas d’idées
Il prévint le lion qui n’en crut pas ses oreilles
Puis détourna avec de la terre le cours d’un ruisseau
Le niveau de l’eau monta dans le puits
Le lion garda la tête hors de l’eau
Puis sortit ruisselant
Il s’ébroua arrosa le renard
Puis partit avec son nouvel ami :
« Mieux vaut un renard fûté
Qu’un lion bête et indifférent »
Lyr 84
« Renouveau de Lyr ? »
Dans la lumière j’ai trouvé mon ombre
J’ai rencontré ma solitude dans la foule
Qui me presse et m’entraîne
Suis-je un miséreux ? un misérable ?
Je souhaite une île d’écumes de mer
J’orne mes mains de sable humide
Vient la mouette Comment va son coeur déchiré ?
J’y verserais le sang du monde
Je suis un nuage qui flotte dans le ciel
Je me reflète par hasard
Je ne m’étonne de rien
Le soleil emporte mon ombre
C’était écrit nous nous rencontrons au coeur de la nuit
Pour que chacun suive un destin différent
Tu seras heureuse si tu t’en souviens
Un éclair est né Je suis né grâce à toi
Lyr 83
« Qui a déjà lu Lyr ? »
Nuages et brumes s’enroulent aux confins du ciel
La voie lactée, le fleuve sidéral charrie les voiles dansantes
Mon âme retourne en-haut dans un songe céleste
Elle n’est pourtant pas propice à la danse
Une voix que je pense céleste
Me demande pressante
Si je monte là-haut
Je réponds que la route est longue
Le soleil se couche déjà
Ai-je accompli en vain un miracle poétique ?
Avez-vous entendu parler de l’oiseau-roc *, de l’oiseau géant ?
Lui-même est déjà parti on ne le voit plus
Nous annulons l’essentiel Il ne nous voit pas
Le soleil n’arrête pas de se coucher
L’oiseau-continent s’envole au gré du vent sans limites, sans frontières
J’emporte ma barque vers les îles désirées, fortunées
* L’oiseau-roc n’appartient pas à la tradition chinoise, mais plutôt à celle des « mille-et-une nuits »
Lyr 82
Tristesse à corps rompu
Chaleur froideur
Le temps ne saurait s’apaiser
Le vin ne chasse pas le soir
Passe un triangle d’oies sauvages
Ce n’est plus celles que nous avons connues autrefois
Elles traçaient le signe de l’humain
Dans le ciel blessé
Les fleurs s’amoncellent sur le sol
Toutes sont flétries
Personne ne les recueille
Sauf le vent un peu
La pluie distille le crépuscule
Pourquoi parler de tristesse ?
Comment durer jusqu’à la nuit pleine ?
Les fleurs d’or reviendront
Lyr 81
Après la maladie je me sens faible
Mes cheveux se sont soudain ornés de givre
Par la fenêtre ouverte la lune restante
Eclaire un reste de lit
Nous buvons une tisane
Aussi savoureuse que le thé
Nous lisons de la poésie
Allongés sur le lit délice
La seule présence amie
Est cachée dans la nature
Dont elle fait partie
Le paysage est rafraîchi par l’averse
Chercher Fouiller
Silence Froideur
Ta tristesse rompt le coeur
Je parle à coeur fendu
Lyr 80
L’aube écrase le désir humain
Le rêve se brise comme porcelaine
L’ombre des fleurs pèse sur la porte
Le printemps s’offre-t-il ?
Encore quelques caresses
Un peu de parfum
Un moment de gagné
Nous sommes prêts pour la première saison, le printemps
L’arbre devant la fenêtre
Elague ses ombres
Au coeur de la cour obscure
Chaque feuille est un coeur qui bat
La pluie tombe feuille sur feuille
Elle ronge le coeur de la délaissée
Cette musique cruelle
N’a pas retrouvé ses oreilles
Lyr 79
C’est la fête aussi avec des mets froids
Une journée calme claire
Du brûle-parfum monte une frêle fumée
Le rêve est de retour
Sur le lit j’apprécie une montagne d’oreillers
Les mouettes ne sont pas revenues
Les humains s’amusent à toutes sortes de jeux
Le brûle-parfum de jade fume toujours
Les saules duveteux frissonnent
Les prunes trop mûres éclatent
La balançoire du jardin est mouillée par la pluie
La main est lente après le vin
Ivresse passée sommeil brisé
Le rêve ne s’accomplit pas
Silencieuse et seule s’approche la lune
Des pétales entre les doigts
Lyr 78
Lourd est mon sommeil mêlé d’ivresse
Au réveil je m’enquiers auprès de la charmante
Sa réponse est distraite : « Elles n’ont pas bougé »
Les fleurs des pommiers rouges
Le vert augmente et le rouge diminue
Où est le parfum des lotus rouges ?
En robe de soie je monte sur la barque d’orchidée
Je n’attends pas de message
Même pas des nuages
Au premier passage des oies sauvages
Seule la lune est bien vivante
Les fleurs s’éparpillent
Au gré du vent au gré de l’eau
La même pensée est partagée
Nos deux tristesses sont séparées
A peine chassé des sourcils l’ennui
Le revoici à la pointe du coeur
L’herbe reverdit dans la palais
Des branches de prunier fleurissent çà et là
Le jade bleu du ciel tombe en poudres blanches
Piétinant le désir humain
Lyr 77
Te rappelles-tu cette soirée
Près du pavillon sur l’eau
Où nous faisions halte
Pour nous aimer ?
Nous ne savions plus le chemin du retour
Le vin bu tout plaisir épuisé
Nous ne savions plus où donner de la rame
Au milieu des lotus sans amour
Souvent le soir
Un coup de vent amène l’averse
Qui délave l’éclat torride
A peine se maquille-t-elle
La soie rouge est pure
La peau est une neige onctueuse au tendre arôme
Devant le miroir fleuri
Elle se redessine à peine la bouche
Big 5
Un grand vizir contrairement aux usages
Voulut connaître quelque chose de la vérité
Il réunit QUELQUES PHILOSOPHES
Qui commencèrent immédiatement à se disputer
Et même à hurler
L’un affirmait qu’il n’y a de vérité qu’un delà de notre monde
L’autre qu’au dedans
L’un prétendait qu’il n’y a pas de vérité
Un autre qu’elle n’existe qu’en chacun d’entre nous
Le grand vizir en eut rapidement assez
Devant les philosophes réduits au silence
Il convoqua des AVEUGLES
Sans les prévenir il les mit en présence d’un éléphant
L’un toucha une patte et dit : « C’est une tour »
Un autre le ventre : « C’est un plafond mou »
Un troisième le flanc : « C’est un mur »
Un quatrième la trompe : « C’est un tuyau »
Un cinquième la queue : « C’est une balayette »
Le grand vizir conclut : « Chacun sa vérité,
A toujours vérifier
La synthèse des vérités partielles
S’appelle éléphant
Messieurs, qu’en pensez-vous ? »
Le premier : « Certains nuages ont la forme d’un éléphant »
Le deuxième : « L’éléphant existe. La preuve ! »
Le troisième : « Ce que vous appelez éléphant n’est qu’une apparence »
Le quatrième : « Seul connaît l’éléphant qui sait le dresser »
Le grand vizir jeta son chapeau et partit