Lyr 67

Les oies sauvages sont effrayées
Les corneilles des remparts se sont envolées
Je regarde un paravent fixe aux perdrix d’or
Une brume dorée s’est infiltrée dans la gaze

Les plaisirs d’antan rôdent sur l’étang
Dans la cour le pavillon
La bougie rouge tourne sur elle-même
Je rêve de toi et tu n’en sais rien

Sous l’abondante pluie de printemps
La berge se teint de vert tendre
Un couple de hérons frôle les saules
Nous nous baignons nous nous ébattons
Dans la lumière nue

L’azur est un rideau
La balustrade dessine un méandre
La brume est éparse sur l’eau
A coeur minuscule pensée infinie

Big 3

Le lièvre, le chacal, la belette et le singe se réunissent souvent
Un soir le lièvre proposa qu’ils se revoient le lendemain soir
Et se préparent un festin avec leurs trouvailles respectives
Le chacal s’est introduit dans une maison et a volé de la viande
« Je pourrais la dévorer, mais priorité aux amis »
La belette a découvert des poissons qu’un pêcheur avait mis à l’abri
Elle hurla pour autant qu’une belette puisse hurler
Le pêcheur n’entendit que la rivière
 » je suis adorable je vais apporter ces poissons aux copains »
Le singe cueillait les mangues d’un manguier
« je me prive de ces fruits Quel bon singe je fais ! »
Les quatre se retrouvèrent avant la tombée de la nuit
Seul le lièvre n’avait rien apporté
« je suis désolé les amis Si vous voulez on allume un feu
Je me jette dedans et vous pourrez me manger bien cuit »
« Il est fou celui-là » « Mon Dieu qu’il est con »
«  »On tient trop à toi »….
Une vieille femme déguisée en fée passa par là :
« Est-ce que vous vous rendez compte que sauf le lièvre
Vous êtes tous des voleurs ? »
Epouvantés les animaux s’enfuirent
Sauf le lièvre qui partagea le repas de la fée

Lyr 66 La mayonnaise prend-elle ?

Les rochers éparpillés se perdent
Dans le vert lointain
Les hennissements des chevaux
Sont ponctués de coups de rames

Notre barque est dans une attente insouciante
Bancs de sable et touffes d’herbes
Les mouettes s’envolent et se dispersent
L’unique aigrette s’envole aussi

Champs et rizières à l’infini
D’une peinture réussie
Enfin je pars à la recherche du vieil errant
Pour me perdre dans l’oubli des humains

Les saules et les fleurs sont en tiges
Le soleil s’en va La pluie est fine
Rôdent les plaisirs d’antan
Le rideau brodé est baissé

Big 2 Ne pas brusquer le maître

Un jeune disciple suivait son maître
Dans la forêt A la fin de leur promenade
Le maître demanda :
« As-tu remarqué quelque chose de spécial ? »
« Rien, sinon que nous avons été précédés
Par une éléphante ? »
« Comment le sais-tu ? Moi, je n’ai rien remarqué ! »
« L’herbe était écrasée par endroits,
Surtout à gauche, l’animal est peut-être borgne
Elle a uriné, j’ai reconnu la femelle,
Elle a un bon pas, elle est encore jeune …. »
« Je te congédie
Tu vois trop de choses… »

Big 1 Le racisme n’est pas mort *

Un singe gris et un singe bleu
Traversaient un fleuve à la nage
Au milieu le singe gris dit au singe bleu :
« Je suis désolé vieux frère
Mais ma femme est jalouse de toi  »
« Non, ça, je le sais »
« Mais de surcroît elle exige que je lui rapporte ton coeur
Pour tomber enceinte à son tour »
« Oh ! Quel dommage ! j’ai laissé mon coeur à l’auberge !
Reste là, je te le rapporte immédiatement
Aussi vite que possible »
Le singe gris resta seul et perplexe
Il finit par rejoindre sa femme
Qui éclata en imprécations
Il se réfugia dans la forêt
Il reçut un jour un message
Le singe vert lui écrivait :
« A partir du jour d’hui
Les singes verts n’ont plus rien à faire
Avec les singes gris » *

* Voir : « 31 contes du bouddhisme », Thalie de Molènes, Fanlac, Périgueux, 2016

Lyr 65

La queue du phénix
N’est pas un éventail
La soie est parfumée
Les émeraudes sont cousues sur fond de nuit

Les fracas du tonnerre
Etouffent les paroles
Le cheval pie est attaché aux arbres pleureurs
Le printemps est très libre

Le rêve est un papillon
Tant d’années fleuries résonnent
Tu renais tourterelle
Le hasard est pur

Sur la vaste mer claire
La lune verse des larmes de perles
La passion s’est en vain transformée en mémoire
A l’instant vécu elle s’est déjà perdue

Au champ bleu le soleil est ardent
Qui dira la nostalgie des voyageurs ?
Les feuilles tombent sur la route de montagne
Les oies sauvages s’attardent

Lyr 64

Ciel de jade mer d’émeraude
Nuit après nuit mon coeur brûle
Les rencontres sont difficiles
Les adieux le sont plus encore

Les fleurs se fanent
Le ver déroule son fil
Vous le connaissez comme moi
C’est le ver à soie

Le nuage de cheveux pâlit dans le miroir du matin
Les échos sont glacés du chant nocturne
Dans la fraîcheur du petit jour
La route n’est plus longue avant les îles immortelles

La bougie ne tarit ses regrets que réduite en cendres
L’éventail aux rayons de lune ne cache pas le visage
Les bougies d’or finissent toujours par s’assombrir
Qui apporte le vin de grenade ?

Lyr 63

Traînées de sang
Larmes de déesse
Souffrances que rien n’efface
Indifférence des humains

Un sentier pierreux serpente
Au travers des nuages blancs
Voici une chaumière inconnue
Les feuilles d’érable sont plus rouges
Que les fleurs du printemps

La soirée étouffe de mélancolie
Les rayons du couchant
Sont doux infiniment
Très proches de la nuit

Le soleil se penche sur l’horizon
Le rossignol crie
Ses pleurs mouillent les fleurs
La voie lactée s’incline aussi

Lyr 62

Fleuves lacs monts et mots
Nous sommes brisés d’amour
L’âme coule à flots
L’âme en perdition

Légers sont les corps si fins
L’herbe n’est pas fanée
La nuit est inondée de lune
Où est ta flûte ?

Mon nom n’est pas l’homme sans coeur
Tout est si petit dans ma paume
Une grande passion est une véritable indifférence
Nul sourire ne vient aux lèvres

La barque flotte au gré de l’eau
Souffle le vent passe le nuage
Regret divin sommeil des humains
Regret divin songe des humains

Lyr 61

Les dragons venimeux me fixent du regard
Lions et griffons crachent
J’ai couché dans l’herbe
Mes cheveux ont jauni

Qui chevauche un mulet dans les nuages ?
Je visite une tombe
Je vois des os entassés
Que de vies gaspillées !

Le reflet oblique de la lune
Fauche les roseaux
Le bleu des monts et le vert des eaux
S’estompent déjà lointains

Combien de pavillons et de terrasses
Sont noyés de brume et de pluie ?
Des oiseaux chantent
La verte prairie est parsemée de fleurs rouges