Lyr 30

La montagne est vide
Sauf d’échos
Les rayons du couchant
Touchent les mousses

Personne en vue
Des voix résonnent
Dans le bois profond
L’ultime éclat est vert

Au bout des branches
Dans la montagne
J’aperçois le logis
Près du torrent

Autour des fleurs de magnolias
Ouvrant leurs rouges corolles
Tout est calme et vide
Sauf l’araignée tissant

Lyr 29

Je suis assis seul
Je joue de mes mains
Ignoré de tous
0ù est la lune ?

Au milieu des bambous
Je chante sur la bonne mesure
Le clair de lune s’approche
Au fond des bois

Les rochers sont blancs
Les feuilles rouges
Il n’a pas plu
Seul l’azur est vide

Les eaux sont nombreuses
Dans le ciel froid
Sur le sentier de montagne
Elles mouillent nos habits

Lyr 28

Au milieu de la nuit
J’entends déjà le jour qui se pointe
Je ravale mes sanglots
Je te pleure sans cesse

Notre terre est infestée par des maladies
Nous n’avons plus de nouvelles de l’exil
Mais j’ai la ressource du rêve
Comme un oiseau pris au filet

J’entends un sanglot caché
Je fais des adieux de vieux
On me laisse partir volontiers
Je dis au revoir au seul vieillard

L’ombre surgit des ombres vertes
La route est pleine de périls
L’âme est-elle vivante ? Vraiment vivante ?
Et toi ? Comment t’es-tu envolée ?

Lyr 27

Je réveille les miens et les hôtes
Nous petit-déjeunons
Nous jurons de rester fraternels
Nous nettoyions la salle

Qui m’offre son pain ?
Qui m’ouvre son coeur ?
Avec des ailes puissantes
Je volerais pour m’abattre devant toi

Ecrasé de sommeil
J’abandonne le reste des plats
Je reste assis
Pour paraître immortel

Nous pouvons vivre
Dans cette salle nettoyée
Mais au dehors le devoir m’appelle
Je dois m’occuper d’elle

Lyr 26

Nous nous traînons
Sur vos chemins glissants
Souffreteux épuisés
Nous ne mangeons plus que des fruits amers

Tard dans la nuit
Nous sommes accueillis
On apporte même de l’eau chaude pour les pieds
Nous sommes émus aux larmes

Dans la boue
Les nuits sont glaciales
Notre unique abri se présente
Sous des pierres humides

Nous brûlons des papiers
Souvenirs de l’âme errante
Femmes et enfants se souviennent de nous
La bonté nous a ouvert sa porte

Lyr 25

Il faut discuter de tout
Et du reste
La mort attendra
Comme d’habitude

La mort n’existe pas
Au sens fort
La mort, ce n’est que la fin de la vie
La camarde n’a pas de visage

Je n’ai pas compris la différence
Entre l’eau pâle et l’opale
Je pense qu’il s’agit d’une licence
Poétique s’entend

A quoi servent ces poèmes ?
A rien comme d’habitude
J’espère que ce rien est musique
Ou du moins musical

Lyr 24

Sur la route de l’eau pâle
Nous fuyons
Affrontant mille dangers
En chemin

La marche de l’opale
Est longue
Nous sommes hagards
Dans la nuit profonde

Nous ne rencontrons personne
Pas une âme ne vient en sens inverse
Mes pleurs réveilleraient un tigre
Nous traînons dans la boue

Un aliment un abri
Une fumée à l’horizon
Sa bonté atteint les nuages
Un bon arrêt pour un sage apprenti

Lyr 23

Ce mont domine tous les monts
Y compris mon mont
Les cris du phénix rouge
Sont déchirants

Où sont ses semblables ?
Ailes closes il se tait
Pas le moindre moineau
Partager enfin tout avec tous ?

Mon mont, c’est le mont des adrets
Ailes closes l’oiseau se tait
Où sont les oiseaux frères ?
L’utopie du partage

Il oublie les rapaces
Leurs courroux et leurs haines
Les corbeaux croassant
Dans le fond des ravins

Lyr 22

Tête blanche sur ma canne
Je m’appuie
Je suis un lettré démuni
Sous les minces nuages

Avant une longue nuit
Au soleil couchant
Dans le vent d’automne
Je cours et je chante
De ci de là mes ébats

La lune plaintive surgit
Vieux malade
Je suis errant errant
Mouette des sables
Entre ciel et terre

Les flots du fleuve se pressent
Il ne laisse pas de nom
Par ses seuls écrits
Ses cris sont déchirants

Lyr 21

Ma tête est blanche
Je suis encore en vie
Je danse sur ma canne
Et puis après quoi ?

Le voyageur rêve du retour
Errant entre ciel et terre
Toujours plus loin
Il n’est plus seul avec la lune

Son coeur brûle encore
Son corps est presque guéri
Dans les temps anciens
Il avait d’autres dons

La rive a des herbes menues
La barque au mât vacillant
S’ouvre la plaine
Aux étoiles suspendue