LYR 10 Le buisson d’antennes

Nous disposons d’un buisson d’antennes
A tout vat au tout venant
Chacune pousse
A la recherche du monde

Sur notre tête verdit le buisson
Chaque antenne cherche quelque chose
Si elle ne le trouve pas
Elle est réduite à disparaître

Chaque antenne est prête à l’expérience
Si ce n’est pas la sienne
Tout se passe comme si
Elle n’avait jamais existé

Le tombeau des fleurs
Est aussi celui des antennes
Chaque antenne est mortelle
Certaines ne voient jamais le jour

Lyr 9

Le jour d’hier ne se retient pas
On tire l’épée pour couper
L’eau du fleuve
Elle coule de plus belle

Parle toujours tu m’intéresses
Nous noyons nos chagrins
Dans le vin
Ils remonteront pour de bon

Rien ne répond à nos désirs
En ce bas monde
En vain tu te dévergondes
Tu sors de tes gonds

Demain les cheveux au vent
En barque nous voguerons
Les fleuves nous laisseront aller
Vers l’embouchure vers la mer

Lyr 8 Pour passer le temps …

Le monde hait la pureté
Nous détestons ta pureté
Tu devrais cacher ton éclat
Retourner à la source

Comment oublier les esprits et les génies ?
Les beaux esprits les beaux génies
Les poètes dont les chants purs et impurs
Nous hantent pour l’éternité ?

Pour passer le temps
Petit qui me reste à vivre
J’écris ces quelques vers
Inspirés par la Chine

Humains vous êtes libres et ne le savez pas
Libres donc superbes
Vos rêves sont sans limites
Vous caressez l’ensemble soleil – lune !

Lyr 7

Vaine attente
Les oiseaux se hâtent
Les humains redoutent
De reprendre la route

Tu te frottes et tu frottes ta coiffe
Tu essuies ta robe et tu t’essuies
Ne cache pas ton éclat
Retourne à la source

Le jour d’hier me quitte
Le jour d’hui me tourmente
Le vent nous escorte
Monterons-nous au firmament ?

Je ne puis retenir le jour
Les oies sauvages en savent plus que moi
Enivrons-nous
Oublions les génies !

Lyr 6

Nuage flottant
Soleil mourant
Adieu adieu
Je n’entends rien

Humeur vagabonde
Appel du vieil ami
Un instant nos mains se joignent
Les chevaux hennissent de loin

Ruban d’arbres
Ceinture de montagnes
Le crépuscule
Au loin s’attriste

L’horizon est brodé de brumes
Verte nostalgie
Le crépuscule pénètre le pavillon
La gaieté revient

Lyr 5

Devant mon lit
Le givre triomphe
Tête levée
Je baisse les yeux

La clarté lunaire
Couvre la terre
Tu vois la lune
Je songe à toi

Monts verts
Eau claire
Tu seras herbe
Errante

Remparts au nord
Muraille à l’est
Nous devons nous séparer
De l’herbe errante

Lyr 4

Le cheval blanc est altier
Nul besoin de cravache
La dame soulève le rideau de perles
Elle montre la maison rouge

Toutes les fleurs sont tombées
Les nuages forment un carrosse
La dame sourit
« C’est ici » dit elle

Rares sont les cheveux blancs
D’une telle longueur
Dans le miroir éclatant
Triomphe le givre

Lents si lents
Tristesse et chagrin
Viennent de l’automne
Leurs traces sont du givre

Lyr 3

Je quitte à l’aube
Les nuages irisés
Je descends le fleuve
Je vois les deux rives
J’arrive au delta

Mon vieil ami
Dans les fleurs d’avril
Tu es une voile solitaire
Une lointaine silhouette

L’empereur jaune
Depuis longtemps nous protège
Les singes crient sur les hautes falaises
Notre esquif franchit les montagnes

J’adore le mont cuivre
J’y resterais mille ans
Je danse à ma guise
Flottante ma manche
Frôle les pins des cimes

Lyr 2

Nous buvons
Une coupe l’autre
Ivre je m’endors
Reviens demain

Les fleurs s’ouvrent
Une autre coupe !
Tu peux partir
N’oublie pas ta cithare !

Les oiseaux s’envolent
Un dernier nuage
Se contemple
Il ne reste que toi

Les oiseaux disparaissent
Les nuages se dissipent
Dans des jeux mystérieux
Les uns et les autres
Tirent leur révérence

Lyr 1 *

Traduction :

« Marcher jusqu’au lieu où tarit la source
Et attendre assis que se lève le nuage »

Interprétations :

« Pourquoi vivre ?
Je souris sans répondre
Les fleurs tombent
L’autre monde est là »

« Dans ces vertes montagnes
L’esprit est serein
Coule l’eau, la mystérieuse voie
Qui n’est pas celle des humains » *

* Cette série Lyr est réservée à celles et ceux qui aiment Lyr ….
Cf François Cheng, « Entre source et nuage », Albin Michel éditeur,….