Ni 62 Les orangers en fleurs

Un nuage qui passe au crépuscule
Evoque le souvenir d’un disparu
Le vent persiste à souffler
Dans les orangers en fleur

J’arrête mon cheval
Je secoue mes manches
Pas une ombre de rien n’est en vue
C’est un soir de neige

Mon rêve s’est interrompu
Par cette nuit de printemps
Dans le ciel les nuages
Abandonnaient les sommets des montagnes

J’ai beau promener mon regard
Les fleurs et les feuilles rouges ont disparu
Ce n’est qu’un soir d’automne
Dans ma hutte du bord de mer

Prends donc un autre oreiller
Pour bien reposer ta tête
Mais garde-toi d’oublier le clair de lune
Qui tombait sur nos pleurs

Ni 61 Assouplir les étoffes

Le vent d’automne souffle sur les montagnes
La nuit avance dans le vieux village
Il fait froid
On entend le bruit des battoirs sur les étoffes
Pour les assouplir

Futilité ! L’attente est vaine
De vouloir écrire la nuit
Des chiffres sur l’eau courante
Combien j’ai dû dormir seul !

J’ai franchi tant de pics
L’un après l’autre
Qui sont perdus dans les nuages
La tempête ne m’est pas familière
Je dois retrousser mes manches

Ni 60 L’orphelin et le nonagénaire

Quelle pitié !
A sa vue les larmes roulent sans fin
Cet enfant cet orphelin cherche en vain sa mère

Il ne porte aucun présage d’une mort prochaine
Mais qu’il est triste de le voir jour après jour s’affaiblir
Le grand-père nonagénaire

Dans un tumulte de déchirures de cassures d’éclaboussures
Les vagues mugissantes déferlent sur la grève

En dépit de vos promesses
Beaucoup de temps passera avant votre retour
De ce lointain voyage
Je vous attends déjà
Au pied de la montagne couronnée de nuages

La clarté de la lune se reflète sur le lac
On devine l’automne aux franges des vagues

A la fin d’une nuit d’automne
Les pêcheurs regrettent le clair de lune
Dans leurs barques parties vers le large
A l’heure où le jour se lève

Les érables rouges s’effeuillent d’un côté
Le daim esseulé mouillé par l’averse du soir
Va certainement bramer

Ni 59 Les pêcheurs

Je regarde L’hiver est là
Les canards sauvages se reposent sur la rive de la baie
Finement glacée

Le vent d’automne souffle des sommets
Sur la rizière proche de ma porte
il transmet la voix du jeune daim
Sur les pousses de riz

La lune ne filtre pas encore dans les pins
Traversés par le vent d’automne

La tempête dévaste le gîte du cerf dans la prairie
Il brame et s’enfonce dans la forêt

Avec quelles herbes me ferai-je un oreiller ?
En attendant je me promène aussi loin que possible
Dans la lande au crépuscule

Regrettant l’année qui passe et l’hiver
Les pêcheurs ajoutent à l’eau qui trempe leurs vêtements
Les larmes qui mouillent leurs manches

Elle m’avait rassuré elle m’avait juré de ne jamais m’oublier
Pourtant depuis cette nuit-là seule la lune est revenue en suivant son cours

Haute dans la plaine céleste la fumée montagnarde flotte
Telle un brouillard de printemps dans le ciel de l’aurore

Les pleurs que je verse à l’aube sur ma manche
Accompagnent les sons de cloche qui tombent du ciel

Le brame du cerf m’a réveillé
Je soupire sur mon rêve inachevé
Pensée d’automne

Ni 58 Clarté glacée

Les feuilles flétries par l’hiver
Sont mortes dans les bois
La clarté tombant de la lune
Sur le givre qui les recouvre
Est glacée

Mes soucis m’ont tourmenté toute la nuit
Les fentes de ma porte ne laissent pas filtrer le jour
Elles-mêmes sont sans pitié pour moi

Aujourd’hui notre séparation n’aura qu’un temps
Me dis-je
Et pourtant si était venue l’heure du grand voyage ?

Mes pensées sont très tristes
A la vérité je prolonge mon existence
Mais je ne supporte plus les misères qu’elle m’inflige
Mes larmes coulent à flot

A côté du chemin coule une eau rafraîchissante
Je désire me reposer juste un moment
A l’ombre des saules

L’automne est une saison d’incertitudes
N’est-il pas vrai qu’au moindre motif
Involontairement
Le coeur se fond dans la tristesse ?

Au travers des cimes les nuages
Sont emportés par le vent
A l’aube les oies sauvages crient
Elles fuient au dessus des montagnes

Ni 57 Revenir

Les cris des pluviers
Qui volent vers l’île voisine
Vous réveillent combien de fois par nuit
Gardes de la barrière ?

Je n’ai pas prié les dieux
Pour que cette femme sans coeur
Soit aussi farouche que le vent de la montagne

Je t’en prie n’oublie pas de revenir
Même si sur le chemin du retour
Tes traces ont disparu
Et si les jours écoulés se sont accumulés
Comme neige qui tombe

Cerisier de la montagne
Prenons-nous l’un l’autre en pitié
Car je ne connais personne
En dehors de tes fleurs

Quand l’hiver paraît bien établi dans notre baie
Les feuilles vertes des arbres ne se mêlent plus
Aux roseaux en bosquets

Je dormais avant le jour
J’ai été réveillé en sursaut
La clôture de bambous se brisait
Sous le poids de la neige

Est-ce bien la pluie que j’entends ?
Ce sont les feuilles qui tombent
Comme s’il pleuvait
Quant à mes manches
Elles sont mouillées de larmes

Ni 56 Les larmes de l’automne

Je me souviens du passé
Les larmes m’obscurcissent la vue
Je ne vois plus distinctement
La lune claire de l’automne

Tout était si blanc
Dans la nuit éblouissante
Sous la clarté de la lune
J’ai dû marcher dans la neige
Pour cueillir ces quelques fleurs de prunier

Sur la montagne le vent violent
Est si froid que chacun revêt
Un brocart de feuilles rouges

Au point du jour sur la rivière
Le brouillard se déchire peu à peu
Et découvre sur les bas-fonds
Les pieux des claies de pêche

Que pourrait-on faire contre la tristesse ?
Sur les collines les chênes
Laissent pendre leurs feuilles
Et il va encore neiger

Le soir est tombé
Dans la rizière voisine
Les feuilles de riz bruissent allègrement
Sur ma hutte de roseaux
Le vent d’automne souffle

Ni 55 Les vagues

Comme se brisent les vagues
Sous le vent contre les rochers
Moi aussi je me heurte
A l’indifférence d’une belle
Je suis une âme en peine

La grêle tombe dans la nuit
Sur les feuilles de bambou
Tout crépite
Je n’ai point du tout le sentiment
Que je pourrai dormir seule

Quand j’aurai disparu
Dans un autre monde
Je souhaiterai un heureux souvenir
Je voudrais une dernière fois
Te voir aujourd’hui

Depuis ce soir nous partons en fumée
L’ami que nous aimions
Donne jusqu’à son nom
Au rivage de chez nous

Le ciel est sombre
Les vagues sous l’orage se lèvent
Les esprits sont inquiets
Dans la barque qui vogue

Je n’ai pris aucun repos
J’aurais mieux fait de dormir
La nuit de l’attente vaine
A passé jusqu’à ce que la lune
Déclinât sur l’horizon

Vous être séparée d’une enfant très chère
Vos larmes de regret sont tombées sur vos manches
Elles ne sèchent pas
Elles s’accompagnent peut-être
De la rosée des soirs d’automne

Le printemps est là
Je reçois des visiteurs
Dans mon village montagnard
Les fleurs sont nombreuses
Autour de ma maison

La chanson de la cascade
S’est tue depuis longtemps
Sa célébrité s’est perpétuée
On en parle toujours

Ni 54 Une vie un songe

Je me console d’être oubliée
Mais combien la vie m’est chère
De celui qui m’a fait des serments

Je sais feindre
Mais pas la couleur de mon visage
Qui trahit mon amour
On me demande parfois
Si je ne suis pas songeur

Je compte passer la nuit
A regarder la lune d’automne
Puisse le ciel nous épargner les nuages !

La nuit où je dors seule jusqu’à l’aube
Le temps parait long je me lamente
Le sais-tu seulement ?

Le vent disperse les feuilles rouges
A la dixième lune
Il n’y a pas de raison
Tout me paraît triste

Ni 53 Figures humaines

Non mon coeur épris de toi
N’est pas une oie sauvage
Mais comme elle qui crie
Traversant les nuages
Je pleure perdu dans le vague

Qui a donné son nom à l’amour ?
Son vrai nom est : mourir

Si cette nuit devait durer sans vous voir
Aussi longtemps qu’un jour de printemps
Je songerais que vous êtes une cruelle

Dans un village de montagne
L’hiver solitaire semble plus triste
Quand on pense que sont évanouies et fanées
Aussi bien les figures humaines
Que les simples plantes

Le vent construit un barrage sur le torrent
Avec les feuilles rouges qui ne s’écoulent pas

Tout m’est égal
Maintenant que je suis désespéré
Mais même si je dois périr sur les rochers
Tant redoutés
Je veux la revoir