Ni 52 Herbes flottantes

Les herbes flottantes
Dépourvues de racines
Ne s’arrêtent pas dans les remous de la cascade
Mon coeur flottant
Ne trouve pas où se fixer

Depuis ce jour où elle me montra un visage
Froid comme la lune à l’aube
Rien ne me parait plus triste
Que le petit matin

Le vent d’automne vibre comme une harpe
Son seul écho avive sans raison
Ma passion pour l’aimée

Ne cesse pas de chanter gentil rossignol
Dans le courant de l’année
Un second printemps est-il possible ?

Mon regret est extrême
Je ne peux me diviser en deux
Mon coeur invisible vous suivra
En tous lieux

Ni 51 Le triste coucou

Dans cette longue nuit d’été
Où le tonnerre gronde
L’oiseau qu’on nomme coucou
A-t-il un tel sujet de tristesse
Qu’il se plaigne la nuit longue ?

Au coeur de l’hiver on ne s’attend pas
Qu’ au milieu des arbres on voie des fleurs
Tant tombe la neige

Je regrette que les fleurs
Soient trempées par la pluie
Mais moins vivement
Que d’être loin de vous

Les fleurs de prunier ne sont toujours pas tombées
Au fond de l’eau qui se dépêche
On voit leur douce image qui se reflète

Je vais et je viens
Je cueille une fleur dans la lande
Pour la piquer dans mes cheveux
Le cerf a l’habitude de visiter

Ni 50 L’eau glacée

L’eau que j’ai puisée
Mouillant mes manches
S’est glacée
Le printemps débute aujourd’hui
Le vent la fera fondre sans doute

Je ne détache pas mes yeux
Ni le matin ni le soir
Des fleurs de prunier
Quand donc se fanent-elles ?

Fleurs de cerisier
Vous ne connaissez le printemps
Pour la première fois
Depuis bien peu de temps
J’espère que vous n’apprendrez jamais
Que bientôt vous tomberez

Je l’ai à peine entrevue
Parmi les nuages de fleurs
Des cerisiers de montagne
J’en suis amoureux

De même que dans la plaine automnale
Les mille couleurs se mêlent
Des fleurs écloses
Dans mon coeur se mêlent
Mille soucis d’amour

Nul de nous n’est sûr du lendemain
Mais c’est aujourd’hui que cet humain
Nous donne tant de chagrin

Ni 49 La soif d’amour

Le vent d’automne me transperce jusqu’aux os
Mais ce n’est pas grâce à lui
Que le coeur de la femme que j’aime
S’envole loin de moi

Soir après soir je quitte mon habit trempé de larmes
Il n’est pas un moment où je ne pense à toi

Ma soif d’amour au fil des ans ne s’étanche pas
Les manches de mon vêtement de nuit ne dégèlent pas

Qu’est la vie ?
Elle est aussi éphémère que la rosée
Mais je la donnerais volontiers pour te rencontrer

Quand le vent souffle l
Les feuilles rouges tombent
Sur une eau si limpide
Que le fond reflète les feuilles r
Restées sur l’arbre

Je tentais de le cueillir à tâtons
Mais la gelée blanche qui le couvrait m’a caché
Le chrysanthème blanc

Depuis que j’ai entendu les cris des oies sauvages
Je n’ai pu chasser l’inquiétude qui ronge mon coeur

Ni 48

Dans ce village de montagne
Personne ne vient vous voir
Fleurs de cerisier
Fleurissez donc plus tard
Quand les autres fleurs seront fanées

Même en rêve
Je ne veux pas être vue par lui
Chaque matin dans le miroir
Je regarde mon visage flétri
J’ai honte

J’ai beau le rencontrer
Mes tourments m’inondent de larmes
Le visage de la lune est brouillé de pleurs

La barque du rameur s’éloigne vers le large
C’est ainsi que pour aller voir ailleurs
Il m’a quittée

L’année n’est pas terminée
Le printemps est arrivé
Mon esprit est troublé
Faut-il dire : « L’an passé »
Ou bien : « L’an nouveau » ?

Le brouillard monte au printemps
Sur la montagne lointaine
Le vent qui en souffle
A un parfum de fleur

Ni 47 Le temps interminable

Je promène mes regards sur les saules les cerisiers
Leurs nuances s’entremêlent
Soudain la ville au loin m’apparaît
Telle un brocart printanier

Qui connait l’adresse de ce vent
Auquel l’on doit la chute des fleurs ?
J’aimerais le tancer cet impudent !

Celui qui vient ce soir
Je ne veux pas le voir
Si je dois attendre un temps interminable
Je préfère une autre rencontre

Le courant accumule dans le port
Des feuilles rouges
Les vagues qui s’élèvent
Sont d’un vif écarlate

Elle m’a dit : « Je viens tout de suite »
Pendant cette longue nuit jusqu’à l’aube
Je l’ai attendue en vain

Quoi pourrait servir de graine à l’oubli ?
C’est le coeur d’une personne cruelle

Je suis dégoûté de ce monde
Où apaiser ma douleur ?
En plaine ou en montagne
Je ne connais pas le repos

Quand la nuit nous avons vu l’aimée
Dans un rêve même fugitif
Le lendemain sur notre couche
Nous lever parait bien triste !

Ni 46 La rosée blanche

La neige tombe encore
Pourtant le printemps est arrivé
Les larmes gelées du rossignol
Vont-elles fondre ?

Le printemps est là
Mais nulle fleur n’embaume
Le village de montagne
C’est un chant mélancolique
Que fait entendre le rossignol

L’automne nouveau venu
N’avait pas heurté nos yeux
Mais quand le vent mugit
On doit se rendre à l’évidence

La rosée blanche
A une seule couleur
Comment fait-elle pour teindre de mille nuances
Les feuilles de l’automne ?

Mon amour va à une plante
Cachée au fond de la montagne
Elle a beau être vigoureuse
Ils l’ignorent tous

Parti en voyage
Je n’ai pas pris d’étoffe de murier
Au mont des offrandes
Que le dieu agrée à son bon plaisir
Un brocart de feuilles rouges

N’était-le chant du rossignol dans la vallée
Qui saurait que le printemps est arrivé ?

Plus vite que ne se dispersent
Les feuilles d’érable sous le vent
Passe éphémère la vie humaine

Ni 45 Le clair de lune

La lune qui traverse le ciel
Est si pure que même voilée par les nuages
Sa lumière n’est pas affaiblie

La couleur des fleurs brouillardeuses
Nous est cachée
Vole leur parfum
Au vent printanier de la montagne

Le chemin de ma maison
A disparu sous les herbes folles
Du temps où j’attendais en vain
Une femme cruelle

Les péchés du monde n’atteignent pas
Le coeur du lotus et de ses feuilles
Mais pourquoi fait-il prendre
Les gouttes de rosée pour des perles ?

Un malheureux s’était réfugié
A l’ombre d’u arbre
Mais les feuilles rouges au vent
Se sont dispersées

Ni 44 Une barque sans gouvernail

La couleur se fane avant la fleur
Le regard perdu je pense
A la fuite de mes jours
Dans la nuit qui pleure sans fin

Je me suis endormie en pensant à lui
C’est pour cette raison qu’il m’apparut
Si j’avais su que c’était un rêve
Je ne me serais pas réveillée

Les nuits d’automne sont longues
Telle du moins est leur réputation
Mais quand on les passe avec la bonne personne
Avant qu’on y pense l’aurore est là

Je suis une herbe flottante
Triste et solitaire
A la racine coupée
Si un courant m’entraîne
Je le suivrai

Au large de la côte
Peuplée de pêcheurs
Une barque sans gouvernail
Dérive seule
De même la vie m’emmène
Tristesse !

La pluie de printemps
Tombe d’abondance
Sur les marais
Dans un silence complet
Ainsi mon chéri ignore
Les larmes dont j’inonde
Ma manche droite

Il n’est aucun moyen cette nuit
De voir mon ami
Anxieuse je me lève
Dans ma poitrine brûle un feu
Le feu du coeur

A cause de mon amour
J’ai entrepris de monter
Sur cette barque instable
Pas un jour ne s’est passé
Sans que je ne m’inonde de larmes

Ni 43 Rêve ou réalité

Sous la pluie je me hâte
De couper les glycines
Car je ne connais jamais
La durée du printemps

Êtes-vous venu à moi ?
Suis-je arrivée à vous ?
Je ne me souviens plus
Etait-ce un rêve
Ou la réalité ?
Etais-je endormie ou réveillée ?

Nous avez erré dans les ténèbres
Qui obscurcissent nos coeurs
Que dis-je nos coeurs ? Nos âmes
Cette nuit qui s’en vient si obscure
Décidera du rêve ou de la réalité

Il y avait un chemin
Un seul chemin à suivre
On me l’avait dit
Mais je ne savais pas
Si c’était pour aujourd’hui
Ou demain

Pourquoi la lune se cache-t-elle
Avant que nous ne soyons las
De sa clarté ?
J’aimerais assez que le sommet des montagnes
Se dérobe à la vue
Pour ne plus la cacher