SG 22 L’ignorance

Imbéciles sont par nature les humains
Qui ne connaissent que l’ignorance
Ils prennent les luminaires du ciel pour des dieux
Ils ignorent ce qui est au principe de la beauté qui les crée
Ils se sont égarés
Ils font confiance à leurs yeux
Car les choses visibles sont belles
Ils ont appelé dieux des objets façonnés à la main
J’en connais un qui est encastré dans un mur
Rouge consolidé avec du fer

Sg 21 Une multitude de sages

Ton esprit incorruptible est en tout
Tu châtiais peu à peu Tu donnais le temps du repentir
Tu montres ta force à ceux qui ne croient pas
A la perfection de ta puissance
Tu les tourmentes par leurs abominations
Ils se sont égarés sur les chemins de l’erreur
Ils se sont indignés de leurs souffrances
Contre ceux qu’ils ont pris pour des dieux
Et par le truchement desquels ils étaient châtiés
Répétons : Une multitude de sages est le salut du monde

Sg 20 Force clémente

Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids
Tu pouvais livrer les méchants
Qui renient tes oeuvres pies
Qui te fera reproche de détruire tes propres actions ?
Tu es maître de la force Tu juges avec clémence
Toi l’humain qu’on voudrait idéal
Tu pleures tu n’obtiens rien
Tu hurles tu n’obtiens rien de plus
Tu juges que condamner celui qui ne le mérite pas
N’est pas digne de ta puissance

Sg 19 Un monument de la folie

Les humains ont laissé sur leur terre
Un monument de leur folie
Les océans avaient englouti leurs ennemis
Ils ont traversé le désert
La source intarissable d’un fleuve
Fut troublée d’un sang impur
La sagesse est plus mobile que tout mouvement
Les humains adoptèrent des reptiles
Et d’autres animaux sans raison
Ils errent toujours Ils sont faits pour ça

SG 18 Loin de la déchéance

Libéré de sa déchéance le mortel
Sera maître de tout
C’est du moins ce qu’il croit volontiers
La perversité des témoins
Nous fait oublier le sol aride
Couvert de fumée
Des fruits qui ne mûrissent guère
La sagesse descend avec nous dans le puits
Pour y accoucher de la vérité
Qui connait à l’avance les signes

SG 17 Priorités

Les pensées de nous autres mortels
Sont basses et imbéciles
On peut penser que le corps corruptible
Alourdit l’âme et appesantit l’esprit
Plus riche de ses soucis
Tout ça reste à prouver
Et à trouver d’abord
Pour autant qu’il y ait un avant et un après
Dans nos spéculations
Nous mettons la conclusion avant l’introduction

SG 16 Justesse

Qui gouvernera le monde avec droiture et justesse ?
Avec justice aussi si possible
Je jugerai les peuples avec ces qualités
J’essaierai
Ainsi seront redressés les chemins du jour
C’est l’intelligence qui opère
Qui plus qu’elle serait l’artisan de ce qui est ?
Je suis un petit homme imbécile et éphémère
J’étais un enfant d’un bon naturel
Il m’en est resté quelque-chose d’essentiel

Ni 25 Les prétendants

Ses cheveux furent noués en un flot lâche
La belle enfant était devenue une jolie jeune fille
La malheureuse resta enfermée
Dans la maison familiale
Sa réputation avait franchi les frontières
Devant la porte d’honneur les prétendants
Se lançaient des défis exaltés
Ils juraient même de sauter dans l’eau
Voire dans le feu
La jeune fille toute émue parla ainsi à ses parents :
« Je suis insignifiante comme un méchant bracelet de pierres
Et voilà que des hommes adultes sont prêts
A se battre pour moi
Mieux vaut selon moi le pays de la mort »
La nuit venue elle se noya
Dans un étang de la lande
Un prétendant la vit en rêve
Et la rejoignit dans sa tombe aquatique
Un second le poursuivit
Et tomba dans l’étang
Les trois furent réunis par les familles
Dans un même monument funéraire
Donnant aux âmes sensibles
L’occasion de sangloter

Ni 24 Le coffret

Je regardais les barques de pêche
Qui se balancent sur les flots
J’ai pensé à une histoire de jadis
Un jeune pêcheur était fier de sa pêche
Des dorades surtout
Il ne rentra pas à la maison
Soudain nagea vers lui
La fille du dieu de la mer
Ils bavardèrent ils s’éprirent l’un de l’autre
Ils entrèrent ensemble dans le palais du dieu
Au bout de quelque temps l’insensé
Demanda à son épouse nouvelle
La permission de revoir ses parents
Elle la lui accorda et lui confia un petit coffret
De toilette en bois précieux
A condition de ne jamais l’ouvrir
En gage de fidélité
Revenu chez lui il ne retrouva
Ni sa maison ni son village
Perplexe il se posa une question bête :
« Et si, pour voir, j’ouvrais ce damné coffret ? »
De fait il l’entrouvrit D’abord rien ne se passa
Le jeune pêcheur pleurait d’échec trépignait
Il se roulait par terre
Son esprit s’affaiblit
Sa jeune peau se rida
Ses cheveux blanchirent
Le souffle lui manqua
Il mourut seul
Le coffret avait disparu

Ni 23 Les poèmes fleurs

Dans chaque branche de cerisier en fleurs
Des dizaines des poèmes sont cachés
Aime-les respecte-les !

Les branches sont brisées
Cueille les dernières fleurs les derniers poèmes

Je songe solitaire à ma mélancolie
L’oiseau passe en riant
Lui aussi a un coeur

La belle aux seins larges
Largement écartés
Se penche pour les montrer
Elle a un grand succès
On la dit prête au jeu folâtre
Fleur éclatante poème vivant

Dans la couvée d’un rossignol
Un coucou tout seul était né
Son chant ne ressemblait en rien
A celui de ses parents présumés
Le coucou a choisi les orangers
Dont il fait tomber les fleurs
J’aime bien l’entendre
J’aimerais l’apprivoiser