Ni 22 La nuit et le vent

La nuit est d’un noir d’encre
La lune la traverse seule

J’ai vu la fleur sur le rivage de l’île
Le vent enrage La vague menace la fleur
Avant de l’avoir cueillie je n’aurai pas de cesse

Le bruit des rames s’est affaibli
Les pêcheuses de goémon ont quitté leurs barques

Je me trouve en voyage loin de notre maison
Le vent d’automne nous refroidit
Ce soir les grues passent en criant

Dans le calme du soir les grues chassent
La marée monte Les vagues du large sont hautes

Au fond des flots proches de la côte
Reposent une huitre et sa perle blanche
La mer peut devenir furieuse
Je veux la perle et je l’aurai

N’est-il pas comblé le jeune homme
Aux cheveux noirs
Qui avant de blanchir entend la voix douce
De sa jeune épouse ?

Ni 21 Les palais

La brume ondule sur les sommets
Les rossignols chantent
Les oies sauvages crient
Penser au passé est étrange
Laissons filer nos mauvais désirs avec l’eau courante
Nous les gens du palais bâti pour l’éternité
Nous ne nous hasardons plus sur la route

Le nouveau palais de notre nouveau souverain
Se situe sur le bord de mer
L’océan aux baleines et aux perles
On entend le mugissement des vagues
Le flot monte sur le sable et les roseaux
Nous le regardons des terrasses

Ni 20 Les capitales

Les plantes du printemps
Se fanent rapidement
Seule toi tu es de l’ordre
Des rocs éternels

Les arbres aussi ont des frères et des soeurs
Mais eux ne demandent rien

La capitale depuis des millénaires
Etait au même endroit
Sa splendeur éclatait au printemps
Comme les fleurs des cerisiers
Les oiseaux ne cessaient leur ramage
Qu’à l’issue de l’automne
Avec la gelée blanche
Et le brame des cerfs
Cette capitale avait un grand palais
Tout s’est flétri
Comme des oiseaux en bande
Tout le monde est parti

Ni 19 Le fiston

Même si je possédais de l’or, de l’argent,
des diamants, des perles brutes,
Qu’en ferais-je ?
Notre petit fiston folâtrait
Il voulait toujours dormir avec nous
Entre nous
Il a attrapé une mauvaise fièvre
Nous l’avons gardé avec nous
Entre nous
Le garçonnet s’est émacié
Il ne pleurait même pas
Les mots se sont arrêtés sur ses lèvres
J’ai laissé s’envoler mon gamin

Si jeune, il ne connaît pas le chemin
Messager prends-le sur ton dos
Seule l’expérience nous apprend la route

Véga et Altaïr se font face
De chaque côté de la rivière laiteuse
La fileuse et le bouvier se lamentent
Ils sont séparés depuis une éternité
Elle n’a pas de barque pour voguer vers lui
Il n’a pas de barque pour voguer vers elle
Ils voudraient s’enlacer et dormir

Ni 18 Les deux pauvres

Premier pauvre :
Il fait un froid contre lequel je ne peux rien
Je mâchouille un morceau de pain dur
Je caresse ma barbe rare
Je renifle
Je tire sur ma couverture de chanvre
Nous les pauvres on se gèle
A quoi bon vivre ?

Second pauvre :
On me dit que le ciel et la terre sont vastes
Mais pour moi ils sont étroits
Par fortune je me retrouve humain
Ma veste pend en lambeaux comme du varech
Heureusement j’ai l’habitude des haillons
Le sol de la cabane est jonché de paille
L’âtre est désert
Dans la marmite une araignée a tissé sa toile
Y-a-t-il un remède à ma vie ?

Ni 17 Ma mère mon père

Pour monter à la capitale
j’ai quitté ma mère j’ai quitté mon père
Je marche à pied je suis content
Je vois de loin les montagnes
On m’applaudit à mon passage
Quand donc la capitale me verra-t-elle ?
Je bavarde avec des amis
Mais voilà que je tombe malade
Je m’allonge sur le lit d’herbes et de broussailles
Que j’ai fait moi-même
Je suis étendu en proie à d’obscures pensées
Je regrette ma mère je regrette mon père
Ils auraient pris soin de moi
Comme un chien je suis couché sur le chemin

Ni 16 Le mieux-être

Naissance mort / Jeunesse vieillesse
Santé maladie / Séparation union
Echec du désir Sujétion au concret
Toutes ces circonstances ne m’empêchent pas de penser
Elles sont bonnes ou mauvaises
Toujours dignes d’exister
Je me suis éloigné je suis loin maintenant
Cherchant un mieux-être
Et non pas une meilleure existence
C’est une question de bon sens

SG 15 Intelligence de la sagesse

Je partage mon intimité avec l’intelligence
L’immortalité est en délicatesse
Avec la sagesse
Je n’éprouve pas d’amertume
Je suis plutôt dans le plaisir éphémère
Et la joie profonde
A quoi l’orgueil m’aurait-il servi ?
Tout ça a passé comme une ombre
Comme une barque sur l’eau houleuse
Il n’ y’a pas de sentier ouvert pour les vaisseaux

SG 14 La parole écrite

J’ai tout fait par la parole
Surtout celle que j’ai mise par écrit
La vertu garde un souvenir d’immortalité
Je suis ton serviteur et le fils de ta servante
Formules polies qui cachent ma tendresse
Je suis certes petit pour comprendre tout ça
Je la prends pour compagne de vie
Mon épouse et ma sagesse
Les copains me mettent la main sur la bouche
Ils m’exaspèrent Ils veulent que je me taise

SG 13 Une bonne âme

J’ai reçu en partage une bonne âme
Mais je ne crois pas que l’âme existe
C’est juste un moyen de nommer
Un problème un mystère
Quelle est l’unité de notre être ?
Rien ne vaut une grande expérience
La fascination du vil obscurcit le beau qui est bon
Le désir vagabond mine l’esprit sans malice
Aimez la justice juges de la terre
La sagesse est un esprit ami de l’humain