APC 38

Les braves étaient rangés
Pour le banquet d’adieu
Lyre mélancolique mélodies aux sons aigus
La bise était lugubre
Mes rares mérites furent inutiles

Vous l’avez deviné Je n’ai pas de penchant
Pour le train du monde
L’oiseau captif songe à son ancienne forêt
Rustre je demeure
Ma chaumière est petite
Orme et saule ombrent le toit
Pêchers et pruniers poussent devant la salle
Au loin les lentes fumées des hameaux
Des chiens jappent un coq chante
Les tumultes grossiers restent à ma porte
J’ai vécu longtemps comme en cage
Je suis enfin rendu à moi-même

A la campagne je n’ai pas grand commerce
Mon portillon de ronces est bien clos
Entre gens du village parfois nous parlons
Du chanvre et des mûriers
J’ai peur parfois que tout soit ruiné
Du fait du givre ou du grésil
Triste retour à la broussaille

APC 37 Poèmes des Tsin

Poèmes des Tsin ( III° siècle après J.C. – V° siècle )

Le clair soleil resplendit
Les toits des palais violets s’envolent
Derrière les portes hautes comme des montagnes
La cour
En habit de pauvre je quitte le palais
Je me laverai les pieds dans les fleuves immenses

Ivre tout en moi s’exalte
Il n’y a personne près de moi
Je n’ai pas la fermeté des héros
Aucun tyran n’est digne de l’existence
Tous les humains sont poussière
Les pauvres gens se méprisent eux-mêmes
C’est eux que j’estime

Je cours des risques parce que je le veux bien
L’humain d’une certaine indépendance
A beaucoup à supporter
J’ai froid je me niche dans la forêt des oiseaux sauvages

Je tiens des discours sagaces au fond des vallées sombres
L’année s’efface dans la nuit
Avec un idéal élevé ne pas être bruyant !
Vivre n’est pas chose facile
Pourquoi m’épanché-je auprès de vous ?
Je voudrais tenir au coeur une vertu éprouvée
J’ai honte devant les humains

APC 36 Fin des Han

Une oie sauvage et tendre crie dans le champ voisin
Entre les beaux troncs se dessine un sentier
On dirait venu le temps maudit des déclins et des chutes
Le bonheur se flétrit comme une fleur
Je cherche un gîte
J’ai du mal à me défendre moi-même
L’année se termine Tout est dit

Personne sur le chemin
Ni char ni cavalier
Ni passant pauvre bougre
C’est la fuite infinie des âpres solitudes
Un oiseau égaré un fauve solitaire
Je songe à ceux que j’aime
C’est au soleil que je ravis ces quelques vers

APC 35

Les esprits en moi s’agitent
C’est épouvantable
A l’extérieur je fais bonne figure
Ne pensons plus au passé
Un humain sage et dévoué embrasse l’univers
Moi j’aurais voulu l’embraser
Mon amour fraternel ne diminue pas
Nos destinées se rejoindront un jour
Les regrets ne sont pas maladie
Je te cause sans amertume

La grand’ville a sombré dans le chaos
Tigres et loups, les ravageurs sont là
Et bien là
Nous passons sous le joug des barbares
Les yeux de mes parents se sont remplis de larmes
Dans la plaine je découvre des ossements blanchis
Un femme misérable abandonne un nouveau-né
Je ne sais pas où me prendra la camarde
Je ne peux m’empêcher de penser à nos morts

Les grands travaux d’Etat suivent les plans
Chantez tous en choeur
La Grande muraille s’agrandit encore
Les os enchevêtrés des ouvriers
Se tiennent debout comme les murs
Ma chère, n’élevez-pas vos fils
Nourrissez bien vos filles

APC 34

Les vents tristounets assiègent notre tour
Les fleuves les lacs sont si lointains
Je suis esseulée je suis esseulée
Une oie sauvage me crie dessus j’en suis sûre
Son long cri est désolé
Son aile fuit me déchirant une fois de plus le coeur

Ma belle est plus belle que toutes les belles
D’ici et d’ailleurs
Elle est plus belle que les fleurs de fruitiers
Quand vient le temps de dormir
Elle erre un peu gentiment
Tout en elle est gentil et sent bon
Le temps prise mal les belles jeunes femmes
Pour qui souriais-tu de toutes tes dents ?
Tu n’es plus au printemps de ton existence jolie

La table est servie Le festin est au point
La musique des cithares l’accompagne
On échange des voeux pour mille ans
Manquer à l’amitié c’est faillir gravement
Le noir tourbillon emporte les jours
Le temps fuit sans retour
Jamais les saisons de bonheur ne se répètent
Soudain l’on part et c’est considéré comme normal
Je n’aurais pas voulu passer ma vie
Dans un palais de pourpre
Nous mourons tous sans exception

APC 33

Pénible ascension !

Dans les arbres qu’est-ce qui siffle ?

On parle ours, tigre, panthère

On rêve la gorge est inhabitée

On s’égare On a faim

Mes souvenirs sont tristes

*

Le vent siffle c’est fatigant à la fin
Je prends mon luth je pince les cordes
Ma voix est basse
Je n’arrive pas à me corriger
Nous sommes séparés par le fleuve de lait

*

Il est aisé de se quitter malaisé de se trouver
Et surtout de se retrouver
Je ne puis parler et surtout vous parler
Les nuages s’en vont sans message
Les larmes sillonnent mes joues
La joie m’a quittée A jamais ?
Un oiseau chante l’aube
Sa voix est pitoyable

APC 32

Les arbres fruitiers confrontent leurs merveilles
Leurs fleurs d’abord
Quelle est cette fille à la corbeille ?
De sa fine main ele brise de petites branches
Qui la couvrent de fleurs
Pourquoi ce ravage ?
Allez-vous choir à l’automne de votre vie ?
Choir et déchoir
Jamais la jeunesse envolée ne renait des amours oubliées

Comme rosée du matin que de jours ont fui !
Il est urgent de rester fier dans sa tristesse
Les soucis secrets s’oublient mal
Entendez-vous bramer les cerfs ?
Pincez luths sonnez cornemuses !
La lune est éclatante et imprenable
Evoquons notre amitié bien ancienne
La lune disperse vaillamment les astres
Pie et corbeau ne se pourchassent pas
La montagne ne se croit pas trop élevée
La mer se voudrait plus profonde

Je contemple la mer immense
Elle moutonne allègrement
Un promontoire isolé fait l’orgueilleux
Les arbres poussent dru sur ce rocher
Lune et solei surgissent des flots
Le fleuve d’étoiles surplombe au dessus de nous
Mes vers sont un peu vains

APC 31

La clarté de la lune est blanche
Elle m’illumine dans mon lit
Je suis triste à n’en pouvoir dormir
Je descends de l’étage sandales aux pieds
Je reste là indécise hésitante à l’entrée du jardin
Un oiseau s’envole Il est en deuil
Son chant lugubre blesse mes entrailles
Toute émue je songe à mon aimé
Immobile je pousse un lourd soupir
Prise d’une colère subite je maudis le ciel

Qu’amer est le sort de l’orphelin !
Je n’ose me plaindre de rien
A mon frère à ma belle-soeur
Ni de la vermine dans mes cheveux
Ni de la poussière au fond de mes yeux
Aux pieds point de chaussures
Sous le givre les chardons me piquent
Le chagrin des épines s’enfonce
Pas de manteau en hiver !
Mes échecs ne sont pas rares
J’en rends compte aux deux monstres
J’écris une lettre pour mes parents qui sont sous terre

Je suis parti en jurant de ne pas revenir
Et tout de suite je suis revenu
Ma peine s’accroit encore
Mon seul désir est de partager votre brouet
Mes cheveux sont blancs désormais et à jamais
Je dois penser aux enfants
Malheureusement je ne peux m’attarder

APC 30

Elle est jolie et s’y connait en vers et en mûriers
Quand il la voit, un passant s’arrête
Un garçon ôte son chapeau
Elle n’a pas vingt ans
Son époux est l’un des cavaliers qui sont partis vers l’est
Un poulain bai suit sa jument blanche
Le teint blanc le poil dur
« Nul ne l’égale » pense la belle

Les herbes de la rive sont bien vertes
La route de mes songes est bien longue
« Je le vois à mes côtés » Il est très loin de fait
Le mûrier est sec la mer est froide
Quiconque entre chez moi ne pense qu’à lui-même
Je reçois une lettre avec deux carpes
Je me prosterne pour la lire
Elle me souhaite de bien manger
Elle m’assure d’un fidèle souvenir ….

Verte est l’herbe du jardin
La rosée attend le jour
Le printemps est glorieux
Les fleuves courent vers la mer
Reviendront – ils vers l’ouest ?
Jeune et fort fais ton possible
Vieux tout te sera de moins en moins facile

APC 29

Un chant triste s’harmonise à mes larmes
Un regard lointain à ma nostalgie
Dans la forêt de mes pensées
A travers mes songes amoncelés
je voudrais revenir à mon village ancien
Mais qui m’attend ?
Pour passer le fleuve il n’est point de barque
Ne parlons pas de pont
Mon coeur est si lourd que je ne puis parler
Dans mes entrailles tournent des roues de char

A qui transmettre mes voeux ?
Malheur ! Vous brisez, vous brûlez mes cadeaux
Vous jetez les cendres dans le vent
Un coq chante un chien aboie
Pour vous c’est fini Vous savez tout

Mes cheveux sont blancs comme neige
Votre coeur est partagé il nous faut rompre
Nous nous fixons un rendez-vous pour boire
Nous marchons d’un pas lourd
Suis-je triste à jamais ?
Pourquoi les bambous s’agitent-ils ainsi ?