APC 28

Dans la forêt a fleuri l’orchidée
Avec un grand plaisir je cueille les fleurs
Les parfums délicats vite s’évanouiront
Les fleurs jolies se faneront
Je crains d’avoir à confier au vent
Le dernier espoir des fleurs que j’ai cueillies

La rosée vite au soleil disparait
Elle reviendra demain matin
L’humain meurt Reviendra-t-il ?

Qui sont les habitants des cimetières ?
L’assemblée tant des sages que des fous ?
Y-a-il un roi des morts ?
Les défunts ont-ils une âme ?

APC 27

Un jeune soldat au cabaret lutinait la patronne
Une jeune barbare joyeusement attifée
Par sorcellerie pure elle lui tendit
Une mousse de carpe sur un plat d’or
Pour mon corps vil dois-je craindre davantage ?
il est de vieux amis il en est des récents
Les jeunes gens en restèrent là

Partie sur la hauteur pour cueillir des simples
Elle croise à la descente son ancien époux
« Et la nouvelle, comment la trouves-tu ? »
 » On peut dire qu’elle est bien
Mais elle n’a pas pour moi le charme de l’ancienne
Leurs visages sont d’une beauté égale
Leur adresse ne peut se comparer  »

A quinze ans j’ai suivi l’armée
A quatre-vingts je m’en reviens
Je retrouve ma maison Elle est vide je le crains
Elle est pleine de lapins et de faisans
Du blé sauvage a poussé dans la cour
L’herbe sauvage vagabonde autour du puits
Avec ces plantes je fais une soupe et un gâteau
Je ne sais à qui les offrir

APC 26

Je ne revins qu’au déclin de l’année
La splendeur du soleil s’était voilée
Ton tombeau solitaire me trouble le coeur
Ce qui fut chair vole avec la poussière
Tendre fils sauras-tu qui je suis ?
Ton âme erre esseulée au gré des vents
Elle n’a ni havre ni appui
Je cherche au sol et au ciel l’âme navrée
Nos jours sont mesurés les tiens ont peu duré

APC 25

La montagne est abrupte Je divague
Ma belle m’a offert un poignard incrusté d’or
Pourquoi tant de peine et de langueur ?

La rivière qui nous sépare a des eaux profondes
Je veux t’offrir des plateaux de jade
Je suis à nouveau toute morose

Tu es au pays d’outre-terre
Les falaises blanches paraissent d’outre-mer
Mes pas fuient la route Me voilà plein de doute

La neige tourbillonne mes pas fuient la route
Je soupire Un peu plus et j’expire
Pourquoi tant de peine tant de rancoeur ?

APC 24

L’année touche à son frimas tout glacé
Mon cher compagnon s’est éloigné
M’endormir seule ajoute à la longueur des nuits
En rêve j’aperçois ton visage rayonnant
J’espérais rentrer avec toi sur ton char
T’es-tu envolé sur les ailes du vent ?
Me haussant sur les pieds me tendant le cou
Je m’efforce de t’entrevoir l’âme lourde de peine

Je regarde timide les astres s’ordonner
Les nuits sont longues pour qui souffre tant de peine
Ton message naguère parlait d’inépuisable amour
De la fin des longs jours passés loin l’un de l’autre
J’ai gardé la lettre témoignage de ton inépuisable amour
J’entretiens mon coeur dans cette humble ferveur
Je crains que jamais plus tu n’y prennes garde

Je suis persuadée que ton coeur reste le même
Tu m’as envoyé un brocart paré d’inséparables
Ces tendres oiseaux témoignages d’un amour véritable
La lune est si blanche si pure que je ne peux pas dormir
Je me lève je doute j’hésite Je voudrais tant entrer chez toi
Je sors je vais et je viens Mes tristes pensées ne me quittent pas
Je rentre dans ma chambre Mes pleurs mouillent les draps

APC 23

Mon char est lancé De loin je vois les remparts les tombeaux
Les morts des vieux âges sont soigneusement enfouis
Obscurément fondus dans l’éternelle nuit
Cachés sous les sources infernales
D’un sommeil millénaire à jamais sans réveil
Ils dorment

Les disparus sont chaque jour plus lointains
D’un ancien cimetière le labourage fait un champ
Le murmure des blancs peupliers est si plaintif
Que mon chagrin devient mortel
Je voulais retrouver mon village
Ma route est sans retour

Nous nous tourmentons pour moins de cent ans
Les jours sont si courts les nuits sont si longues
Torche au poing allons nous distraire !
Qui émule les immortels ?

APC 22

Au bord du fleuve lacté l’étoile du bouvier
Et la clarté pure de la tisserande !
Les mains blanches et fines
Mêlent des cliquetis de métier à tisser
L’eau du fleuve est limpide et peu profonde
Les pleurs de mes yeux tombent comme pluie
Des eaux par ondes sans qu’on puisse en parler

Je m’éloigne sur la route sans fin
Le vent du printemps berce tout
Je ne vois rien de ce qui fut
Le vieillissement est rapide
Il y a un temps pour la plénitude
Je n’ai pas su m’établir assez tôt
Un petit renom est le seul trésor

La muraille est haute et longue
L’herbe d’automne verdit en tremblant
La ronde des saisons s’approche de son terme
Je m’entrave de mes propres mains
La mélancolie s’exprime dans la musique
J’envie les couples d’hirondelles

APC 21

Clairs de lune et nuits lumineuses
Notre étoile indique l’approche de l’hiver
Sur les herbes des champs la rosée est blanche
La noire hirondelle a fui vers le sud
L’ami m’a laissé comme on laisse un vestige
Les noms des étoiles ne sont pas réalistes

Frêle est le bambou solitaire
Liseron et lichen sont mariés
L’orchidée est ouverte odorante et isolée
Comme les herbes d’automne elle périra
Que puis-je faire amante délaissée ?

Le feuillage est vert à l’humide éclat
Je cueille les fleurs montée sur une échelle
A qui les enverrais-je ?
L’amant est trop loin pour recevoir un don

APC 20

Jour de festin sur un air de cithare
L’air est si bon qu’il touche au divin
Quel est le propos caché de nos désirs ?
Nos jours passés disparaissent sous la poussière
A quoi sert-il de rester dans la pauvreté et l’humilité ?

Mon logis est altier en haut de la colline
Les nuages parfois le tutoient volontiers
Ma veuve y chante au son d’une cithare
Malheureusement la mélodie hésite
La plainte est loin d’épuiser la peine
J’ai de la pitié pour ce chant méconnu
Couple de cygnes nous mariions nos voix
Avant la mort cette dangereuse gamine

Au marais des iris vais-je cueillir des fleurs ?
Pour les donner à qui ?
Nous avons un seul coeur et nous sommes séparés
Nous nous consumons dans le chagrin

APC 19

L’herbe est plus verte au bord de l’eau
Les arbustes sont touffus dans le jardin
Elle est bien belle la femme à sa fenêtre
Sa petite main est blanche pour nourrir un oiseau
Elle est l’épouse à présent d’un volage
Reste-elle seule dans le lit désert ?

Ils sont toujours verts les thuyas sur la colline
Les rochers du ravin sont toujours en vrac
Les jours des humains sont toujours aussi brefs
Courons nous divertir ailleurs
Nos villes sont si belles avec leurs rues et leurs ruelles
Egayons-nous de coeur et de pensée !