APC 18

La soie de l’éventail est pure comme la neige
L’éventail est rond comme la pleine lune
Je crains pour lui le retour de l’automne
Relégué dans une corbeille il perdra, Seigneur, votre faveur

*

Sans cesse en route mais séparés !
Nous voici chacun sous un bord du ciel
La route est longue et périlleuse
Le cheval du nord et l’oiseau du sud
Font bande à part
Un nuage voilant le clair soleil
Suffit-il à l’exilé pour renoncer au retour ?
Tant penser à toi m’a fait vieillir
Mon âge touche soudain au crépuscule
Mais je parle trop de l’abandon dont je souffre
Et toi tu penses à te nourrir au moins ? *

* Entre deux poèmes un * signifie qu’ils sont de deux auteurs différents

APC 17

D’un coup d’aile un cygne s’est envolé puis il hésite
Le coeur d’un cheval est lourd d’un secret sentiment
Deux dragons ont le même vol pour des buts opposés
Je nous invite à chanter pour l’ami qui s’en va
Mon coeur est brisé d’un gros chagrin
Ah ! Que ne sommes-nous un couple uni de cygnes
Pour au loin fuir ensemble au lieu de nous quitter !

Les chevelures des morts obstruent nos beaux canaux
Leurs os sont dispersés un peu partout
La mère cherche en vain le corps de son fils adoré
L’épouse pleure en cherchant partout le corps de son mari

APC 16

Près du carrefour nous tardons dans la steppe
Les nuages se perdent dans le ciel
Demeurons ensemble encore un instant
Si je pouvais voler près de toi !

Voyageur en partance où seras-tu ce soir ?
Nous sommes trop tristes pour nous quitter
Nous passons de la lumière à l’ombre
Je mets mon dernier espoir dans les cheveux blancs

Nous ne verrons plus les beaux jours
Dans l’automne vieillissant je suis triste de toi
Le vent est lugubre je n’ose boire du vin
Tu pars tu ne penses qu’au départ

APC 15

il n’y a pas de belle aussi belle que ma belle
Son regard foudroie
Il met à terre les remparts et les rois
Ma belle fait la fière

Ma famille m’a mariée à un barbare
J’ai été confiée à un étranger
Mon palais est une tente ronde
Mes murs sont en feutre
Mon repas est de la viande crue
Je rêve à ma patrie
Que ne suis-je le cygne qui revient chez lui !

APC 14

Aux dalles de jade
A crû la poussière
Froide et silencieuse
La chambre est déserte
Les feuilles mortes désormais s’amoncellent
Celle qui fut si belle ne s’inquiète guère
Du deuil de mon âme inquiète
L’orchidée et le chrysanthème brillent encore
Les chants des rameurs s’apaisent
La tristesse est grande des plaisirs épuisés

APC 13

Les eaux du fleuve bouillonnent
Elles affluent d’un flot rapide
Il faudrait absolument
Détourner leur courant
Immergeons un mur de branchages
Pour les dieux plaçons-y un jade
Mais les paysans ont brûlé les branchages
Pour la fertilité de leurs terres
Les champs sont dévastés
Maintenant qu’on fiche pieux et roches !

APC 12

L’onde accroit l’onde
Les villages sont invisibles sous l’eau du grand fleuve
Ni repos ni quiétude !
Il n’y a plus que l’eau du fleuve
Les monts se dénudent
Les étangs et les lacs débordent
Le flot ne cesse de s’étaler
Sauriens et dragons déchaînés
S’échappent au loin
Aux eaux il est vain d’imposer notre loi

APC 11 Poèmes des Han

Poèmes des Han ( III° siècle av.J.C. – III° siècle ap.J.C. )

D’un bras je déracinais un mont
De mon souffle je couvrais le monde
Mais le temps est sévère
Même mon cheval a triste allure
A quoi pourrais-je m’évertuer ?

Mon souffle est celui d’un dément
Du vent naissent les nuées
Mon prestige est celui du monde
Je reviens paisible au sol natal
Qui gardera les quatre horizons ?

APC 10

Sous le ciel nous avons quatre saisons
L’automme m’afflige
Le givre descend sur mon monde
Bientôt les feuillus seront nus
Finie l’exubérance des fleurs !
Je suis triste Tout sera bientôt flétri
Les feuilles vont pourrir
Les troncs paraissent immobiles et stériles
Tristesse des squelettes dressés vers le ciel !
La profusion est proche de la ruine

APC 9

Hélas ! Je n’ai pas de place en mon propre siècle !
Je relâche l’allure Je flâne tranquille
Mes jours sont comptés
Je suis né à contre-temps
Je n’ai trouvé que confusion
Un grillon chante à l’ouest
Nonchalant je reste seul
Les causes de mon malheur sont nombreuses
Je regarde la lune brillante Je soupire
Jusqu’au jour je marche sous les étoiles