APC 8

L’excès est la ruine de l’humain
Le vent siffle dans les ramures
Plus impérieux qu’impérial
Le pouvoir maltraite le peuple
Les gens se dispersent, ils ne se reverront plus
Les rames de mon pauvre bateau s’élèvent avec lenteur
Je pleure le bonheur paisible des rivages
L’herbe recouvre le palais
Les sages et les probes s’attirent la haine des malfaisants
Intègre et loyal je fus exilé

APC 7 *

Les dieux envoient la pluie
J’attends l’ami lointain
Je suis peinée j’attends le retour
Vous m’aimez je le sais
Un doute en vous subsiste
Je hais cet homme
Noire est la pluie
Je hurle à la nuit
Le vent souffle de plus en plus fort
Je pense à vous et ne connais que la tristesse

* Base de la série APC : Anthologie de la poésie chinoise classique, présentée par Paul Demiéville, Gallimard, Paris, 1962

TSTS 15 *

Il est interdit d’être vieux
Pourtant moi je suis vieux, j’ai beaucoup vieilli ces derniers temps
Quels sont tes projets ?
Où en est ton projet profond de vivre ?
Le meilleur moyen de guérison est la joie
La joie est inventive
La joie est étincelle, l’étincelle crée la joie
La joie peut être jouissance
Ton « moi » est déterminé, ton « je » ne l’est pas
La méditation te fait sortir du « moi »

* Nous allons arrêter ici notre série TSTS . Notre livre de base, « Tsoutsoum », présenté par Marc-Alain Ouaknin ( Albin Michel, 1992 ), s’oriente vers une description technique de l’usage hébraïque des lettres, des noms, des chiffres ….

TSTS 14

La question est mouvement
Nous nous fondons sur l’inachèvement, sur l’étonnement
La réponse est le malheur de la question
Le problème n’est pas le lointain, mais le plus proche
L’habituel nous empêche d’habiter l’essentiel
L’humain chérit la tradition mais de façon traditionnelle
L’ouverture au monde est originelle
Créons la tradition du nouveau
Vérifie, vérifie encore
Persévère, le pire de ta pensée est à venir

TSTS 13

Faisons, agissons et nous comprendrons
Les mots importants sont des oeuvres d’art
L’oeuvre d’art se détache du réel
Elle manifeste mais dissimule aussi
L’éclat est brisure et brillance
Il te faut écart et éclat
Une lecture essentielle doit d’abord être existentielle
La différence des opinions est saine, indice de santé
Il est nécessaire que la dialectique soit ouverte
Elle devient l’arme essentielle contre la mort de la pensée

TSTS 12

On ne dit pas Dieu est, on ne dit pas Dieu n’est pas
Evite à tout prix l’idolâtrie
L’idole ne déçoit pas, met à disposition
Seule subsiste l’amulette
Chaque mot est un monde
Le sens commun est un passant ordinaire, sans rêves
Pour rêver il faut descendre à la cave
La lecture peut conserver, elle peut exploser
La vraie lecture est révolution
Une vraie lecture se construit

TSTS 11

Le monde est un pont étroit dont on ne voit pas le bout, qui surplombe un abîme…..
Pour avoir une relation avec l’autre il faut en douter
Beaucoup de textes parlent de toi Il faut les découvrir
Trouve ton texte de feu
Il suffit de peu pour qu’on se contredise
La véritable science est une ascèse
La lettre est suggestion
Le texte est caresse parce qu’il est caressé
La caresse ne se saisit de rien, sollicite ce qui se dérobe
Au début d’une expérience, rien n’est ouvert

TSTS 10

Les étincelles de sainteté sont éparses à travers le monde
On peut en faire des âmes humaines
Les humains sont faits pour mourir, mais d’abord pour innover
Certains textes ont un lien avec moi
Les lettres finissent pas faire de la lumière
L’interprétation doit aller au delà du texte
On cherche le sens, non la vérité
Nous courons le risque du relatif, le risque de l’absolu
La caresse n’offre pas de prise
Ai-je la foi ? Je ne sais pas

APC 6

La princesse est une déesse qui descend dans l’île du nord
J’ai cru voir un filet de pécheur en haut d’un arbre
Que fait un dragon au bord de la rivière ?
L’angélique est le chaume sur la maison de lotus
Mille plantes emmêlées emplissent la cour
Nous ne serons guère heureux comme naguère

Ma princesse est déesse de ma destinée
Les orchidées poussent en touffes dans la grand’salle
Pourquoi ma déesse serait-elle toute triste ?
Quel bonheur, celui du premier amour !
Elle s’en vient elle s’en va
Elle attend au bord d’un nuage
Elle monte dans le ciel prendre en main les comètes
Cette déesse est un juge pour nous tous

APC 5

Le paysan paraissait simple
Il attendait l’automne
Je montais sur un mur croulant
J’y plastronne
La tortue et l’achillée
Ne prédisent rien de mauvais
Une fille qui prend son pied
Personne n’ose en parler
Un garçon souvent manque de droiture
Tu es trop bonne ménagère pour moi
Avec toi je voulais vieillir
Vieille tu m’as fait souffrir
Jeune tu me fêtais
Ainsi se termine un canon de poèmes antiques