Tu peux prêcher en agitant un éventail
Prêcher pour moi c’est énoncer des vérités premières
Tu peux utiliser un chasse-mouche
Qu’est-ce qu’une vérité première ?
Attends l’éveil
Qu’est-ce que ce que tu appelles l’éveil ?
Attends d’atteindre l’éveil
N’outrepasse pas tes droits
il ne concernent pas pas que toi et moi
Ils concernent l’humanité Eh oui !
KZ 41
Il y a des eaux qu’on ne peut pas boire avec la bouche
Serait-ce ce qu’on appelle eaux-de-vie ?
Chaque lettre est dépourvue de sens
Chaque mot est dépourvu de sens
Chaque phrase est dépourvue de sens
Seul a un sens l’au-delà des livres et de l’expérience humaine
Tu es sérieux là ?
Il faut parfois boire une eau amère
Le désir provoque la souffrance
La souffrance suscite des désirs désordonnés
KZ 40
« Je suis bien content de te revoir » me dit un ami
Que je ne connais pas
Un ami est libre Il n’y a pas de moule à ami
Mais il y a des moules à amitié
Lorsque le ruisseau s’assèche que faire ?
Ce que tu fais d’habitude détourner la tête regarder ailleurs
Comment boire une eau qui n’existe plus ?
Elle existe sur le mode du regret et de la nostalgie
Elle n’étanchera pas ma soif
Il y a d’autres soifs que la tienne
KZ 39
Imogène a pondu un vers – Qui est Imogène ?
Une poule, la plus belle de la basse-cour
il n’y a pas de haute cour le haut lieu des vanités
Quel est le vers d’Imogène ? – Ehhhou !
Ce qui veut dire ? – « Fous le camp couillon ! »
Comment tu sais que c’est un vers ?
C’est Imogène qui me l’a dit
Tu aimes bien Imogène ? -Oui
Tu la connais bien -Pas du tout
Imogène est imagination pure
KZ 38
Mère père et soi-même
Très fréquent très familier
Comprendre aimer ?
Tu connais les ombres de l’esprit et non l’esprit lui-même
L’abeille ne retourne jamais dans une ruche abandonnée
La supériorité de la littérature, c’est qu’elle ne prétend à rien
La philosophie est prétentieuse Elle prétend concevoir l’inconcevable
Connaître l’esprit c’est mourir à lui-même sans sainteté
Je suis petit d’esprit grand d’ambition ( intellectuelle )
L’ambition est vaine Elle te sert
Dès qu’on vit on ne perd pas de temps
KZ 37
On se rencontre sans besoin de se rencontrer
L’amour véritable transcende l’affection comme la désaffection
Ne pas te voir te fait du bien
On n’a pas besoin de se voir donc on se voit
Sur le prunier en pleine floraison
Une branche à droite en bas représente le printemps tout entier
Toutes les branches font ça Avec leurs modestie légendaire
Une branche peut-elle atteindre -je ne sais pas moi-la sainteté ?
Oui comme tout ce qui est au monde en particulier les abeilles
Moi je pensais aux ânes
KZ 36
Je te verrai si tu meurs ? – Je serai là où tu es
Tu plaisantes Nous ne nous retrouverons pas
Et ce n’est pas nécessaire
Rien ne nait Rien ne meurt là où tu es
Je ne dois pas connaître ce patelin ! En tout cas je ne reconnais pas le mien
Tout est nécessaire sauf toi Tu es l’exception
Je ne suis pas l’exception du tout
C’est vrai tu n’as rien d’exceptionnel
Je méditerai avec toi tant que tu vivras
Tu plaisante ? Je médite seul Tout le monde médite seul
KZ 35
Je te retrouverai là où il n’y a rien qui naisse rien qui meure
Où c’est ? – Nulle part
L’idéal n’est pas de ce monde l’idée si
Le sage et le pseudo-sage n’agissent pas
C’est en n’agissant pas qu’ils agissent
Ils ne parlent pas Ils n’ont qu’une seule parole
Le monde surgit sans créateur Le monde n’a pas besoin d’auteur
Ils produisent ils ne s’approprient rien Ils ont si peu produit
Il agissent sans attendre sans rien attendre
Leur oeuvre accomplie ils ne s’y attachent pas
Ils ont la fierté modeste Elle seule leur convient
KZ 34
L’un cite la lune, l’autre le soleil
Avide, colérique, ignorant, tu attires tes pareils
Quand tu es endormi, ton visage est lourd et stupide
L’humanité détruit, mais elle construit aussi !
J’escalade les abrupts et je retourne à ma hutte
Personne ne me reconnait
Mon plaisir est mien
Les nuages blancs sont les compagnons de mon pur bonheur
Seuls les purs croyants peuvent réaliser une telle joie
Les purs croyants n’ont pas la même religion que toi
KZ 33
Pourquoi viens-tu quand j’appelle le chien ? Le chien n’est pas toi
Pourquoi n’y-a-t-il pas un seul nuage dans la ciel ? – Parce que je ne peux pas y mettre de chien
Tu punis le ciel ? – Oui, j’ai mon bâton
De quoi punis-tu le ciel ? – D’être là ou de ne pas être là
Le ciel te comprend, oui ? – Je crois, oui
Pose si tu peux les questions aux quelles il y a une réponse ! – La réponse importe peu
N’oublie jamais l’importance du silence
La parole mène au silence