L’un dit que le souverain bien est en la vertu, l’autre le met en la volupté, l’un à suivre la nature, l’autre en la vérité, l’un en l’ignorance, l’autre en l’indolence, l’un à résister aux apparences, l’autre à ne rien admirer….
Les sceptiques en restent au doute et à la suspension perpétuelle du jugement….
Que connaissons-nous de l’âme ?
Notre raison est-elle raisonnable ?
Certains disent que les éclipses présagent malheur
L’être humain ne se réduit pas à une machine
Le monde mis en mouvement n’a plus besoin de Dieu ?
« La science des moeurs » me console de l’ignorance des « sciences extérieures »
Nous sommes incapables de vrai et de bien quand nous sommes atteints de faiblesse, par exemple la maladie
PP 14 Contrariétés ( bis )
Les belles actions cachées sont les plus estimables
La vanité est si ancrée qu’elle atteint ceux qui luttent contre elle
L’humain est naturellement crédule et incrédule
J’ai des brouillards et du beau temps au fond de moi
Nous ne pouvons prendre plaisir que si nous pouvons nous fâcher
Si nous accédions au plaisir que nous désirons, nous aurions d’autres désirs
Nous tâchons de soutenir notre présent affligeant par un avenir souriant
Nous ne pensons presque pas au présent
Nous ne vivons pas, nous espérons de vivre
Un humain, victime d’un deuil, s’amuse à la balle ….
Peu de gens sont étonnés par leur propre faiblesse
La faiblesse humaine apparaît davantage chez ceux qui ne la connaissent pas
Les discours d’humilité sont matière d’orgueil ….
PP 13 Vanités et contrariétés ( contradictions )
Nous voulons vivre dans l’idée des autres
Nous travaillons incessamment à conserver et embellir cet être imaginaire et négligeons le véritable
La curiosité n’est souvent que vanité
Une importante maladie humaine est la curiosité inquiète des choses qu’on ne peut savoir
Contradiction, contrariété humaine : la haine de notre être
« Un vrai ami est une chose avantageuse même pour les plus grands seigneurs »
Le maître te flatte, il te battra tantôt
L’humain est victime de bizarreries les siennes
Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir …. Le présent d’ordinaire nous blesse
Nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre
Il y a des gens qui mentent simplement pour mentir
L’humain au bout du compte est capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien….
« L’homme n’est ni ange ni bête, mais homme »
La cause de l’amour est un « je ne sais quoi »
« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé »
Si certains ont la tête plus élevée , ils ont les pieds aussi bas que les nôtres
« Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou »
PP 12 L’amour-propre
La nature de l’amour-propre chez ce moi humain est de n’aimer que soi, de ne considérer que soi
Il conçoit une haine mortelle contre la vérité qui dévoile ses défauts
« Il ne peut souffrir qu’on les lui fasse voir ni qu’on les voie »
L’amour-propre est une illusion volontaire
Pourtant il serait juste que nous connaissions ce que nous sommes
Ceux qui sont chargés de reprendre les autres évitent le plus possible de les choquer
On nous traite comme nous voulons être traités
On ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter
L’humain n’est que déguisement, mensonge et hypocrisie
L’humain aime la malignité contre les « heureux superbes »
« Tous les hommes se haïssent naturellement l’un l’autre »
« Le moi est haïssable »
« Le moi a deux qualités : il est injuste en soi, en ce qu’il se fait le centre de tout ; Il est incommode aux autres en ce qu’il veut les asservir … »
Chacun est un tout à soi-même
PP 11 La coutume
Nous nous habituons facilement à ce qui se produit fréquemment
Nos principes que nous pensons naturels ne sont qu’accoutumés
La coutume est une seconde nature
Ce que nous appelons nature n’est souvent qu’une première coutume
La raison rend les sentiments naturels
Utiliser de mauvaises raisons empêche d’utiliser les bonnes
Les humains délibèrent souvent des moyens, ( presque ) jamais des fins
Tout est un, tout est divers
La coutume contraint l’humain
( Une espèce d’infini est créée par la nature qui se répète )
PP 10 L’imagination
L’imagination, ennemie de la raison, est dominante
Maîtresse d’erreur et de fausseté, elle est « d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours »
Elle a établi « dans l’homme une seconde nature »
Elle satisfait bien plus que la raison
La hardiesse est son fort
Si un orateur est mal habillé, mal rasé, … il sera peu apprécié …
Le plus grand philosophe pâlit au dessus du vide même s’il est en sécurité…
Plaisante raison qu’un vent manie …
Qui ne suivrait que la raison serait fou aux yeux du monde ….
Nous accordons raison et imagination au profit de celle-ci ….
Les gens de guerre s’imposent par la force, les magistrats par « la grimace »
L’imagination dispose de tout
Impressions anciennes et charmes de la nouveauté nous abusent
Les maladies, même petites, faussent le jugement
Que dire de notre intérêt ?
Notre imagination magnifie le temps présent
Par contre nous faisons de l’éternité un néant
La fantaisie, forme seconde et plaisante de l’imagination, altère bien sûr le jugement
On n’oublie jamais ce qu’on a été, par exemple un enfant
Par contre le changement oublie bien des choses, par exemple chez les peuples
( Que de vanité dans la peinture qui embellit des choses insignifiantes ! )
PP 9 Les puissances trompeuses
L’humain n’a aucun juste principe du vrai ?
Il est au coeur d’une guerre entre sens et raison
Sens et raison se trompent réciproquement
On se trompe rarement du côté qu’on envisage … Ensuite il est d’autres côtés, d’autres aspects ….
Le chaud ( la chaleur ) est mouvement
Tout cela nous semble mystérieux et pourtant c’est grossier
Un rien nous dérange Un bruit de mouche par exemple
La mémoire est indispensable à la raison
Un boiteux ne nous irrite pas, un esprit boiteux nous irrite
Point d’art dans le hasard
A force de se dire qu’on est sot on le devient
Faute de vrais objets il vaut mieux que l’esprit et la volonté s’attachent aux faux
PP 8 Espaces infinis
La flamme a besoin de l’air, pour connaître l’un il faut connaître l’autre
Toutes choses sont causées et causantes, médiates et immédiates, « toutes s’entretiennent par un lien naturel et insensible »…
L’humain est composé d’esprit et de matière
Notre être propre est un comble de difficulté de compréhension
Nous n’avons pas l’équivalent de la perspective, géométrique et esthétique, pour les humains
Quand tout se remue également, rien ne se remue en apparence
Pour l’humain point de point fixe d’où juger
Pas de port dans la morale comme sur la mer
Que m’est-il arrivé ?
Je suis perdu dans l’immensité des espaces infinis
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »
PP 7 Les deux infinis
Face à la nature l’humain est un ignorant
Que l’humain considère la nature dans sa majesté !
Que la terre lui apparaisse comme un point !
Son vaste tour n’est qu’une pointe délicate à l’égard de celui que les astres dans le firmament embrassent
Nous enflons nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses
« C’est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part »
Que l’humain « se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature » !
« Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ? »
Le ciron lui présente un univers, des univers, un « tout à l’égard du néant où l’on ne peut arriver »
L’humain dans la nature « est un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout »
L’infinité en petitesse est bien moins visible que l’infinité en grandeur
L’un dépend de l’autre et l’un conduit à l’autre
Nous sommes quelque chose, nous ne sommes pas tout
« Les qualités excessives nous sont ennemies » »Nous ne les sentons plus, nous les souffrons »
« Rien ne s’arrête pour nous »
« Notre raison est toujours déçue par l’inconstance des apparences »
« Dans la vue des infinis tous les finis sont égaux »
Il est impossible de connaître la partie sans connaître le tout
PP 6 Montaigne
« Montaigne veut mourir lâchement et mollement »
On ne sait pas nécessairement ce qu’il faut mettre en premier
Je suis le dernier auteur mais les collaborateurs les prédécesseurs sont nombreux
Il vaut mieux parler de « notre » livre plutôt que du mien
« Le sot projet qu’il ( Montaigne ) a de se peindre »
Il n’est pas sain de dire des bêtises à dessein
Pour être heureux il vaut mieux s’ignorer ?
Se connaître soi-même cela sert au moins à régler sa vie ?
Peu de gens apprennent à être « honnête homme » ?
Ils se piquent de savoir la seule chose qu’ils n’apprennent pas