PP 5 Honnêteté

Peut-on imaginer un poète qui ne soit pas honnête ?
Il est des beautés dépourvues de jugement ?
« On s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme »
La nature nous parle de tout
On ne sait pas quel est l’objet de la poésie ?
Certains ne mettent guère de différence entre le métier de poète et celui de brodeur ?
La qualité universelle est d’être un honnête homme ?
« Il faut savoir un peu de tout »
« Les rivières sont des chemins qui marchent »
Dans l’éloquence il faut que l’agréable soit pris pour du vrai
L’éloquence est une peinture de la pensée
Si on en rajoute cette peinture est un tableau et non plus un portrait
L’éloquence est perpétuellement tentée de masquer la nature et de la déguiser *

* Les phases entourées d’astérisques sont strictement de l’auteur de référence

PP 4 Sens droit

Etre droit dans un domaine ne signifie pas l’être dans un autre
Un certain esprit de justesse pénètre en profondeur certains principes sans se confondre avec l’esprit de géométrie
Juger par le sentiment n’est pas jugement par l’entendement
Ni trop ni trop peu
La véritable éloquence se moque de l’éloquence
La véritable philosophie se moque de la philosophie
Le temps varie selon nos horloges
On gâte l’esprit, on gâte aussi le sentiment
On se gâte esprit et sentiment par les conversations ….
Est gâté qui confond tout
La nature imite l’artifice ….
Une grappe de raisin n’a jamais produit deux grains pareils
Toute chose est infinie
Une langue est un chiffre
Toute chose a des racines et des fruits : tout suit la même logique

PP 3 Géométrie et finesse

Dans l’esprit de géométrie les principes sont énormes et énoncés comme tels, dans l’esprit de finesse les principes se cachent dans l’usage commun
Dans la finesse l’humain est archi-présent, les principes se multiplient, ils peuvent se désigner par tendresse ou politesse…
L’omission de l’un de ces principes qu’on ignore ou qu’on connait mal conduit à l’erreur
Le plus souvent l’on ne raisonne pas faux sur les principes que l’on connait
Les principes de la finesse sont bien difficiles à communiquer à quiconque ne les partage pas
L’expression de la finesse passe par tous les humains mais son sentiment par peu
Les esprits faux ne seront jamais ni fins ni géomètres
Les esprits qui ne sont que fins ne descendent pas jusqu’aux produits imaginaires, spéculatifs, des premiers principes

PP 2 Grâce

Les preuves métaphysiques de Dieu sont si éloignées des raisonnements communs qu’elles frappent peu
Connaître Dieu sans médiateur sans médiation signifie ne pas le connaître
Rien dans la nature nous prouve Dieu
Il est certes horrible que nous mourrions
Dieu s’impose dans nos coeurs par la grâce
Vouloir l’imposer par la force et les menaces n’est que de la terreur
Les incrédules sont assez malheureux ? A cause de l’absence de Dieu ?
« Voulez-vous qu’on dise du bien de vous ? N’en dites pas »
Il est une pitié qui vient de la tendresse, une autre qui nait du mépris
Plus on a de l’esprit plus on reconnait l’originalité
Beaucoup de gens apprécient la musique et oublient le raisonnement
Il n’y a pas encore de science de la morale, on s’approche d’une science du langage

PP 1 Devoir de l’humain

Les humains ont mépris pour la religion qu’ils prétendent respecter
Ils en ont haine et peur qu’elle ne soit vraie
Pour guérir cette aversion il faudrait montrer que la religion n’est pas le contraire de la raison, qu’elle est suffisamment vénérable pour susciter le respect, puis la rendre aimable, continuer en faisant souhaiter aux bonnes âmes qu’elle fût vraie, puis montrer qu’elle est vraie, mais à quel prix aussi !
Même si elle est vraie une religion ne peut nier qu’il y en a d’autres peut-être tout aussi vraies
Une religion est vénérable parce qu’elle connait bien l’humain à force de le pratiquer en prétendant l’instruire
Une religion est aimable parce qu’elle s’intéresse à l’humain
On se condamne si on rejette une religion au nom de sa seule raison
Il existe deux excès : exclure la raison, n’utiliser que la raison
Si on soumet tout à la raison, il n’est plus rien de mystérieux de surnaturel pour l’humain
Si on oublie, si on choque les principes de la raison, notre religion est absurde et ridicule*

* Sous le code PP nous publions une translation des « Pensées » de Blaise Pascal. Ces pensées n’ont pas été publiées du temps de l’auteur. Elles nous parviennent dans un joyeux désordre qui suscite des versions différentes. Nous utilisons sans prétention l’édition par Jacques Chevalier dans La Pléiade, Gallimard, 1954.

RAC 18

L’on m’a bien dit que je ne sais pas où l’amour mène
Que fières de leurs appas les belles sont trop humaines
Pour ne pas être parfois inhumaines
La campagne est tranquille Allons y faire un tour
Allons y faire l’amour
Ah ! L’amour me subjugue
L’oiseau et le zéphyr animent nos soupirs
L’amour est descendu des cieux
Pour que nous montions au ciel ensemble !
Vous m’avez assez bien expliqué vos désirs
Mais parfois l’amour donne notre coeur
A qui ne le veut pas
Soupirs pour soupirs

RAC 17

Les tours immenses dominent l’herbe
Portent la guerre jusque dans le ciel
Se perdent dans les enfers
Elles sont cimentées du sang des peuples misérables
Elles ne seront un jour que de grands sépulcres affreux

Solitude extrême Nature
Tu pares la nuit de diamants
L’astre des saisons dore les moissons
La nature est inimitable
La nature en liberté brille d’une douce clarté
Qui se teinte d’amertume

RAC 16

Malheureux l’homme qui fonde sur les dieux son appui !
L’ombre vous laisse plus affamés que devant !
Mais mangez et vivez !
La parole dite Verbe fit éclore l’univers
Posa la mappemonde au milieu des cieux
La terre au milieu des mers
Le Verbe fait naître les humains
D’une mère mortelle
Le Verbe pauvre et misérable
Apprend sa gloire à l’homme coupable
L’eau vive ne s’épuisera jamais
Même dans les sources bourbeuses

RAC 15

Cette guerre cruelle me découvre deux « moi »
L’un plein d’amour pour toi
L’autre révolté contre tes lois
L’un est tout esprit il aime ne poursuivre qu’un but unique
L’autre est le vice incarné Par bonheur il se disperse
Je m’avance lentement vers la terre penché
Je suis en guerre avec moi-même
Je ne fais pas le bien que j’aime
Je fais le mal que je hais
Qui fera de ton esclave volontaire l’esclave de la mort ?

RAC 14

Heureux qui attendant tant de la sagesse
N’a pas mis son dernier espoir dans la richesse
Détrompés d’une ombre vaine tes yeux
Brillent du fond de l’abîme
Pour trouver un bien fragile qui vient d’être arraché
Nous avons marché par une route insensée
Sans se reposer dans la crainte d’un attentat
Sans amis et sans défense nous nous présentons
Couverts de notre manteau d’humilité
Les inconsolables morts feront nos délices