HE 3 Savoir et savoir qu’on sait

Moi qui vous parle je préfère la mer à la montagne
La vie est extraordinairement concrète croustillante multiple charnue
Je conçois volontiers l’attraction des montagnes de la montagne
Je suis fier et fier de l’être
Je suis modeste d’un côté, présomptueux de l’autre
Officiellement je choisis la modestie
L’humilité a pour autre visage l’orgueil selon Spinoza
La conscience n’existe pas en soi Elle signifie savoir et savoir qu’on sait
Selon une belle tradition le sage chinois a besoin d’un ermitage dans la montagne
Mon ermitage est un appartement en ville
Le néant n’est rien Le néant ne donne naissance à rien
Beaucoup de choses sont inconscientes ce qui ne signifie pas que l’inconscient existe
J’aime flotter

HE 2 Impensable n’est pas humain

J’ouvre le chemin en ne faisant rien en apparence
Je suis dans l’essentiel à condition qu’il soit superficiel
Le vide est partout le tout aussi
Le sage ne dit rien parce qu’il n’a rien à dire
Nous mettons l’impensable aux enchères
Ce qui nous entoure ne nous rejoint jamais
il vaut mieux être couché pour penser
il faut classer pour penser même si tout classement est arbitraire
Les taxinomies sont utiles à condition de ne pas aveugler de ne pas emprisonner
Avant d’unir il faut séparer
Une bonne part de nous-même est en jachère

HE 1 Réel et réalité

On atteint les apparences lumineuses puis on les éteint
Le tao est partout et nulle part
Le tao est ce qui reste quand on a tout oublié
Le tao ne répond à aucune question ne profère aucune vérité
Certaines poésies sont si sublimes qu’on n’ose pas en parler on les copie on les récite
Je me suis voulu ancien je suis désormais moderne je crois
Je vis sans dire nécessairement que je vis
Le réel est immédiat phénoménal La réalité est une construction de l’entendement
Tout change tout alterne
C’est ainsi que le Yin est un peu masculin et que le Yang est un peu féminin

PCE 100

La limite est le langage qui n’est plus langage *
La chambre de l’éveil est au fond d’un bois fleuri
Le printemps souffle sur l’herbe parfumée
Les chemins déjà disparaissent
Le soleil et le vent sont éperdus de tendresse
Ils effleurent la montagne ils la caressent
Le haut et le bas le proche et le lointain s’éloignent les uns des autres
Est un héros celui-celle qui éteint les apparences sans penser
Je ne peux que vivre sans le dire
Le réel est ici et là Il est partout donnée première de l’expérience

* Je n’ose pas toucher à la sublime poésie de Wang Wei ( 701 – 761 )

PCE 99

J’ouvre le chemin en taillant les bambous
Je n’ai pas eu de maître Je le regrette un peu
Je cultive autre chose que le clinquant et le creux
Le vide est dans les choses poussiéreuses Il est partout
Echo du vent écho de l’air écho de l’eau
Je n’ai jamais vécu dans les rochers bleus
C’est bizarre un fleuve suspendu
Tu es la montagne ma montagne
Un artiste : je suis la montagne Un philosophe : la montagne c’est moi
Un poète : Il n’y a que la montagne Le fou : Il n’y a que moi
Le sage ne dit rien *

* A nouveau merci au livre de Patrick Carré et Zéno Bianu que je copie parfois

PCE 98

Je voudrais mettre l’impensable au bazar
Jusqu’où peut-on aller par amitié ?
Par les volets ouverts un mont dans la montagne
Au bas du perron l’ouverture est vallée
La transparence de l’esprit est ton fait plus que le mien
Pourtant tu fais confus
La lune ne rejoint jamais l’humain
Il vaut mieux être assis que debout
Il vaut mieux être couché qu’assis
Il vaut mieux être vivant que mort

PCE 97

Les ennuis naissent et claquent pour rien
La différence entre la femme et l’homme est différentielle
L’éveil est un poème l’éveil est émotion
Rien n’est néant
L’Être se dissout dans l’azur du ciel
Tout t’est égal dans l’inégalité générale
Le lion rugit sans peur Seuls les sages savourent le silence
Le silence est un bruit comme les autres
La fleur du silence est musique
Le sage a besoin de montagne aux pins de torrent d’ermitage

PCE 96

Le mouvement de la vie est éternel et perpétuel pour nous
Le soleil tombe sur un monde en guerre
Paix du paysage
Inconsciemment on souhaite que ça se passe mal
Inconsciemment signifie dans les caves de la conscience
L’esprit libre est clair en tous ses reflets
Pleine lumière du vide en chaque grain d’univers
A l’ombre de l’exubérante multitude
L’espace oublie la perle
Les nuages flottants vont et viennent dans le vide

PCE 95

J’habite je me couche je grimpe je joue
Je n’habite nulle part je me couche pour dormir
Je grimpe l’inaccessible je joue à un jeu dépourvu de règles
La fortune et la renommée sont des bulles de l’illusion
Nos esprits ne peuvent pas se rencontrer
Je connais plein de bons hommes peu d’hommes bons
J’apprécie les retrouvailles de l’éveil et de l’ordinaire
Au murmure du paysage nait une fraîcheur
Suis-je lavé de ma fumée ?
Tu es partie libre sans laisser de trace

PCE 94

L’interrogation est sans fin
Puisse-t-elle être bien réglée ???
Le ciel s’écartèle au profit des rochers
Mon arbre est seul dans la montagne
Mon arbre ne fait pas d’ombre tant il est malingre
Les arbres chantent ils ont le vertige
La saison meurt dans l’ombre du ravin
En haut des pics vit la neige d’été
J’envie ceux qui couchent dans l’absolu s’il y en a
Le plus souvent je fais sans faire