PCE 83

Aucun de nos chevaux de chair et d’os n’escalade le ciel
Autrefois mes rides elles-mêmes furent jeunes
Ma belle amie est futée
Les tabous ferment les portes
Le malheur est absurde mais le bonheur aussi
Mon cerf-volant est déchiré
L’inspiration me tire à bas de ma monture
Je porte mes graffitis à même le coeur
J’ai tout jeté dans le sac à poèmes tous mes souvenirs
Pas de démons aujourd’hui pas de goules

PCE 82

La bise fend les os de l’étalon
En plein midi par les dunes de sel
Il lutte fourbu contre le vent et la poussière
Sa robe rougeoie
Nul ne saurait se soumettre le tigre
Il jaillira du ravin vous le verrez voler contre les nuages
L’étalon bondit par-dessus les montagnes bleutées
Mais quand il galope sur la mer
On ne voit plus qu’une mule noire
Les chevaux sacrés ne s’envolent pas aux cieux
Il y a un ciel au delà du ciel une origine d’avant l’origine

PCE 81

La queue du rayon pâle s’écartèle écarlate
Une embellie paisible repousse l’hiver vif
Les nuits rapetissent Saison des saisons
L’année s’étire Elle envahit l’an prochain
Les sabots d’argent foulent blancs la brume
Fier étalon as-tu la bouche tendre ?
Je ne souhaite pas cingler tes os frêles
Au grand désert le sable parait de la neige
Qu’atteler aux brancards de ta charrette de cérémonie ?
Connais-tu l’art de dresser les dragons ?

PCE 80

L’apparence est impression
L’impression a ses règles
Pointues et pointillistes
Ce qui est petit est beau
Chaque goutte de lumière est un paradis
Au rire des vasques fleuries
Se convulse un fracas de givre
Ta robe gaine le froid de ta chair
Tes longs cils me piquent
Le ciel blanc s’abîme en parfum de pierre
Où sont les puits de feu ?

PCE 79

Le vide épure la blancheur
La rosée fleurit sur chaque brin d’herbe
Quand vient l’éclair de l’aube
Tout se tait un court instant
Puis les oiseaux reprennent leur aubade
Mais un corbeau gémit
Le ciel se réveille nu
Le soleil semble fatigué alors qu’il vient de naître
L’homme se tait il n’imitera pas le coq
Le rideau de perles est insomniaque

PCE 78

L’homme seul rêve de retour
Sous l’auvent l’insecte noue sa soie
Sur le mur la lampe renverse des fleurs
La lune crache un rayon l’arbre penche une ombre
Les choses vont par deux même si on n’en voit qu’une
La rosée dessine ma langueur
Mon nonchaloir s’imposera à tous
Car il est de bon vouloir
Sous un ciel liquide les lucioles se dispersent
La lune tisse des fils d’argent

PCE 77

Une dimension oubliée se rappelle à notre bon souvenir
Sous la conscience claire les strates sont nombreuses
Plus ou moins obscures plus ou moins éclairées
Le banal est fondamental il est l’essence des choses humaines
Nous vivons dans la banalité des choses !
Banalité où l’ordinaire devient extraordinaire
La rosée se dépose au piège des miroirs
Les branches et les feuilles s’effrangent
Le vent de l’aube est une caresse
La petite veuve rage contre la nuit

PCE 76

Les niveaux se chevauchent
Les dimensions se pourlèchent
Fraîcheur du matin ou du soir
Les arbres forment un toit
Au fond du ciel le vert nait sous les nuages
Le parfum subtil de la pluie bleuit l’espace
Sur ton éventail la ténèbre n’a pas cours
Ta robe est constellée de givre
Attention ! prudence ! Le petit dieu pourpre vient sur ses dragons
Les étoiles restent à frissonner dans l’archipel des nues

PCE 75

Je n’oserais te couper une écharpe de saule
Combats sans merci mais avec commisération
Ton adversaire te ressemble fort
Il est comme toi faible et fort
L’hirondelle barbare* signifie le printemps
Le voyageur d’ivresses s’éteint embarrassé
Vive la ténèbre bleue !
Vive l’effacement du ciel et de la terre !
Les oriflammes adoucissent à peine les murailles
Les fleurs mortes annoncent l’automne futur

* Barbare pour étrangère…

PCE 74

Je ne suis pas triste à peine mélancolique
Il ne faut pas s’arrêter de penser
Je retourne à la primeur du temps
Les ténèbres peuvent être jaunes
Une brume est ténue de pâleur
Le vent froid s’effiloche
Ton visage de rosée frissonne sans aveuglement
Ton étrange rire suggère l’orchidée
Le printemps nous grise
Le souffle coupé je suis bien vivant