Une source m’éclaboussa au ruisseau de l’ubac
Il est difficile de parcourir le vide
On n’entre pas sans bagages dans le grand rien
Rien est cause de tout
Tout est rien quelque part
Tu es né de rien comme tout le monde
J’ai pérégriné J’en ai le corps vide et l’âme rassérénée
Je me décide à être oisif
Un gros paresseux qui n’enfreint pas la loi
J’aurais aimé me concentrer sur les abrupts mystérieux
PCE 62
J’ai traversé des taillis inextricables
J’ai gravi des parois inaccessibles
Enfin c’est ce que je crois
Je crois me souvenir
J’ai ralenti le pas j’ai erré sans souci
Je me suis contenté du vol des oiseaux
Se résigner toujours se résigner
A quoi ça sert ?
Comment chasser les pensées qui me torturent ?
Un lacis de brumes rouges le treillis des fenêtres
PCE 61
L’un dans l’autre et réciproquement
Tout va très bien madame mademoiselle monsieur
Le principe transparent n’est pas évident
Il serait simple par nécessité
J’oublie les terrasses la cité suspendue
Délivré de la banalité j’accède peut-être au sublime
Je franchis un pont couvert de jolies maisons
Je me cramponne aux vrilles volantes d’une plante grimpante
Un bond dans le vide pour vivre la vie longue
Je cherche le mystère avec sincérité Je me le jure
PCE 60
L’année du dragon l’année du buffle
Les années se suivent et ne se ressemblent pas
Les abîmes se coiffent de leurs reflets multiplient les échos
Rares sont ceux qui se délivrent de la poussière
L’écriture évoque des algues emmêlées
L’espace sans bornes transparence du vide
Anime la nature merveilleuse
D’étranges solitudes se côtoient féeriques
Les esprits étroits ne conçoivent pas tout ça
Ils ne supportent pas l’absence de chemins
PCE 59
Un martin-pêcheur taquine l’orchidée
Un homme se veut paisible et silencieux
Il s’abandonne et dépasse les nuages
Mâchonnant une tige de fleur il boit à la cascade
Il enfourche un cygne et chevauche les brumes mauves
Je salue bien bas la tortue centenaire
Elle connait le prix du temps
Les éphémères aussi à leur façon
J’adore les grues qui ne font pas de manières
je flotte comme un drapeau flottant au vent
PCE 58
Je parcours seul la voie
Vers la fin du moi
Le ravin est vieux de mille ans
Le vent vieillit la rivière de mille rides
Il la couvre d’écailles
Chacun sa voie !
Les promeneurs sont immortels
Mon esprit m’abandonne Il dépasse les nuages
Dans l’azur si clair je ne souhaite pas la nuit noire
Qui marque notre au-delà
PCE 57
Le ruisseau jaillit de l’abrupt
La terrasse magique croule sous les fleurs
Le coeur est aussi esprit le coeur-esprit
Foin du savoir et de l’esprit j’envie le vagabond du silence
L’homme du silence
On ne le rencontre jamais
Je jette ma ligne et je jouis d’un empire
La vie est un songe pas une billevesée
Un poème suffit à mon bonheur
Errer est un trésor une bénédiction
PCE 56
Le vieillissement talonne tous les êtres
L’essentiel est imprévisible
Il faut s’y adapter vite fait
Un temps pour mûrir un temps pour se faner
L’humain n’est pas de l’ordre du minéral On ne peut le prolonger
Le vivant change d’être à chaque instant
La rosée gèle en givre l’herbe sèche en broussaille
J’ai connu le ministre de la pluie et le grand laboureur
Je ne m’envolerai jamais sur une grue blanche
Respirons l’éternité !
PCE 55
Un idéal véritable est atteignable
Il faut parfois savoir se renouveler
Bien des allégations sont grandioses mais irréelles
L’immortalité profonde n’est pas l’immortalité apparente
La peau des hommes-dragons est une neige brillante
Ils hument le vent et boivent la rosée
Ils montent les nuées pour parcourir le monde
Les plus délicats se contentent de quintessences et de souffles
Ils sont singulièrement bienveillants
Le vent secoue le peu qui pousse dans le désert
PCE 54
Notre liberté est infinie
Nous sommes nécessaires et déterminés
Nous sommes responsables nous sommes irresponsables
A chaque moment je choisis l’hypothèse qui me convient
Il y a aujourd’hui des foules de lettrés
Il y a une nécessité pour tout
Nous n’apercevons pas forcément la nécessité
Surtout pas la nôtre
Et toi es-tu fidèle à toi-même ? Au meilleur de toi-même ?
Le principe de vacuité est souvent le plus fort
Attention aux jugements qui aveuglent i