J’ai suivi les grains de sable
En gardant un grain de sel
J’ai été piégé par la poussière
Nous avons défriché la lande
Je suis bel et bien un rustre
Ma hutte n’invite pas au chaos
C’est bien un ermitage mon ermitage
Quelque chose dans l’univers est à moi
Je vis bien dans ma chambre vide
Je suis resté longtemps en cage
PCE 24
Le divin fuit la théologie
Le divin est païen
Il apprécie mer et montagne
Et aussi la campagne
Sur la voie des oiseaux
Il n’est rien d’humain
Je souris en silence
Je me refuse à avancer jusqu’où la musique s’épuise
Il est impossibile que l’univers soit à moi-seul
L’univers n’appartient à personne
PCE 23
L’immense tient dans le minuscule
Les perspectives se renversent tête-bêche
Nous verrons le monde dans un grain de sable
Et le ciel dans une fleur sauvage *
Une toute petite poésie brille de mille facettes
Ne sois pas irrévérencieux envers les dragons
J’ai vainement cherché un homme de la voie
Pour les affidés la montagne n’est pas solitaire
Je me retourne arbres et nuées se confondent
J’adore errer à l’abandon
Comment restituer un paysage disparu ?
* Deux vers adaptés de William Blake, translaté par moi, code BLL
PCE 22
Sous un rocher le vieux pêcheur couvert de paille
A dormi sans cauchemars
A l’aube il puise de l’eau limpide
Et allume un feu de bambous
Nul n’apparaît
Les nuages s’en vont à la queue leu leu
Le réel peut être irréel
Le couchant froid absorbe la montagne
Il est des pierres qui chantent
Univers au coeur des particules
Dans l’oubli de l’amour et de la haine
PCE 21
Agissons ne contemplons plus l’esprit
Ou son ersatz
J’ai rencontré naguère un hôte de la montagne
Il nouait des fagots au bord du torrent
Pour faire bouillir des pierres à son retour
Les feuilles mortes recouvrent ce flanc de montagne
Comment retrouver la trace de ses pas ?
On ne fuit pas une retraite réussie
La neige est vierge l’ermite est mort
Le vol des oiseaux a pris fin
Un vieillard pêche seul dans la froidure
PCE 20
Créé par l’esprit le paysage crée l’esprit
Poésie d’oisif oiseuse
Les enfers se vident
Tout est bizarre si l’on regarde bien
Notre chambre est au deuxième étage
Elle est un sommet pour moi
Pour moi En-soi ?
Dans la forêt vide nul feu
Je sais que tu es esseulée de la nuit
La vie est quotidienne Tant mieux
PCE 19
Extase du bleu bleu nuit bleu marine
Rouge des mousses sur le sentier des simples
Vert de la fougère qui pousse à ma fenêtre
Ton rêve déploie des papillons
Un poème vaut bien un gémissement d’espoir
J’ai connu une apparence de sage
Il ne savait plus s’il était un sage rêvant qu’il était un papillon
Ou un papillon rêvant qu’il était un sage
Le puits est de pierre moussue et froide
Avant de puiser l’homme silencieux
Regarde la lune dans l’eau
PCE 18
Il est des intellos nigauds et des péquenots géniaux
Je suis peut-être génial je ne suis pas un génie
Mon île est plus vide que la tienne !
Quelle est la forme du vide ?
N’insiste pas je connais le vide de la forme
Les bambous ondulent
Ils se reflétent dans l’eau tremblante
Où est l’unité de tout ? Je vois la multiplicité
Les ravins découpent la lumière
Les vallées redécouvrent les phénomènes
Je ne suis pas phénoménal
Je connais des ânes qui se promènent à cheval
PCE 17
Nos adieux lentement à coup sûr nous mènent à la terrasse
Du temple-palais
La terrasse est sublime
Fleuve et plaine s’enténèbrent au loin
De jolis oiseaux reviennent à la nuit
Voyageur au départ infini comme la plupart des départs
Vieil ami tu es invisible
Les fleuves se déversent dans l’océan et dans les océans-mers
Les paysages sont pleins
Je suis peut-être le secret que tu pourchasses à ton insu
Peut-être pas
PCE 16
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Au haut du pic qui tutoie le ciel
Vous vivrez librement dans un oubli généralisé
Il n’y a pas place pour grand monde
Les buffles dorment dans la tiédeur
Les rues tournent à gauche ou à droite
Les grues sommeillent à mi-chemin
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Il y a de l’innommable c’est mal
Il y a de l’indicible c’est mieux
On ne peut rien pour l’ineffable
Le torrent suspend mes pauvres paroles
je redescends seul dans la brume
Je rejoins les buffles et plus tard les rues
Tant pis pour les grues !
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