Je ne fais jamais les yeux blancs
Je ne brave pas l’ordre des princes sauf quand c’est nécessaire
Je m’adonnais au vin des sages pour ne pas être sage
Et même un peu fou
Je prenais ma misère par le cou
Elle n’a jamais senti bon
Voilà pourquoi je m’incline devant ton pur parfum
J’aurais voulu vivre librement dans l’oubli des ans
Je ne jure que par les épreuves au quotidien
J’écoute aussi les arbres et les sources
PCE 14
L’univers reconnaît la noble insoumission
C’est ce que je souhaite en tout cas
La vie me berce au temps des joues roses
A l’âge des tempes grises
La vie me berce tous les jours
Naguère je m’enivrais de lune et de vin
J’étais même éperdu de fleurs
Inclinons-nous devant la tombe au sommet
Hélas dans le sommeil du sommet
Je laisse une place énorme à l’indécision
A l’imprécision
PCE 13
Après la pluie des fleurs rougeoient
Je ne connais pas leur nom
La cloche gelée cet hiver se tait
Mais pas parce qu’elle a gelé
Au milieu du torrent tout se tait bizarrement
Comment je sais ? Je ne sais pas
Les bambous sauvages déchirent le bleu brumeux
Je ne connais que des bambous sauvages
Au sommet de jade s’agrippe la cascade
Elle n’est ni bleue ni verte
Nul ne sait où l’ermite -moi- s’en est allé
PCE 12
A mi-flanc du vert abrupt
Les grues blanches s’amusent un brin
L’homme de silence aussi a un séjour secret abrupt
Le ravin est mystérieux pour moi
Les années font vieillir les pins bleutés à ce qu’on dit
Pourquoi les bambous seraient-ils amers ?
Ma canne s’en retourne
Je rentre à l’ermitage
Les chiens aboient Rien ne se passe
Le tumulte de l’eau est sympathique de la rive
PCE 11
Tu montes la pente grave Tu montes au bleu des nues
Je me contente du bleu éparpillé dans la montagne
En haut les monts et les nuées se séparent
Ermite mes vêtements sont mouillés de larmes
L’émotion est illusion Elle n’est pas illusoire
Le soleil du soir passe le col
Les torrents s’éteignent soi-disant
Les pins la lune et d’autres amènent la fraîcheur
La pureté se cherche
L’erreur errante trouve un refuge temporaire
PCE 10
Dans mon ermitage l’on parle du réel
Mes cheveux ont peur des rochers
Ils sont filasses
J’habite la tranquillité dit-on
Je balaie la poussière des pensers
L’ultime recueillement plonge dans l’absolu :
Tout n’est qu’illusion
L’illusion est réelle elle est même rationnelle
Des temples lui sont dédiés
Mais jamais à notre pensée
A ce qui me sert de pensée
PCE 9
Vous êtes nombreux à refuser mes écrits
C’est votre droit le plus strict
J’ai espoir que vous ne niez pas l’esprit
Notre cerveau a ses strates que nous osons nommer
Esprit âme etc….
Sans les connaître
Je n’ai pas de génie le public me rejette
Sans me connaître
J’ai cependant un génie originel comme tout le monde
Un génie propre
Je compte franchir la porte des nuages
Dans ma route vers le sommet du silence
Vous battiez la campagne la dernière fois que je vous ai vus
PCE 8
Il est des poèmes sans ermite sans ermitage
Canne à la main je cherche mon ermite
J’ai trouvé mon ermitage
Il est des chemins abandonnés dans le temps
L’ignorance au delà du savoir est-elle l’avenir des sages ?
Comment accéder à la grotte dans le mur ?
Les nuages se heurtent au promontoire
La montagne résonne à notre musique
Avec ou sans écho
Le feu est lumineux Il allume des fleurs rouges
Saviez-vous que les arbres pleurent
Et qu’ils savent pleurer ?
C’est un art pour eux
PCE 7
Je rêve dans mon ermitage
Un ermitage est un rêve
Pas un rêve d’harmonie heureuse
Un rêve de recherche infructueuse
Ce qu’on appelle le vide
Le poète serait un dragon dans l’âme
Toujours mieux qu’un dragon sans âme
Le poète est un ermite
Nous avons tous un corps, un coeur, un esprit, une âme
Nous témoignons d’un fatras
Le chemin mine de rien conduit au flux sans fin et sans but des étoiles
PCE 6
L’éveil d’un pinceau crée-elle la différence ?
Je laisse le vent me taquiner
Il me convient parfois de ne plus parler
Jamais de ne plus penser
J’accroche mon chapeau je l’oublie aussitôt
La brise ruisselle sur mon crâne
La coincidence est silencieuse
Foudre et tonnerre à chaque éclair
Le monde s’enfuit
Justice de la justesse justice de jeunesse