TWR 171

Parons la vie de grâce
J’essaie de penser en renouant le fil délicat de la vie
Je tente de démêler le fil, les fils
Le fil peut casser
Les vieilles réparent les fils
Il n’y a pas de règle sauf celle du hasard
Elles se trompent mais elles décident
Nous avons encore quelques heures de liberté
J’aime être lié ainsi
Continuons à nous ébattre dans les vertes prairies
Du rêve envolé

TWR 170

Les papillons volent, les oiseaux aussi
La terre également
Entre la source et le nuage l’eau
Le Tao est très simple et très compliqué
Je voudrais donner une forme au concept de forme
Les paysages sont poésie, diurne et nocturne, misérable et splendide
Vieillir est un art
Le fleuve est lent le torrent rapide
Faute de mieux le moins mal
Le Tao lie tout à tout
Nous sommes tous, le sachant ne le sachant pas, dans le Tao
Le Tao lie le tout au tout

TWR 169

Il faut beaucoup de vertu pour accepter la voie
La véritable voie ne mène nulle part
La vérité est la seule vertu
La vertu mène à tout
Rien n’est parfait
Le présent supplante le passé
Vivre c’est mourir un peu peu à peu
Les merveilles sont errantes
La vie est un carrefour de contradictions
Ces formules donnent à penser
Elles ne sont pas la vérité vraie
Trouvons l’esprit cherchons-le
On ne cherche que ce qu’on a déjà trouvé

TWR 168 H.

L’hiver est en automne
Je grimpe où je veux ou presque
Je grimpe ne vous déplaise

A qui confier sa mélancolie ?
L’automne n’a pas le monopole des nostalgies
Ma mémoire réside dans un panier tressé

Les oies sauvages passent et repassent
En bancs serrés
Les oies sauvages ne sont pas des poissons sauvages

Les herbes sont couchées
Je suis seul je ne suis pas solitaire
Je suis solidaire

J’attends je passe mon temps à attendre
J’ignore la fin des temps
Je pratique l’art de la sieste

Un haïku moment d’éternité ou instant plus court
Un haïku dure longtemps ou est très vite
Je suis un mortel banni sur terre

TWR 167 H.

Une fenêtre ouverte, rêve dans le rêve
Portail en branchages perles de rosée
Mon palais est là où on ne l’attend pas

Mon verre est vide tu n’es pas là
Suis-je le seul à ne pas voler ?
Je n’ai pas non plus de crête rouge

Je suis mélancolique devant la maison fermée
Je suis en repos
Les feuilles rouges des érables

Si tu viens ne pleure pas
La montagne est anonyme
Les vagues sont hautes dans la taverne

Je vieillis dans ma maison
Les murs sont hauts
A quoi bon ?

Le toit est troué
Je m’accroche à l’espoir
Il n’y a pas d’espérance vaine

TWR 166 H.

Il y a toujours quelque chose qui ne va pas
C’est aussi ça le Tao
Magnifique et misérable

Je suis ivre de la vie
Je suis ivre de vivre je ne suis pas saoul
Bête et bestial

Je suis allègre et ivre
La soirée est moite soir à parfums
Mes pieds sont poites

Pluie nocturne fleurs de pavots
Champ des zizanies
Le chant d’une fauvette

Chant des grenouilles
Ce chant est un bruit
On ne voit bien que si on le veut bien

Une femme opulente
Est un paradis
Pour ceux qui l’aiment bien

TWR 165 H.

Les fleurs de cerisier
Ma canne en bambou
Tout est sauvage

Des pétales sur les magnolias
Une violette en fleur
Un oiseau minuscule

Le printemps pleut et ne pleure pas
Ma gourde est fêlée et ne fuit pas
Mon bol en métal

La musique c’est du rythme d’abord
Je n’aime guère ôter mon bonnet devant quelqu’un
Le marchand de sardines

Le marchand a les bras ballants
Le vent capricieux emporte des fleurs
Les premières lucioles

* Le 22 mars 2018 nous avions encore des haïkus peu personnels

TWR 164

Fleuve lent
Torrent rapide
La jeune fille chante
Sa chanson va vite
La volonté
De moins mal faire
Notre unique possibilité sur terre
L’air est-il enchanté ?
Il est des enchantements durables
Certains rivages sont durs
Le désert est derrière
Filles nues
Dansant en vain
Certains murs meurent
Ils sont mûrs
Nénuphar
Certains nez nus phares
Une fille se marie ravie
Elle est victime de son ravissement
Le Tao lie les vers entre eux
Les vers plus poétiques les uns que les autres ?
Cette poésie ne dit rien
Car elle ne raconte rien

TWR 163

L’esprit d’une oeuvre, d’un ouvrage
C’est quoi l’esprit ?
Un papillon vole faisant trembler la terre
Loin de là
Entre source et nuage
Entre source et source
Entre nuage et nuage
Il n’est pas besoin de comprendre le Tao
Le Tao est incompréhensible
Le Tao confond les existences
Il est l’essence des essences
Les formes durent celles du vent aussi
Les formes durent en tant que formes
Les paysages sont poésie
L’art de la quiétude de la sieste se pratique souvent
Il s’apprend peu
Le haïku a des maîtres
Le mieux serait que le troisième vers soit spirituel
Vieillir est un art

TWR 162

La force est source ressource course
Le galop haletant
Apaisé le ciel se tait
L’eau s’évanouit
Elle n’a pas de forme ( s )

Les merveilles sont errantes
De multiples fleurs leurs rendent hommage
La magie ne s’arrête pas à mon lit
Mes yeux alanguis incriminent l’alcool
Nous nous engloutissons dans la force immense

Le carrefour des contradictions se nomme le Tao
La nature est magicienne
L’alcool est vaporeux
Un abîme englouti
La force immense encore