Ry 98 H.

Une belle journée d’automne
Se vide à contempler
Mon verre vide

Encore une belle journée d’automne
J’entends battre les ailes de mille moineaux
Je suis le seul à ne pas voler

A l’automne parfois la pleine lune
Le bananier est large près du portail
Ses feuilles sont plus larges que lui

Pleine lune d’automne
Les coqs ont leurs crêtes
Qui éclosent

Je fais pipi dans mon jardin
Un coq s’enfuit
Sa crête est rouge

Ry 97 H.

La fenêtre ouverte d’autrefois
Me revient mieux que dans un rêve
Rêve dans le rêve

En ce matin d’automne
Sur le portail en branchages
Des perles de rosée

L’automne est limpide et liquide
Ce bosquet est fait pour les vieux arbres
Au milieu je réside en mon palais

L’automne est là et bien là
Il ne m’inspire pas
La haie de vieux arbres

Je réside où je peux
Mon palais est là où on s’y attend pas
Chez moi

Ry 96 H.

Je récure ma marmite
J’aimerais bien en avoir deux
Le bruit se mêle à celui des rainettes

Je passe la nuit dans un temple en montagne
Au réveil d’un rêve
J’entends le chant lointain des grenouilles

Dans la montagne un hameau
Au signal des grenouilles
Tout se fond

Tout se confond si on voit bien si on veut bien
On oublie la fournaise
La danse de la fête

Une femme opulente
Certains disent corpulente
Ils ne savent pas ce qu’ils ratent

Ry 95 H.

Ici comme ailleurs
La pluie nocturne
Est apaisante

Un iris
Près de ma hutte
Me séduit

En plein midi
Les fleurs de pavots
Sont troublantes

A midi
Au milieu du champ des zizanies
Le chant d’une fauvette

C’est toujours la même chose
Au moment où l’on s’assoupit
Le chant de la fauvette

Ry 94 H.

Quand je suis ivre
Je ne suis pas saoul
Je suis ivre de la vie

Je suis ivre
Je ne suis pas chez moi
Qui suis-je ?

Partout des lotus en fleurs
Je m’y allonge pour dormir
Je suis allègre et ivre

J’ai un éventail à lotus
Le parfum
La soirée est moite

Par une nuit d’été
je compte mes puces
Jusqu’à l’aube

Ry 93 H.

Il s’essouffle de monter jusqu’ici
Le marchand de sardines
Je l’attends de pied ferme

Les bras ballants
Il avance en chancelant
Pauvre marchand !

Un vent capricieux
Traverse le massif de verdure
Emportant des pétales de pivoines

Je ne sais comment ça se fait
Mais le mur en terre
A un trou

L’enfant surexcité
Manque d’adresse pour attraper
Une première luciole

Ry 92 H.

On voit partout des nids flottants
Après l’averse du début de l’été
Je flotte aussi

La nuit tombe C’est son rythme
La musique c’est d’abord du rythme
Dans le jardin bruissent les insectes

Quelqu’un se pointe
En son honneur je vais devoir
Ôter mon bonnet

Ah ! si à chaque minute
Je pouvais me sentir aussi bien
Qu’au sortir du bain !

Il monte aussi vite
Que son odeur
Le marchand de sardines

Ry 91 H.

Le printemps pleut
Sans pleurer
Rien n’est à sa place

Les décors en bambou et en pin
Du nouvel an
Sont en désordre

Le printemps il pleut
C’est l’habitude
La coutume

Pluie de printemps
Je promène soigneusement la main
Sur ma gourde fêlée

Je marche je tapote mon bol
Aujourd’hui comme autrefois
Je tapote

Mon bol est en métal
Il me rattache aux traditions
Mon bol d’aumône en métal

Ry 90 Haïku ( suite )

Au temple
Des pétales de fleurs de cerisiers
Tombent sur les magnolias

Les fleurs dans un massif vert
Un magnolia
En fleur

L’enfant jolie au chignon
Me rappelle quelquefois
Une violette en fleur

Le rossignol du rêve
M’a réveillé ce matin
Ma bouillie

L’oiseau minuscule
Combien de personnes
Le remarquent ?

Ry 89 Haïku

Aujourd’hui là
Demain disparues
Les fleurs

Je laisse mes derniers sous
Contre une canne
En bambou

Le monde
N’est plus que
Fleurs de cerisiers

Ici
Sous les fleurs du cerisier
Dormir

Au temple
Evoquant le passé
Les fleurs des cerisiers sauvages

Dans la montagne
Aux cerisiers en fleurs
Des cris dans les cyprès