Ry 88

Je ressemble à ce mince filet d’eau
Qui file entre les rochers
Il descend vite
Les rochers sont moussus
Ma vie ressemble à tout ça
Elle est allègre
Je l’ai traversée
Toujours allègre

Je compare la vie en ce monde
Pourquoi la comparer ?
A un écho qui se propage
Et se perd dans le vide
Tout est vide
Avec ou sans moi

Ce qui nous fut enseigné
Dans les temps anciens
Ne vaut pas tripette
Et pourtant on s’y réfère toujours
Faute de mieux
Que nous sommes incapables d’inventer
Faute de mieux nous sommes remplis de gratitude

Ry 87

Pareil à la rosée
Sur les herbes de la lande
Je voudrais vivre cent ans
Cent ans jamais je ne pourrai
Mon corps ne veut pas
Mon corps ne peut pas

Dans ce monde de rêve
Toujours plus de rêves
Tant de rêves
Où je passe en solitaire
La nuit dans une auberge
En pèlerinage
Au réveil toujours solitaire
Les pensées me submergent
Autant de rêves

Je ne suis plus qu’un rêve
Un nuage flottant
Je n’attends rien plus rien
Je laisse mon corps suivre
Ce qu’il veut à sa guise
Le flot de la rivière
La direction du vent

Ry 86

Comment t’en sors-tu
Ces jours-ci ?
Miracle le vent est chaque jour plus froid
Alors que nous sommes en pleine
Fonte des neiges

La solitude d’un corps de vieillard
A qui la raconter ?
J’ai oublié ma canne
Je rentre terriblement seul
Dans le soleil couchant

Mon ermitage est aussi en chaume
Il est mad Max
Je reçois des messages bizarres
Depuis quelque temps
Je demeure sans preuve et sans moyen
Dans cet ermitage en bois
Mes pensées ressemblent follement
Aux tas d’algues ramassées par les pêcheurs
Mes pensées emmêlées

Ry 85

Une nouvelle extraordinaire
La neige si blanche
Est dénuée de tout sentiment
Elle tombe drue et s’entasse
Le jour même où tu dois me visiter

Tu t’es frayé un chemin dans la neige
Tu as pris du temps au temps
Enfin tu es là
Dans ma hutte
Tu la connais bien
Ma hutte en branchages
Toute la nuit nous buvons
Et devisons
Nous sommes ensemble

Toute la nuit
La hutte au toit de chaume
C’est la même que la hutte de branchages
Tient le coup
Il vente à déraciner des arbres
Je brûle des branchages
Oublierai-je un jour ce coup ?

Ry 84

Au beau milieu de la neige légère
Des mondes
En leur milieu
La neige

On se réveille des rêves
Du moins habituellement
Je fais des hypothèses
Comme d’habitude
J’adore faire des hypothèses
Où es-tu passée ?
Par quel sentier du rêve ?
Le rêve est nocturne d’habitude
Nous parviendrons ensemble
A la montagne reculée
Prise dans la neige profonde

Dans la montagne reculée
Un vieil homme
En réclusion l’hiver
Qui lui rendra visite
Sinon vous
Sinon toi ?

Ry 83

Dans ce village montagnard
Règne la solitude hivernale
Qu’est-ce que je peux vous offrir ?
Je n’ai rien d’autre
Un rein ce n’est pas rien

A partir de maintenant
Et d’aujourd’hui
La neige si blanche
S’accumule petit à petit
Elle va sans doute s’accumuler
C’est à travers elle
Qu’il faudra se frayer un chemin
Qui me rendra visite ?

Dans mon ermitage
Dans la montagne
Réclusion hivernale
Sur les pics et sur les crêtes
Mais aussi dans les ravins
La neige est drue ce matin

Ry 82

De la tristesse traine
Dans l’automne qui s’en va
Avec qui parler ?
Mon panier est plein d’épinards sauvages
Je rentre au crépuscule

La solitude un soir d’hiver
Devant le portail en branchages
Comment l’évoquer aux gens
Du monde flottant ?

Près du feu qui s’éteint
Je suis pelotonné
Surtout des jambes
Puis je m’allonge
Le froid nocturne
Me transperce le ventre
Pour pas une thune

Savez-vous que les piliers de mon ermitage
Sont en bambous ?
Par contre les stores sont en roseaux
Il est réconfortant
De boire une tasse de thé

Ry 81

O tempête O ma tempête
Nous sommes à la nuit tombante
Je te prie de ne plus souffler violemment
Ton souffle est beaucoup pour moi
Rappelle-toi que je vis seul
Dans une hutte de branchages

Si les rugissements
Dans les ravins de la tempête déchaînée
Au sommet de la montagne
Ne t’effraient pas
Ne t’effraient pas trop
Enfonce-toi dans le sentier
Qui court à l’ombre des pins
Des cèdres des cyprès

Le long moment de la pluie qui tombe
Des bruits dans les ravins
La nuit arrive
La tempête
Disperse les feuilles rouges des érables

Ry 80

Tout est vague Je suis seul
C’est l’automne
Je sors pour être moins solitaire
Tout est sombre
Les vagues épis de riz
Ploient seuls
Sous le vent d’automne

Le bruissement des feuilles mortes
Qui tombent comme une averse
Telle une averse d’automne
Ce matin je crois entendre la pluie
Sur mon ermitage en montagne

L’eau à puiser à la source
Le bois à couper en petit bois
Les légumes à cueillir
Tous ces travaux sont à terminer
Avant midi
La pluie constante obstinée
Empêche de les commencer

Ry 79

Des poux des puces
N’importe quel insecte
Dans l’automne qui chante
Pour eux mon poitrail
Est une lande

Je me réveille dans ma hutte
Au toit de chaume
J’entends une averse de grêle
Elle s’abat plus précisément
Sur le bosquet de bambous

Il pleut il pleut encore
Il pleut sans cesse
Enfin une éclaircie
Je sors sur le sentier de montagne
Le bas de mon pantalon est vite détrempé